Thème
Chapitre 26 — Premiers secours et appel des secours en paroi
Les limites de l'intervention en paroi
⚡ ALERTE — Secours : protéger, alerter, stabiliser
Ce chapitre ne doit pas devenir un manuel médical. En paroi, le rôle d'une cordée non professionnelle est de protéger la victime, alerter correctement les secours, stabiliser la situation et éviter d'aggraver l'accident. Les gestes médicaux relèvent d'une formation spécifique.
En grande voie, on n'est ni médecin ni secouriste professionnel. Les premiers secours en paroi se limitent à trois objectifs : protéger la victime (l'empêcher de tomber ou de se blesser davantage), alerter les secours (appeler le 112 ou le 15), et stabiliser la situation en attendant leur arrivée.
On ne tente pas de réduire une fracture, de recoudre une plaie, ou de déplacer un blessé grave sans formation spécifique. L'intervention mal maîtrisée peut aggraver la situation. En revanche, savoir appeler les secours correctement, savoir sécuriser un blessé au relais, et savoir gérer l'attente — parfois longue — sont des compétences à la portée de tout grimpeur.
INFO
Rappel important — Premiers secours ≠ Pratique médicale
Ce chapitre décrit les gestes de base et l'attitude face à l'urgence. Aucune description écrite ne remplacera une formation en premiers secours en montagne. Il est vivement recommandé de suivre une formation spécifique (auprès de l'ENSA ou d'un organisme équivalent) avant de se lancer en grandes voies. Ce chapitre fournit le cadre. La formation fournit les compétences opérationnelles.
23.1 Les limites de l'intervention en paroi [T]
Le premier réflexe face à un accident en paroi est de sécuriser tout le monde — la victime et le reste de la cordée. On s'assure que la victime est vachée solidement, qu'elle ne risque pas de chuter davantage, et qu'elle est dans une position aussi confortable que possible (si elle est consciente, on la laisse adopter la position qui la soulage). On s'assure que le ou les autres membres de la cordée sont eux aussi en sécurité au relais.
La trousse de secours adaptée à la grande voie (décrite au chapitre 3) permet de traiter les urgences légères : désinfection d'une plaie, pansement compressif, attelle improvisée, couverture de survie pour limiter l'hypothermie. Au-delà, l'intervention relève des secours professionnels.
23.2 Appeler les secours : procédure 112 et localisation [T]
Le numéro d'urgence européen est le 112. Il fonctionne avec n'importe quel opérateur, même sans carte SIM, et couvre la quasi-totalité du territoire même en zone montagneuse. On le compose dès qu'on estime que la situation dépasse les capacités de gestion de la cordée.
Lors de l'appel, on communique les informations suivantes dans l'ordre : la nature de l'accident (chute, blessure, malaise, blocage), la localisation précise (nom de la falaise, nom de la voie, numéro de la longueur, altitude si connue, coordonnées GPS si disponibles), l'état de la victime (consciente ou non, nature des blessures apparentes, mobilité), le nombre de personnes impliquées, et les conditions sur place (météo, accessibilité, matériel disponible).
Si on n'a pas de réseau téléphonique, on envoie un SMS (qui passe avec un signal plus faible qu'un appel vocal). Si même le SMS ne passe pas, on tente de se déplacer — parfois quelques mètres suffisent pour capter un signal. En dernier recours, si une autre cordée est à portée de voix, on demande de l'aide pour relayer l'appel.
En cas d'intervention héliportée : si un hélicoptère arrive, on signale sa position (bras en Y au-dessus de la tête pour indiquer le besoin d'assistance). On sécurise tout le matériel qui pourrait s'envoler dans le souffle des pales. On ne touche pas à la victime sauf instruction contraire des secouristes.
23.3 Sécuriser la zone et gérer l'attente ⚡ [T]
Après l'appel aux secours, l'attente peut être longue — de trente minutes à plusieurs heures selon l'accessibilité du site et les conditions météo. Pendant ce temps, on maintient la sécurité de la cordée et le moral de la victime.
On vérifie régulièrement le vachage de la victime et le sien. On protège la victime du froid (couverture de survie, vêtements supplémentaires — l'hypothermie peut s'installer rapidement en paroi, surtout si la victime est immobile et en état de choc). On lui parle, on la rassure, on la tient informée des démarches en cours.
On ne tente pas de manœuvres de descente ou d'évacuation sauf si la zone est dangereuse (chutes de pierres, orage imminent) et que rester est plus risqué que bouger. Dans ce cas, on sécurise la descente avec les techniques standard (rappel, mouflage si nécessaire) et on informe les secours du déplacement.
On prépare l'arrivée des secours : on dégage si possible l'accès au relais, on prépare les informations sur la victime (âge, antécédents médicaux connus, traitement en cours, heure de l'accident, évolution de l'état depuis l'accident).
🏔️ TERRAIN
Encadré TERRAIN — Exemples de situations de décision : analyse a posteriori
Une cordée engagée dans une voie de 8 longueurs en 5c. Au relais 5, le second glisse et se fait une entorse à la cheville. Il peut encore marcher mais pas grimper. Que faire ? La voie n'a pas de rappels intermédiaires. L'analyse : on est à mi-voie, la suite est du même niveau. Trois options — continuer en aidant le second (mouflage), rappeler sur 5 longueurs (long mais possible), ou appeler les secours (intervention héliportée probable). La bonne réponse dépend de l'état exact du blessé, du temps restant avant la nuit, et de la compétence technique de la cordée. Il n'y a pas de réponse universelle — il y a un processus de décision : évaluer, discuter, décider, exécuter.
La Partie 7 couvre les chapitres 21 à 23 du livre. Elle traite de la dimension « cerveau » de la grande voie — lecture du terrain, évaluation des risques, prise de décision, gestion des urgences. Ce sont les compétences qui transforment un bon technicien en grimpeur accompli. La Partie 8 conclura le livre par les clés de la progression vers l'autonomie.
23.4 Message d'alerte structuré [T]
Quand on appelle les secours, l'enjeu est de transmettre rapidement une information exploitable. Le message doit être court, factuel et ordonné.
| Information | Exemple de formulation |
|---|---|
| Qui appelle | Nom, téléphone, rôle dans la cordée |
| Où | Falaise, voie, longueur, relais, coordonnées GPS si disponibles |
| Quoi | Chute, blessure, malaise, blocage, corde coincée |
| Victime | Consciente ou non, respiration, saignement, douleur, mobilité |
| Cordée | Nombre de personnes, niveau d'autonomie, matériel disponible |
| Conditions | Météo, vent, visibilité, risque de chutes de pierres |
| Besoin | Assistance en paroi, évacuation, conseil médical |
DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE
Préparer avant la sortie le nom exact du secteur, le nom de la voie et les coordonnées approximatives hors ligne. Sous stress, retrouver ces informations devient beaucoup plus difficile.
23.5 Sécuriser avant de secourir [T] ⚡
Le premier secours est la sécurité de la scène. Une victime ne doit pas devenir deux victimes. Avant toute action, on vérifie : suis-je vaché ? La victime est-elle sécurisée ? Le relais est-il fiable ? Y a-t-il un risque de chute de pierres, d'orage, de corde qui frotte ou de second non assuré ?
| Priorité | Action |
|---|---|
| 1 | Se sécuriser soi-même |
| 2 | Sécuriser la victime contre une chute supplémentaire |
| 3 | Stabiliser le reste de la cordée |
| 4 | Évaluer rapidement l'état de la victime |
| 5 | Alerter les secours |
| 6 | Protéger du froid, du soleil, de la panique |
| 7 | Attendre les consignes ou l'arrivée des secours |
FACTEUR HUMAIN
Après un accident, la cordée entre souvent en tunnel attentionnel : elle ne voit plus que la victime et oublie le relais, les cordes, la météo ou la fatigue. Se forcer à revenir à une séquence simple — se sécuriser, sécuriser, alerter — réduit ce risque.
23.6 Trousse de secours légère : fonction avant contenu [R]
| Fonction | Matériel possible | Limite |
|---|---|---|
| Protéger du froid | Couverture de survie, veste | Ne remplace pas évacuation |
| Contrôler une plaie | Compresses, pansement compressif | Ne pas faire de geste médical non maîtrisé |
| Immobiliser simplement | Bande, strap, attelle légère si disponible | Ne pas réduire une fracture |
| Se protéger soi-même | Gants | Éviter contact direct avec sang |
| Alerter | Téléphone chargé, batterie, sifflet | Réseau non garanti |
| Localiser | Topo, GPS hors ligne | Savoir lire les infos |
Storyboard — Accident au relais [T]
| Phase | Ce que l'image doit montrer | Message |
|---|---|---|
| 1 | Cordée au relais après incident | Ne pas bouger immédiatement |
| 2 | Leader se sécurise | Le sauveteur ne devient pas victime |
| 3 | Victime sécurisée | Empêcher une aggravation |
| 4 | Appel structuré | Localiser précisément |
| 5 | Protection contre froid / attente | Gérer la durée |
| 6 | Arrivée secours ou consignes | Se coordonner, ne pas improviser |
Note sur les réseaux locaux et moyens de communication [R]
Certaines zones disposent de dispositifs locaux de communication, de radios, de consignes spécifiques ou de pratiques connues des secours. Ces informations changent selon les massifs, les pays et les périodes. Elles doivent être vérifiées avant la sortie dans les topos récents, auprès des structures locales ou des secours compétents. Le livre peut citer le principe, mais ne doit pas figer un tarif, une fréquence ou une procédure locale susceptible d'évoluer.
À ne pas écrire comme une prescription médicale [R]
Éviter les formulations du type “faire ceci en cas de fracture” ou “donner tel médicament”. Préférer : protéger, alerter, suivre les consignes des secours, se former aux premiers secours. Ce chapitre doit rester un cadre de conduite, pas un protocole médical.
P7Fin de partie
Galerie — Lire le terrain et décider
Lire, décider, agir — au bon moment, ni avant, ni après.
