Thème
Chapitre 13 — Le relais simple [T] [T]
Le premier relais : moment de vérité
Arriver au premier relais d'une grande voie et s'y installer correctement est le moment de vérité pour tout grimpeur qui débute en grande voie. C'est le moment où l'on passe de la théorie à la pratique, où chaque geste compte, et où la qualité de l'exécution conditionne la sécurité de la suite.
⚡ ALERTE
⚡ Ce chapitre décrit des techniques qui engagent la sécurité. La lecture ne remplace pas l'apprentissage encadré et la pratique supervisée sous la direction d'un moniteur qualifié.
⚡ DOCTRINE RELAIS — Manuel monitorat
Dans ce livre, un relais est construit avec une règle de lisibilité et de redondance : mousquetons orientés vers le bas quand la configuration le permet, virole à l'opposé du rocher, triangulation dans le sens de la charge attendue, nœud impératif dans les systèmes triangulés. Les systèmes sans nœud de type Pavlotin sont proscrits : la rupture d'un brin peut entraîner la perte complète du relais. Le primaire doit rester lisible, accessible et vérifiable.
Storyboard global du relais simple [T] ⚡
| Temps | État de la cordée | Action clé | Risque principal | Vérification |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Leader arrive au relais | Se vacher immédiatement | Leader non sécurisé | Vachage chargé et lisible |
| 2 | Leader sécurisé | Évaluer les points | Faire confiance trop vite | Deux points fiables ou renfort |
| 3 | Relais lisible | Installer l'assurage du second | Reverso mal orienté | Test de blocage |
| 4 | Second monte | Ravaler proprement | Mou excessif, corde mal rangée | Brin mort tenu |
| 5 | Second arrive | L'aider à se vacher | Relais saturé/confus | Place et point de vachage identifiés |
| 6 | Cordée regroupée | Préparer la longueur suivante | Transition lente ou brouillée | Matériel réorganisé |
DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE
Avant même que le second arrive, le leader prépare mentalement son emplacement : où il va se vacher, où il va poser les pieds, où passera la corde, où ira le matériel récupéré. Un relais fluide se prépare avant l'arrivée du second.
10.1 Arriver au relais : séquence de vachage [T] ⚡
Prérequis : Maîtrise du cabestan (section 8.4), du demi-cabestan (section 8.3), compréhension des points d'ancrage.
Contexte d'usage : Chaque arrivée au relais, sans exception.
Matériel nécessaire : Corde d'escalade, mousqueton à vis, longe éventuellement.
Objectif de la manipulation : Se relier de manière fiable au point d'ancrage, immédiatement après l'arrivée.
L'arrivée au relais suit une séquence invariable, qui doit être répétée à l'identique à chaque relais, quelle que soit la fatigue ou la pression.
Procédure — Étape par étape (CRITIQUE) :
- On arrive au relais. On identifie le ou les points d'ancrage (chaîne, plaquette, anneau, broche, etc.).
- On se vache — immédiatement. Sur la corde d'escalade avec un cabestan, ou avec sa longe dédiée, ou les deux.
- On ne lâche pas la paroi et on ne relâche pas l'attention avant d'être vaché. C'est la règle absolue — aucune exception.
- Une fois vaché, on confirme au second : « Vaché ! » ou « Relais ! ».
- On vérifie le vachage : tension légère (ni trop court, ni trop long), bien centré au point d'ancrage.
- On communique clairement le signal de sécurité.
Le vachage doit être fait de manière à être en tension légère — ni trop court (inconfortable, pas de liberté de mouvement) ni trop long (risque de chute avec facteur de chute important sur le point d'ancrage). Si on utilise un cabestan sur la corde d'escalade, on ajuste la longueur en tirant sur le brin libre.
Point critique ⚡ : On ne se vache jamais sur un seul point s'il existe un doute sur sa solidité. En voie bien équipée, les relais sur chaîne ou double plaquette scellée sont fiables. Mais un piton isolé, un coinceur unique, ou une sangle sur becquet ne constituent pas un point de vachage suffisant seul.
Erreur fréquente : Arriver au relais, vouloir immédiatement installer l'assurage du second, et négliger son propre vachage. Cela crée des situations où le leader n'est pas sécurisé pendant quelques secondes critiques.
Variantes selon le contexte :
- Sur un relais massif (gros bloc, dièdre large), un vachage simple suffit.
- Sur un relais léger ou questionnable (sangle sur becquet), ajouter un second point de sécurité.
Limites de la technique : Le vachage n'est jamais définitif — il se révise si le second communique un doute ou si une réévaluation du point s'impose.
RAPPEL
RAPPEL : Voir section 8.4 pour le cabestan — technique de vachage privilégiée. Voir section 10.2 pour les différents types de relais.
STORYBOARD À ILLUSTRER — Arrivée au relais
- Leader arrive sur les points.
- Vachage immédiat sur corde ou longe.
- Vérification du point de connexion.
- Installation de l'assurage du second.
- Second en approche du relais.
FACTEUR HUMAIN
Le moment dangereux n'est pas seulement la chute en tête. C'est aussi l'instant banal où le leader arrive au relais, se croit déjà en sécurité, parle au second, cherche le topo ou manipule du matériel avant d'être réellement vaché. Le premier geste doit rester invariant : se relier au relais.
10.2 Le relais sur chaîne ou plaquette équipée [T]
Prérequis : Identification des points d'ancrage équipés, inspection visuelle de routine.
Contexte d'usage : Majorité des grandes voies équipées de type sportif.
Matériel nécessaire : Mousqueton à vis, corde d'escalade, éventuellement anneau de cordelette ou sangle pour renforcer.
Objectif de la manipulation : Se connecter au relais équipé de manière fiable et rapide.
La majorité des grandes voies équipées de type sportif disposent de relais en place — chaînes, doubles plaquettes scellées, ou anneaux de rappel. Ces relais sont conçus pour supporter les charges d'assurage et de rappel.
L'installation sur un relais équipé est relativement simple : on se vache au point principal (le maillon rapide, l'anneau de chaîne, ou directement sur les plaquettes via un mousqueton à vis). Si le relais comporte deux points, on se vache sur les deux (un mousqueton sur chaque point, ou une sangle qui relie les deux).
Procédure — Étape par étape :
- Identifier le ou les points équipés (maillons rapides, anneaux, plaquettes).
- Inspecter visuellement l'état : usure, corrosion, déformation.
- Si un point semble douteux (corrosion forte, maillon cassé), l'ignorer et chercher un autre.
- Passer un mousqueton à vis dans le maillon principal (ou directement sur la plaquette).
- Faire passer la corde d'escalade dans le mousqueton (cabestan).
- Vérifier et ajuster.
La vérification du relais en place fait partie de la routine : les ancrages sont-ils en bon état ? La chaîne ou le maillon n'est-il pas usé, corrodé, déformé ? Les plaquettes sont-elles bien fixées au rocher ? En cas de doute, on renforce avec son propre matériel — ajouter un anneau de cordelette sur un deuxième point, ou une sangle qui relie les deux points existants.
Point critique ⚡ : Un relais en place n'est jamais garanti — il peut être endommagé, corrodé, ou partiellement détaché. L'inspection visuelle est non négociable.
Erreur fréquente : Accepter sans vérifier un relais qui « a l'air bien ». La corrosion peut affaiblir significativement un anneau ou une chaîne.
Variantes selon le contexte :
- Un relais double (deux plaquettes) est plus sûr qu'un relais simple.
- Un anneau de rappel est généralement plus fiable qu'une chaîne (moins de corrosion).
Limites de la technique : Même un relais équipé peut se détériorer (corrosion marine, chocs répétés). L'inspection reste la garde-fou.
RAPPEL
RAPPEL : Voir section 8.4 pour le cabestan — technique pour se vacher sur le relais. Voir section 10.3 pour l'installation de l'assurage du second une fois vaché.
CHECK-LIST — Relais équipé avant assurage du second
- Les deux points visibles sont-ils en bon état ?
- La chaîne, l'anneau ou le maillon sont-ils cohérents avec l'usage prévu ?
- Le leader est-il vaché avant toute autre manipulation ?
- Le mousqueton support de l'assurage est-il verrouillé ?
- Le chemin de corde est-il lisible et sans croisement ?
10.3 Installer l'assurage du second [T]
Prérequis : Maîtrise du Reverso ou d'un appareil d'assurage équivalent, compréhension du mode « guide » (autobloquant depuis le haut).
Contexte d'usage : À chaque relais, avant de faire monter le second.
Matériel nécessaire : Appareil d'assurage autobloquant (type Reverso), corde d'escalade, mousqueton à vis.
Objectif de la manipulation : Mettre en place un système d'assurage depuis le haut qui freine le second et bloque en cas de lâcher.
Une fois vaché, le leader installe l'assurage du second. En grande voie, l'assurage du second se fait depuis le haut, avec l'appareil d'assurage en mode autobloquant (type Reverso en mode guide).
Procédure — Étape par étape (CRITIQUE) :
- On installe l'appareil d'assurage sur le point d'ancrage du relais — jamais sur le pontet du baudrier (c'est la différence fondamentale avec l'assurage depuis le bas).
- Passer la corde dans l'appareil, en vérifiant le sens de passage (le brin qui va au second doit tirer dans le sens du blocage — généralement vers le bas).
- On sécurise le mousqueton — à vis — et on le visse.
- On passe la corde jusqu'à la position du second à la base (celui-ci se prépare à monter).
- Avant de donner le signal au second, on vérifie l'ensemble : vachage correct et sécurisé ✓, appareil d'assurage bien en place sur le relais ✓, bien orienté dans le bon sens ✓, virole vissée ✓, corde passée correctement ✓, aucun mou dans la corde ✓.
- Puis et seulement alors : « C'est bon, tu peux grimper ! ».
Points critiques ⚡ :
L'appareil d'assurage doit être sur le relais, pas sur le baudrier. C'est la différence clé entre assurage depuis le haut et assurage depuis le bas. Un appareil mal positionné sur le baudrier ne freine pas efficacement.
Le sens de passage doit être correct. Un sens inversé annule le freinage — la corde coule sans aucune résistance.
La virole doit être vissée. Un mousqueton sans virole peut se désacrocher (vibration, manipulation, escalade du second).
Erreur fréquente : Donner le signal au second avant vérification complète. Prendre 10 secondes pour la check-list, c'est 10 secondes pour éviter un accident.
Variantes selon le contexte :
- Reverso en mode guide (appui surDEM).
- Autre appareil d'assurage autobloquant (Mammut SmartBelay, etc.) — même logique.
Limites de la technique : L'appareil d'assurage n'est efficace que s'il est bien passé la corde. Une corde mal engagée réduit ou annule le freinage.
RAPPEL
RAPPEL : Voir section 8.7 pour les autobloquants de sécurité du second (en pédale si besoin). Voir section 8.3 pour le demi-cabestan alternatif en cas de panne d'appareil.
STORYBOARD À ILLUSTRER — Assurage du second
- Reverso fixé au relais.
- Passage de la corde dans le bon sens.
- Test de blocage avant signal.
- Brin mort tenu pendant la montée.
- Second arrivant au relais.
⚡ POINT CRITIQUE
Le signal donné au second n'est autorisé qu'après test de blocage. La phrase « c'est bon, tu peux grimper » engage toute la chaîne : relais, appareil, corde, mousqueton et attention du leader.
10.4 Accueillir le second au relais [T]
Prérequis : Compréhension de la transition relais, dextérité manuelle, capacité à sécuriser deux systèmes simultanément.
Contexte d'usage : Chaque transition relais (première à avant-dernière longueur).
Matériel nécessaire : Points d'ancrage, mousquetons, corde, matériel du second.
Objectif de la manipulation : Transitionner sans perte de sécurité du système « leader montant / second assurant » au système « leader assurant / second montant ».
L'arrivée du second au relais est un moment de transition critique où les deux membres de la cordée se retrouvent au même endroit et doivent réorganiser le système avant la longueur suivante.
Procédure — Étape par étape (CRITIQUE) :
- Le second arrive au relais.
- Le second se vache immédiatement — sur le relais ou sur la corde du leader (selon l'agencement).
- Le leader communique : « Vaché ? »
- Le second confirme : « Vaché ! »
- Le leader peut maintenant désinstaller l'appareil d'assurage (ôter la corde).
- Le second récupère la corde, la range proprement à ses pieds (en cercle ou en vrac, selon la préférence).
- Le second récupère le matériel que le leader lui passe (dégaines usées, mousquetons, cordelettes).
- Le second réorganise le matériel au baudrier selon le système établi (dégaines courtes → longues).
- Si réversible (les deux grimpent en tête en alternance), le leader transmet les dégaines. Sinon, le leader garde les dégaines et le second prépare juste son poste de second.
- Le leader prépare sa corde pour la longueur suivante.
- Vérification mutuelle : « C'est bon ? » / « C'est bon ! »
- Le leader quitte le relais pour la longueur suivante.
Le second arrive, se vache (sur le relais ou sur la corde). Le leader confirme que le second est vaché et peut désinstaller l'assurage du second. Le second récupère la corde, range le matériel récupéré, et transmet les dégaines au leader si les rôles ne changent pas.
Points critiques ⚡ :
La transition doit être méthodique et ordonnée. C'est le moment où les erreurs de manipulation sont les plus fréquentes — on change de configuration, on manipule plusieurs systèmes en même temps, on est parfois fatigué et pressé.
La règle : ne faire qu'une chose à la fois. Vérifier chaque étape avant la suivante. Et ne jamais se retrouver sans au moins un point de sécurité — si le leader quitte le relais avant que le second soit complètement vaché, on crée une fenêtre de danger.
Erreur fréquente : Vouloir aller vite, sautant des étapes de vérification. Résultat : une corde non rangée correctement (qui s'emmêle), du matériel oublié (forcant une réorganisation à mi-longueur), ou pire — une configuration de sécurité incomplète.
Variantes selon le contexte :
- Si réversible (les deux grimpent), plus d'étapes de transmission.
- Si un seul grimpe, le processus est plus simple.
Limites de la technique : La fatigue rend la transition plus lente et plus fragile. La solution : l'anticipation (préparer le matériel du leader pendant que le second descend, anticiper le rangement).
Check-list
Check-list : Vérifications avant de lancer le second
Suis-je vaché correctement (au moins un point fiable, tension légère) ? ✓ L'appareil d'assurage est-il installé sur le relais (pas sur mon pontet) ? ✓ La corde est-elle passée dans le bon sens (le brin du second tire au freinage) ? ✓ La virole du mousqueton est-elle vissée ? ✓ Ai-je avalé le mou de la corde (aucun mou ne pend) ? ✓ Le signal est-il clair et confirmé par le second ? ✓
Séquence complète à pratiquer au sol [T]
À PRATIQUER AU SOL
Exercice : simuler un relais sur deux points au pied d'une falaise ou sur un atelier sécurisé. Un grimpeur joue le leader, un autre le second. La séquence complète doit être jouée sans raccourci : arrivée, vachage, installation, test de blocage, signal, arrivée du second, second vaché, transfert matériel, préparation départ.
Critère de réussite : chaque action est annoncée clairement, chaque mousqueton critique est vérifié, et la corde reste lisible du début à la fin.
STORYBOARD À ILLUSTRER — Séquence complète du premier relais
- Arrivée du leader.
- Vachage immédiat.
- Reverso installé et testé.
- Second assuré depuis le haut.
- Second vaché au relais.
- Cordée prête pour la longueur suivante.

Au relais, on souffle. On échange deux mots. On regarde ce qui s'étale en bas. Cinq minutes — et il faut repartir.
