Thème
Chapitre 14 — La descente en rappel
→ Partie 4 — Fondamentaux techniques : les cinq gestes fondamentaux — de l'encordement à la réchappe.
La descente en rappel clôt chaque course de grande voie — et c'est là que les accidents surviennent le plus souvent. Fatigue, relâchement, manipulation sous pression : le rappel concentre tous les facteurs de risque à l'heure où les réserves sont au plus bas. Ce chapitre donne la procédure complète, point par point, pour descendre avec la même rigueur qu'on monte.

14.1 Le rappel — le moment le plus dangereux
Statistiquement, le rappel est le moment le plus accidentogène de la grande voie. Les causes sont multiples : fatigue de fin de course, relâchement de l'attention (« on a fini, c'est presque bon »), manipulations complexes réalisées sous pression temporelle, erreurs d'installation. Le rappel mérite autant de rigueur que la montée — voire davantage, car les conséquences d'une erreur sont souvent irréversibles.
⚡ ALERTE
⚡ Ce chapitre décrit des techniques qui engagent la sécurité, critique au rappel. La lecture ne remplace pas l'apprentissage encadré et la pratique supervisée sous la direction d'un encadrant breveté ou d'un grimpeur expérimenté.
La séquence complète d'un enchaînement de rappels comporte plusieurs phases distinctes — chacune a ses propres points critiques à ne pas comprimer.
14.2 Storyboard global d'un enchaînement de rappels
| Temps | Action | Point critique | Vérification |
|---|---|---|---|
| 1 | Installer la corde au relais supérieur | Mauvais point de passage | Anneau/maillon identifié |
| 2 | Faire les nœuds d'arrêt | Oubli d'un brin | Deux bouts contrôlés |
| 3 | Installer descendeur + autobloquant | Autobloquant inefficace | Test avant départ |
| 4 | Descendre au relais inférieur | Vitesse, chute de pierres, bout de corde | Descente contrôlée |
| 5 | Se vacher au relais inférieur | Relâchement trop tôt | Vachage chargé |
| 6 | Libérer le rappel pour le suivant | Corde qui part, mauvais signal | Communication confirmée |
| 7 | Préparer le rappel suivant | Brin tiré du mauvais côté | Brin à rappeler identifié |
| 8 | Récupérer la corde | Corde coincée | Tir progressif, axe choisi |
DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE
Avant de tirer la corde, on identifie le brin à rappeler et on regarde le chemin probable de la corde. Une corde tirée dans le mauvais axe peut se coincer alors que tout le rappel avait été correctement installé.
14.3 Principes généraux et erreurs critiques
Prérequis : Maîtrise complète du rappel en couenne, compréhension des autobloquants, expérience du tirage de corde.
Contexte d'usage : Redescente après chaque grande voie.
Matériel nécessaire : Deux brins de corde à double de 50 m minimum, voire 60 m selon le topo et l'enchaînement de rappels ; descendeur ou appareil d'assurage adapté ; autobloquant ; mousqueton HMS ; anneau ou maillon de rappel en bon état.
Objectif des techniques : Descendre en sécurité le long de la corde, en contrôlant la vitesse et en étant préparé à un arrêt d'urgence.
Le rappel consiste à descendre le long d'une corde fixée en haut, en contrôlant sa vitesse de descente avec un appareil de freinage. En grande voie, on enchaîne souvent plusieurs rappels successifs pour redescendre la paroi.
Les principes de base : la corde est passée dans l'ancrage du relais de rappel (anneau, maillon rapide, chaîne). Les deux brins pendent de chaque côté du point de passage. On descend sur les deux brins. En bas, on tire un des brins pour récupérer la corde. Cette récupération est un moment critique — si la corde se coince, la situation peut devenir très compliquée.
Sécurité générale du rappel ⚡ :
- En rappel standard, descendre sur deux brins. La descente sur un seul brin n'est pas une variante normale : c'est une procédure dégradée spécifique, traitée au Ch.23.
- Toujours avoir un autobloquant de sécurité — présenté ci-après.
- Toujours avoir un nœud d'arrêt en bout de chaque brin.
- La fatigue augmente les erreurs — redoubler de vigilance en fin de descente.
Les cinq erreurs critiques du rappel.
| Erreur | Conséquence possible | Parade |
|---|---|---|
| Oublier les nœuds en bout de corde | Sortie du descendeur en bout de brin | Nœud sur chaque brin avant tout départ |
| Installer la corde dans le mauvais élément | Rupture, coincement, impossibilité de récupérer | Anneau ou maillon de rappel uniquement |
| Supprimer l'autobloquant | Perte de contrôle en cas de choc ou malaise | Autobloquant testé avant départ |
| Tirer le mauvais brin | Blocage du nœud ou corde irrécupérable | Brin à rappeler identifié avant descente |
| Relâcher l'attention au dernier rappel | Accident à quelques mètres du sol | Même protocole jusqu'au pied de voie |
FACTEUR HUMAIN
Le rappel concentre fatigue, soulagement et gestes répétitifs. Le cerveau croit souvent que la voie est terminée alors que la partie la plus accidentogène commence. La parade n'est pas de « faire attention » en général, mais de garder un protocole identique à chaque relais.
14.4 Installer la corde, sécuriser, descendre
Prérequis : Identification des points de rappel équipés, compréhension du passage de corde dans l'ancrage.
Contexte d'usage : À chaque relais de rappel, avant toute descente.
Matériel nécessaire : Deux brins de corde à double de 50 m minimum, voire 60 m selon le topo et l'enchaînement de rappels ; mousqueton à vis ; anneau de rappel ou maillon rapide.
Objectif de la manipulation : Installer la corde de manière que les deux brins pendent de manière égale de chaque côté du point de passage.
La corde de rappel se passe dans l'ancrage prévu à cet effet — jamais directement dans un mousqueton ou une dégaine qu'on souhaite récupérer. Les relais de rappel sont généralement équipés de maillons rapides ou d'anneaux conçus pour laisser coulisser la corde.
Procédure — Étape par étape (CRITIQUE) :
- Identifier le point de rappel équipé (maillon rapide, anneau, plaquette).
- Vérifier visuellement son état (pas de rouille majeure, pas de cassure).
- Apporter la corde au point.
- Passer les deux brins dans l'anneau ou le maillon du point de rappel, selon la configuration du relais.
- Réaliser le nœud simple de jonction des deux brins, avec les brins bien parallèles.
- Serrer le nœud brin par brin, laisser au minimum 30 cm après le nœud, puis réaliser le nœud d'arrêt prévu par ce livre.
- Faire un demi-pêcheur double à l'extrémité libre de chaque brin de rappel.
On s'assure que les deux brins atteignent le relais suivant ou le sol, selon le rappel prévu. Cette vérification n'est pas toujours visuelle — la corde peut se poser sur une vire, une dalle, ou le relais suivant peut être hors de vue. Quand la vérification directe est impossible (paroi, vires, relais hors de vue), on ajoute systématiquement des nœuds de sécurité en bout de brin avant de commencer la descente. Les parades : (1) nœud d'arrêt obligatoire en bout de chaque brin (voir ci-dessous), (2) contrôle des longueurs au topo avant le départ, (3) confirmation par le premier descendant dès qu'il atteint le relais ou le sol.
Placer le nœud de jonction du bon côté de l'ancrage. Une fois la corde passée et le nœud simple réalisé, le nœud de jonction se place en dessous de l'ancrage, pas au-dessus. Il faut toujours tirer le brin du dessous. Si on tire le brin du dessus, sa tension comprime le brin inférieur contre le maillon ou l'anneau, bloquant le tirage. Le réflexe : avant de mettre en charge, regarder de quel côté pendent les deux brins ; le côté où le nœud sort est celui qu'on tirera pour rappeler la corde, l'autre est celui qui doit passer librement dans l'anneau.
Anticiper le tirage en présence d'une rupture d'inclinaison. Le coincement de la corde au tirage ne se produit pas qu'en cas de surplomb : toute rupture d'inclinaison (le rocher devient plus raide après une vire, un changement de pente) peut suffire à plaquer la corde contre la paroi au moment où on rappelle. La règle opérationnelle : s'assurer que le brin à tirer est le brin du dessous avant de commencer la descente. Quand c'est possible, orienter le maillon perpendiculairement à la paroi réduit les frictions. Vérifier le tirage à blanc en tirant légèrement sur le brin qui descendra avant de s'engager — un point dur ressenti signale qu'il faut réorganiser le départ. Tirer de façon progressive et régulière une fois les deux grimpeurs en bas, sans à-coup. En dernier recours, si le premier descendeur identifie une zone problématique en cours de descente, voir la variante avancée débrayer le nœud de jonction ci-dessous.
🏔️ TERRAIN — Débrayer le nœud de jonction (Approfondissement)
Variante avancée pour passer une zone susceptible de coincer la corde au rappel — typiquement, une fissure ou une écaille saillante repérée sous le relais.
Si la longueur de corde disponible le permet, le premier descendeur peut débrayer temporairement le nœud de jonction pour faire passer un seul brin par la zone problématique, en ne tenant qu'un seul brin pendant la traversée de la zone. Manipulation à conduire avec une bonne maîtrise et une gestion attentive de la sécurité — un nœud de plein poing au baudrier reste obligatoire pendant la manœuvre.
Exemple typique : sous un relais, on identifie une fissure dans laquelle le nœud de jonction se coincerait au moment du tirage. Débrayer le nœud le temps de passer cette zone évite le coincement.
🏔️ TERRAIN
Débrayer le nœud sur passage à risque (⊕) — Si une fissure sous le relais risque de coincer le nœud de jonction au moment du tirage, il est possible de débrayer le nœud pour le passer manuellement, en tenant les deux brins pendant la descente. Condition impérative : longueur de corde suffisante et contrôle permanent des deux brins.
⚡ On fait un nœud d'arrêt en bout de chaque brin. C'est non négociable. Le nombre d'accidents mortels liés à une corde trop courte — le grimpeur atteint le bout du brin sans s'en rendre compte et tombe dans le vide — justifie à lui seul cette règle absolue.
🏔️ TERRAIN
Le premier qui descend surveille en permanence les brins de corde : sur une paroi peu raide, ils peuvent poser sur des vires, blocs ou arbres. Il faut les libérer avant de passer dessous — impossible à corriger une fois trop bas.
RAPPEL — Le premier descendeur fait descendre les brins avec lui
En rappel peu raide ou irrégulier (vires, dalles, arbres, écailles), la corde lancée s'arrête fréquemment en cours de chute sans atteindre le relais suivant ou le sol. Le premier descendeur ne dépasse jamais un bout de corde coincé : à chaque relai visuel sur un brin posé, il dégage la corde au fur et à mesure de sa progression avant de continuer.
Si le premier dépasse un bout coincé sans l'avoir libéré, la corde devient inaccessible — il faut remonter sur corde pour la décoincer, manipulation longue et fatigante qui expose la cordée à un délai supplémentaire (météo, nuit).
Point critique ⚡ :
Les nœuds d'arrêt en bout de brin doivent être solidement serrés et suffisamment volumineux pour arrêter un grimpeur en rappel sans glisser à travers l'appareil de freinage. Dans ce livre, on utilise un demi-pêcheur double à chaque extrémité libre.
Erreur fréquente :
- Oublier un des deux nœuds (penser que l'autre « suffit »).
- Faire des nœuds de bout de brin insuffisamment volumineux.
- Ne pas vérifier que la corde atteint vraiment le sol (ou le relais suivant) — risque de se retrouver en suspens au bout du brin.
Choix retenu dans ce livre :
- Jonction des deux brins : nœud simple de jonction, brins parallèles, serré brin par brin, avec longueur suffisante après le nœud et nœud d'arrêt.
- Extrémités libres : demi-pêcheur double sur chaque bout de brin.
- Ces deux familles de nœuds ne doivent pas être confondues.
Limites de la technique : Si les deux brins n'ont pas exactement la même longueur, un brin sera plus court que l'autre — et le rappel suivant devra s'adapter.
RAPPEL
RAPPEL : Voir Ch.11, §11.2 pour les nœuds d'arrêt, le nœud de jonction des brins de rappel et le demi-pêcheur double en bout de brin.
Sécuriser la descente.
Prérequis : Maîtrise des autobloquants (Ch.11, §11.5), capacité à installer un autobloquant en une trentaine de secondes.
Contexte d'usage : Chaque rappel sans exception.
Matériel nécessaire : Anneau de cordelette (5-6 mm), nœud français ou Machard, mousqueton à vis, corde de rappel.
Objectif de la manipulation : Créer un filet de sécurité qui bloque automatiquement si on perd la vigilance (malaise, vibration, choc).
La descente en rappel se fait avec un appareil de freinage (descendeur ou appareil d'assurage type Reverso) et un autobloquant de sécurité. L'autobloquant — généralement un nœud français ou un Machard sur cordelette — est placé sous l'appareil de freinage, relié au pontet du baudrier par un mousqueton. Si le grimpeur lâche la corde — malaise, chute de pierre, perte d'équilibre —, l'autobloquant se bloque et arrête la descente.
Descendre en rappel sans autobloquant de sécurité est une pratique qui expose à un risque mortel et qui n'a aucune justification technique. Le temps nécessaire à l'installation de l'autobloquant est de l'ordre de trente secondes — un investissement dérisoire au regard du risque.
Points critiques ⚡ :
L'autobloquant doit être placé sous l'appareil de freinage, pas au-dessus. Placé au-dessus, il n'a aucun effet en cas de lâcher.
L'autobloquant doit être relié au pontet du baudrier par un mousqueton à vis — pas simplement clippé sans sécurité.
L'autobloquant doit coulisser librement quand on le manœuvre manuellement (vers le bas pour descendre). S'il est bloqué dès le départ, on l'a mal configuré.
⚡ ALERTE
Si le machard remonte trop près du Reverso pendant la descente, il perd son effet freinant — les deux appareils s'annulent mutuellement. Maintenir une distance d'au moins 15 cm entre les deux.
⚡ ALERTE — Distance machard / reverso
Le machard et le reverso ne doivent pas se toucher. Si la cordelette autobloquante remonte au point d'entrer en contact avec l'appareil de freinage, l'autobloquant ne fonctionne plus : le reverso « ouvre » le machard et l'empêche de mordre la corde quand la traction s'inverse. Garder en permanence au moins 15 cm entre les deux. C'est un point typique d'erreur en fin de descente, quand l'attention baisse — la main d'accompagnement remonte le machard machinalement et l'amène trop près du reverso, et la sécurité disparaît sans qu'on s'en rende compte.
Erreur fréquente : Oublier l'autobloquant pour « gagner du temps » sur un rappel court. Toute assurance demande du temps — c'est là que se situe la vraie efficacité.
Variantes selon le contexte :
- Nœud français (le plus courant en rappel).
- Machard (si la corde est grosse et le mordant doit être maximal).
- Prussik (alternative fiable mais plus lent à débloquer).
Limites de la technique : L'autobloquant demande une cordelette disponible. Si on l'a oubliée, on doit remonter et la récupérer (ou utiliser un Valdotain — voir Ch.11, §11.5).
RAPPEL
RAPPEL : Voir Ch.11, §11.5 pour les techniques précises de confection des autobloquants. Le français est le plus rapide pour le rappel.
Ordre de descente et gestion de l'équipe.
Prérequis : Communication claire entre coéquipiers, anticipation du prochain relais, capacité à décider rapidement.
Contexte d'usage : À chaque séquence de rappel.
Matériel nécessaire : Système de communication (verbal, signaux manuels — généralement verbal en rappel).
Objectif de la coordination : Descendre dans un ordre prédéfini, en restant en contact permanent.
Dans une cordée de deux, le grimpeur le plus expérimenté descend généralement en premier. Il vérifie l'état du prochain relais de rappel, prépare l'installation suivante, et confirme au second que tout est en place. Le second descend ensuite, récupère le matériel éventuel au relais supérieur, et rejoint le premier en bas.
Pourquoi cet ordre — le raisonnement « danger en bas » spécifique à la GV. En couenne, l'ordre est inversé : le moniteur ou le grimpeur expérimenté reste en haut pour superviser le départ et l'installation du rappel — parce que le danger principal est à l'installation (le sol est déjà connu et sécurisé). En grande voie, la logique s'inverse : le danger principal se situe en bas. Le grimpeur qui descend en premier doit savoir trouver le prochain relais de rappel sans le dépasser, dérouler correctement la corde le long de la paroi pour qu'elle ne se vrille pas, gérer un environnement inconnu (parfois pas exactement à l'endroit prévu par le topo). C'est cette gestion du bas qui exige l'expérience — d'où la règle inversée : expérimenté en premier, moins expérimenté en dernier.
Cette séquence peut varier selon les configurations. Dans certains cas, il est préférable que le plus expérimenté descende en dernier — pour pouvoir intervenir si le premier rencontre un problème pendant la descente. Mais la règle de base — danger en bas, expérimenté en premier — reste la référence.
Points critiques ⚡ :
L'ordre doit être convenu et confirmé verbalement avant le rappel — aucune ambiguïté.
Le premier rappeleur doit confirmer avant que le second ne s'engage — pas de montée parallèle, jamais.
La communication entre les deux grimpeurs doit être constante — signaux clairs à chaque transition.
Erreur fréquente : Ambiguïté sur l'ordre, résultant en deux rappeleurs engagés simultanément (risque de chute mutuelle si l'une des cordes se coince).
Variantes selon le contexte :
- Rappel court (simple retour) : ordre moins critique.
- Rappel long avec relais multiples : ordre très important (qui récupère les mousquetons ?).
Limites de la technique : La fatigue peut rendre la communication moins claire. Redoubler de vigilance.

14.5 Récupérer la corde et enchaîner les rappels
Prérequis : Compréhension de la géométrie des deux brins, capacité à diagnostiquer un coincement.
Contexte d'usage : À la fin de chaque rappel.
Matériel nécessaire : Corde de rappel installée, éventuellement poids ou mousqueton pour guider la traction.
Objectif de la manipulation : Récupérer la corde pour le rappel suivant, ou pour la redescente finale.
La récupération de la corde est le moment où les choses peuvent se compliquer. On tire un des brins — celui qui fait coulisser la corde correctement dans le maillon, identifié dès la mise en place du rappel (voir encadré ci-dessous).
⚡ Avant de tirer, on vérifie quel brin tirer. On tire progressivement, en vérifiant que l'autre brin remonte bien. Si la corde se coince — frottement dans l'ancrage, coincement sur un becquet, nœud bloqué —, on essaie d'alterner les tractions et de « fouetter » la corde pour la dégager. Si elle reste bloquée, un membre de la cordée peut remonter la dégager (ce qui nécessite les techniques de remontée sur corde décrites plus loin dans ce livre).
Points critiques ⚡ :
Le choix du brin à tirer est décisif — un brin bloqué signifie une corde irrécupérable pendant des minutes.
La traction doit être progressive et vigilante — pas de geste sec ou violent.
Si la corde se coince, arrêter immédiatement et chercher une solution. Forcer peut aggraver la situation.
Erreur fréquente : Tirer le mauvais brin. La corde bloque dans le maillon et ne passe plus — il faut remonter pour corriger. À ne pas confondre avec un véritable coincement de la corde dans une fissure ou une anfractuosité du rocher (situation plus problématique, qui peut nécessiter de remonter sur corde).
Variantes selon le contexte :
- Rappel court : la corde reste souvent dégagée.
- Rappel long ou multipoints : risque augmenté de coincement.
- Paroi rugueuse : la corde frotte plus et coince plus facilement.
Limites de la technique : Le tirage peut coincer le nœud de jonction si les brins sont mal orientés ou si le nœud travaille dans un mauvais axe. S'assurer que le nœud simple de jonction est du bon côté et que le brin à rappeler a été clairement identifié avant de tirer.
Anticiper le coincement : on peut réduire le risque en choisissant le bon brin à tirer (celui qui s'éloigne du rocher), en évitant de laisser la corde se poser dans des fissures pendant la descente, et en tirant rapidement une fois les deux grimpeurs en bas.
RAPPEL — Placement du brin à tirer
À la mise en place du rappel, faire passer la corde dans le maillon de telle sorte que le brin que l'on va tirer soit celui du dessous. Pourquoi : lorsque le maillon n'est pas parfaitement perpendiculaire au rocher (cas fréquent), la tension exercée au moment du rappel sur le brin du dessus peut bloquer l'autre brin contre le rocher. Si le maillon est perpendiculaire au rocher, le sens importe peu. Vigilance complémentaire : attention aux fissures et aux écailles susceptibles de bloquer le nœud de jonction quand on tire — repérer le trajet de la corde avant de descendre.
Sécuriser le second pendant la transition — la queue de vache au mou. Une technique trop souvent oubliée et qui sécurise considérablement les rappels en cascade : avant de retirer son propre matériel de descente à l'arrivée au relais intermédiaire, le premier descendu confectionne une queue de vache avec un peu de mou sur les deux brins de corde, et la clippe à l'anneau principal du rappel par un mousqueton à vis. Effet : la corde ne peut plus bouger ni tomber, et le second qui s'apprête à descendre est sécurisé indirectement par cette boucle — si pour une raison quelconque la corde glissait du dispositif au-dessus, la queue de vache l'arrêterait à l'arrivée. C'est aussi ce qui empêche la corde de se balancer dans le vide pendant que le premier descendu défait son matériel. Une fois le second arrivé et vaché, on défait la queue de vache pour récupérer la corde.
DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE
La queue de vache au mou à l'arrivée d'un rappel intermédiaire prend dix secondes. Elle élimine trois risques en un geste : la corde qui s'envole dans le vent ou se vrille au moment où on en a le moins besoin, la corde qui s'écarte du relais en rappel pendulaire (paroi verticale légèrement déversante, où la corde peut s'éloigner du relais une fois lâchée), les rappels en pendule ou sur paroi déversante, où la corde peut partir d'elle-même sans vent, et le second qui descend sans filet pendant la transition. C'est l'une des micro-pratiques qui distinguent une cordée qui « fait » des rappels d'une cordée qui les gère.
Enchaîner les rappels.
Prérequis : Fluidité de chaque étape du rappel (installation, descente, récupération), capacité à gérer la fatigue accumulée.
Contexte d'usage : Descente d'une grande voie par enchaînement de rappels — la procédure et la communication décrites s'appliquent dès qu'on enchaîne plus d'un rappel (de quelques rappels à plus d'une dizaine selon la voie).
Matériel nécessaire : Matériel standard de rappel (corde, descendeur, autobloquant, mousquetons) — sur chaque rappeleur.
Objectif de la progression : Redescendre l'ensemble de la paroi en sécurité, malgré la fatigue croissante.
Quand la descente nécessite plusieurs rappels successifs, chaque relais intermédiaire est un mini-cycle complet : arriver, se vacher, installer la corde pour le rappel suivant, descendre, récupérer la corde, recommencer.
Procédure générale — pour chaque relais intermédiaire :
- Arriver au relais (après rappel depuis le relais supérieur).
- Se vacher immédiatement sur le relais.
- Signaler au coéquipier : « Marc, libre ! » — à l'arrivée d'un rappel, le signal est « libre » (« j'ai libéré la corde du dispositif, tu peux descendre à ton tour »). Il se distingue du « relais ! » utilisé à l'arrivée d'une longueur grimpée — voir Ch.9 §9.2.
- Attendre le coéquipier (s'il n'est pas encore arrivé).
- Une fois à deux au relais, préparer le rappel suivant.
- Installer la corde du rappel suivant dans l'ancrage prévu.
- Faire les nœuds d'arrêt aux extrémités.
- Vérifier l'installation.
- Descendre selon l'ordre convenu.
- Recommencer au relais suivant.
Optimisation de l'enchaînement :
La fluidité de l'enchaînement dépend de la qualité de l'organisation. On anticipe en préparant le matériel pendant que le partenaire descend (si possible — le premier rappeleur a peu de temps libre). On optimise en combinant les opérations quand c'est possible — par exemple, le second récupère les mousquetons du relais précédent pendant que le premier prépare le rappel suivant.
Et on maintient la rigueur à chaque étape — la fatigue accumulée au fil des rappels est l'un des facteurs d'accident les plus courants.
Points critiques ⚡ :
La fatigue est cumulative — le dernier rappel est le plus dangereux (paradoxalement, puisque c'est le plus proche du sol). L'attention doit rester maximale.
Le vachage au relais intermédiaire doit être aussi rigoureux qu'au relais principal — jamais de compromis.
La vérification de l'installation de corde doit être complète à chaque rappel — pas d'économie même si « on vient de le faire ».
Erreur fréquente : Vouloir aller vite au dernier rappel, sautant une étape de vérification. C'est généralement le moment où surviennent les accidents « bêtes ».
Variantes selon le contexte :
- Rappels courts (chaque relais très proche) : le cycle est rapide.
- Rappels longs (relais distants) : le cycle est plus exigeant.
Limites de la technique : La fatigue rend chaque étape plus lente et plus difficile. L'anticipation (préparer le matériel avant d'être au relais) est la clé pour maintenir l'efficacité.
Enchaînement efficace : arrivée au relais suivant.
Quand plusieurs rappels s'enchaînent, la qualité de l'arrivée au relais inférieur conditionne toute la suite. Le premier arrivé ne se contente pas de se détacher : il prépare déjà le rappel suivant.
Séquence recommandée :
- Arriver au relais inférieur et se vacher immédiatement sur un point fiable.
- Garder l'autobloquant en place le temps de stabiliser la situation, surtout si les relais sont décalés ou inconfortables.
- Enlever le descendeur seulement après vachage contrôlé.
- Annoncer clairement que le rappel est libre pour le suivant.
- Fixer temporairement les deux brins au relais avec un nœud volumineux ou une boucle de sécurité si la configuration impose d'éviter que les cordes ne partent.
- Identifier le brin à rappeler pour le rappel suivant.
- Préparer le passage du brin dans l'anneau suivant seulement quand toute la cordée est stabilisée.
- Lancer ou déposer les brins séparément, selon le terrain, pour limiter les torons et les coincements.
⚡ POINT CRITIQUE
On ne défait jamais les nœuds d'extrémité, les sécurités temporaires ou le système précédent tant que la cordée n'est pas stabilisée au relais inférieur et que le prochain rappel n'est pas compris par tous.
POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LES GRANDES VOIES
La section suivante s'adresse aux leaders expérimentés — elle couvre une variante de descente en rappel avec le reverso en position haute. Tu peux passer directement au chapitre 15.
14.6 Variante — descendre en rappel avec reverso haut (⊕)
Pourquoi pratiquer cette variante : Offrir un contrôle débrayable du rappel, utile notamment pour descendre une personne moins expérimentée ou un blessé. C'est une technique avancée.
Prérequis : Maîtrise complète du rappel standard, compréhension claire de la direction de freinage du Reverso (ou équivalent) dans cette configuration inversée.
Contexte d'usage : Secours, descente d'une personne blessée, configuration pédagogique (formateur accompagnant un élève).
Matériel nécessaire : Reverso (ou équivalent), mousqueton HMS, corde de rappel, autobloquant de sécurité.
Dans certaines configurations, on installe le descendeur en haut — sur un mousqueton au relais plutôt que sur le pontet du baudrier. Cette technique offre un contrôle débrayable : on peut bloquer et libérer la descente sans toucher au descendeur, ce qui est utile quand on descend une personne moins expérimentée.
Point critique ⚡ : C'est une technique avancée qui nécessite une maîtrise préalable du rappel standard et une compréhension claire du sens de freinage de l'appareil dans cette configuration inversée. À tester d'abord en rappel court, en toute sécurité.
Limites de la technique : Le contrôle depuis le haut demande une vigilance permanente de la part de l'accompagnant. Une perte d'attention peut résulter en une descente non contrôlée.
⚡ ALERTE
⚡ Encadré ALERTE : Les 5 erreurs mortelles au rappel
Pas de nœud en bout de corde — la corde est trop courte et file à travers le descendeur. Le grimpeur atteint le bout du brin et tombe dans le vide. Cause d'accidents la plus documentée en rappel.
Pas d'autobloquant de sécurité — un malaise, une chute de pierre, une perte d'équilibre, une vibration — la corde file. Le grimpeur ne peut plus se retenir. Conséquence : chute libre sur le rappel.
Confusion de brin à tirer — la corde se coince irrémédiablement dans l'ancrage, bloquant la cordée en paroi. Situation d'urgence où il faut remonter pour résoudre.
Vachage insuffisant au relais de rappel — glissade mortelle pendant la manipulation de la corde en position instable. Faux pas, appui insuffisant, glissade sur la paroi adjacente — et c'est un accident.
Relâchement de l'attention — « c'est le dernier rappel, on y est presque » = moment de tous les dangers. Saut d'une étape, vérification sommaire, geste habituel effectué sans vigilance. C'est précisément quand on baisse la garde que les accidents surviennent.
🏔️ TERRAIN — Vent fort : descendre avec la corde lovée
Par vent fort, ne pas lancer la corde — elle partirait hors axe et irait se coincer. Descendre avec la corde lovée, tenue à la main ou au baudrier, en la relâchant progressivement.
Lancer la corde s'applique dans les conditions idéales : paroi verticale, sans vent, aucune cordée dessous. Dans tous les autres cas — relais décalé, terrasse, vent — on descend avec la corde en main.
🏔️ TERRAIN — Rappels déversants (Approfondissement)
En rappel fortement déversant, deux techniques avancées améliorent le contrôle :
- Se repousser du rocher plusieurs fois en descendant — but : garder le contact avec la paroi pour ne pas dépasser le relais suivant qui pourrait se trouver hors d'atteinte une fois lâché. À doser : un appel trop fort renvoie loin de la paroi.
- Mousquetonner certaines plaquettes si la descente est dans une voie équipée — but : conserver l'axe de descente, faciliter le tirage ultérieur. Demande de retirer ces mousquetons au tirage (ou de les laisser sacrifiés).
Dans ces deux cas, la sécurité fondamentale du rappel (autobloquant, nœud d'arrêt en bout) reste impérative. Ces techniques sont réservées aux grimpeurs expérimentés — à pratiquer dans un cadre sécurisé avant d'engager.
🏔️ TERRAIN
Rappels déversants (⊕) — Sur une paroi déversante, on se repousse du rocher plusieurs fois pour maintenir le contact et atteindre le relais suivant. Le premier qui descend peut clipper quelques plaquettes en chemin — en cas de décrochage, il reste dans l'axe.
Principe
Une fois la corde de rappel installée, pouvoir descendre le long de celle-ci jusqu'au relais au-dessous ou au sol.
Grandes étapes
- Installation haut du reverso en mode descente
- Installation d’un autobloquant sur pontet
Points d'attention
- Mettre le reverso dans le bon sens
- Mise en charge progressive en se tenant pour vérifier
Matériel
- Longe (idéalement double)
- Reverso
- un ficelou
- 2 mousquetons à vis
🧩 Storyboard — Descendre en rappel avec reverso haut (6 étapes)






Exercice rappel — à pratiquer hors engagement.
À PRATIQUER AU SOL
Exercice — Pratique du rappel hors engagement. Installer un rappel complet sur un relais-école, descendre quelques mètres, se vacher sur un relais bas, libérer le rappel, identifier le brin à tirer, puis réinstaller un second rappel.
Critère de réussite : aucun geste critique n'est fait sans annonce ni vérification ; les nœuds de bout de corde sont systématiques sur les deux brins ; le brin à tirer est nommé à voix haute avant chaque libération ; l'autobloquant est testé en charge avant de quitter le vachage.
Variantes pour progresser. Une fois la séquence de base maîtrisée, ajouter des contraintes : descendre avec un sac chargé pour reproduire la fatigue ; pratiquer le passage de nœud (→ §14.6) ; descendre les yeux fermés sur les premiers mètres pour travailler la coordination main-autobloquant ; travailler la transition rappel → relais → rappel suivant en chronométrant l'enchaînement (objectif : moins de 3 minutes par transition après dix répétitions).
Fréquence : un exercice complet en début de saison, puis une révision rapide avant chaque sortie où le rappel sera engagé. Une manip qui n'a pas été pratiquée depuis six mois n'est plus une manip maîtrisée — c'est une manip à reprendre au sol avant de l'engager en paroi.
