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P6Gérer les situations

Chapitre 22Les mouflages

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Chapitre 22 — Les mouflages

Partie 6 — Gérer les situations : anticiper et réagir quand le script s'arrête.

Aider un second bloqué, c'est d'abord un diagnostic, pas une technique. Avant de monter un mouflage, il faut comprendre pourquoi le second est bloqué — et choisir l'intervention la plus simple qui résout le problème. Ce chapitre couvre les mouflages du plus léger au plus puissant, dans l'ordre où on devrait les envisager.

22.1 Quand il faut hisser — le diagnostic

Aider un second ne consiste pas à déclencher automatiquement une technique. La première étape est de comprendre la nature du blocage. Est-ce un problème de niveau ? de peur ? de lecture ? de récupération de dégaine ? de traversée ? de fatigue ? de corde trop tendue ou pas assez ? Selon le diagnostic, la réponse ne sera pas la même.

Blocage observéCause probableRéponse légèreRéponse avancée
Second hésite mais progressePeur ou lecture insuffisanteConsigne courte, tension rassuranteAucune manœuvre lourde
Second ne passe pas un pasDifficulté ponctuelleSangle / pédale / aide au pointMouflage en N si blocage persiste
Second pendule en traverséeMauvaise anticipation du leaderTension adaptée, consigneMain courante / gestion à deux brins (→ Ch.20)
Second ne récupère pas les dégainesConfiguration flèche ou traverséeDégaines dédiées (→ Ch.20)Réorganisation complète du passage
Second ne communique plusStress, fatigue, saturationQuestion fermée, pause, rassurerRéévaluer la poursuite de la voie

FACTEUR HUMAIN

Un second bloqué ne manque pas toujours de technique. Il peut manquer de compréhension, de confiance, de souffle ou de lucidité. La bonne aide est souvent celle qui simplifie la situation avant d'ajouter une manœuvre.

Le mouflage est un système de hissage qui utilise l'effet poulie pour démultiplier la force exercée. En grande voie, on y recourt quand le second est bloqué et ne peut plus progresser par ses propres moyens — fatigue extrême, blessure, passage trop dur, peur paralysante.

C'est une technique de secours. On ne mouffle pas par confort ou pour gagner du temps — on mouffle quand le second ne peut plus avancer et que la situation l'exige.


Avant d'installer quoi que ce soit, une décision s'impose : hisser, aider autrement, ou appeler les secours — le schéma oriente ce choix selon l'état du second et la configuration du relais.

Choix du système de mouflage selon le matériel disponible — deux grandes familles d'approche.

Moufler : une décision avant d'être une technique.

Le mouflage commence par une décision : faut-il hisser, aider autrement, redescendre ou appeler les secours ? Un mouflage mal choisi consomme du temps, fatigue le leader, complexifie le relais et peut aggraver la situation si le second est blessé ou paniqué.

Situation observéePremière réponseMouflage ?
Second fatigué mais lucidePause, consigne, tension modéréeSeulement si blocage persiste
Passage court trop durAide ponctuelle, sangle, pédaleMouflage en N possible
Dévers ou second incapable de repartirStabiliser, mouflage plus démultipliéOui si maîtrisé
Blessure suspectéeProtéger, alerter, stabiliserPrudence ; secours souvent prioritaire
Second inconscientAppel secours, maintien en sécuritéNe pas improviser seul sauf danger immédiat

FACTEUR HUMAIN

Moufler peut devenir une fuite en avant : on agit parce qu'on veut “faire quelque chose”. Avant de monter le système, on verbalise l'objectif : remonter de deux mètres ? sortir un pas ? atteindre le relais ? redescendre ensuite ? Sans objectif clair, la manœuvre se complexifie vite.

22.2 Théorie et recommandations

Le principe du mouflage repose sur la théorie de l'effet poulie. Si on suspend une charge de 100 kilogrammes à une corde passant par une poulie fixée au plafond, il faut exercer une force de 100 kilogrammes de l'autre côté pour la retenir. La poulie ne démultiplie pas — elle change la direction de la force.

La démultiplication apparaît quand on fixe la poulie à la charge elle-même (poulie mobile). Dans ce cas, la charge est répartie sur deux brins de corde, et il suffit de 50 kilogrammes de force pour retenir 100 kilogrammes de charge : c'est un mouflage 2:1.

En combinant poulies fixes et mobiles, on obtient des rapports de mouflage croissants : 3:1 (mouflage en N), 5:1 (Marinier simple), 7:1 (Marinier double). Chaque niveau de démultiplication exige de tirer proportionnellement plus de corde : pour remonter d'un mètre avec un mouflage 3:1, il faut tirer 3 mètres de corde.

En pratique, les rendements théoriques ne sont jamais atteints. Les frottements dans les mousquetons (qui ne sont pas des poulies parfaites), la raideur de la corde, le poids de la corde elle-même, et les frottements contre la paroi réduisent considérablement l'efficacité réelle. Un mouflage 3:1 théorique donne en réalité un rapport effectif réduit, souvent compris entre 2:1 et 2,5:1 quand les renvois se font sur mousqueton (ordre de grandeur observé en pratique d'encadrement, à recouper avec les publications Petzl Pro qui donnent des plages de rendement par type de matériel). Remplacer les mousquetons par des poulies améliore significativement ce rendement.


🧩 Schéma — MOUFLAGE 1:1

Ce bloc reprend un schéma ou un repère visuel du manuel. Il doit être lu comme complément du texte, pas comme procédure autonome.

MOUFLAGE 3:1. MOUFLAGE 7:1

1. MOUFLAGE 1:1
1. MOUFLAGE 1:1
2. MOUFLAGE 2:1
2. MOUFLAGE 2:1
3. MOUFLAGE 3:1
3. MOUFLAGE 3:1
4. MOUFLAGE 7:1
4. MOUFLAGE 7:1

Recommandations générales.

Avant de détailler les différents montages, quelques principes s'appliquent à tous les mouflages.

Toujours moufler sur un seul brin. Bien qu'il soit possible de moufler sur les deux brins simultanément, cela démultiplie les frottements. On choisit un brin (une couleur de corde), on installe tous les éléments du mouflage dessus, et on ravale le mou sur l'autre brin au fur et à mesure du hissage.

Autobloquants adaptés. L'autobloquant doit se positionner sur un seul brin et fonctionner efficacement même sur un faible diamètre. On privilégie la cordelette avec un nœud français (plutôt qu'un machard, qui a tendance à glisser sur un seul brin) ou un bloqueur mécanique (petit-bloc). Le principe du mouflage étant de jouer sur la démultiplication, il faut redescendre les éléments autobloquants sur la corde de hissage après chaque course de traction. ⚡ Précaution opérationnelle : garder les autobloquants accessibles en cas de blocage. Un autobloquant qui remonte trop haut au fil des cycles peut devenir hors de portée — on ne peut plus le redescendre ni le débloquer sans se hisser à son niveau. À chaque cycle, on vérifie que le système reste manœuvrable depuis la position de travail.

Poulies pour réduire les frottements. Chaque mousqueton où la corde fait un renvoi peut être remplacé par une poulie. Le gain est significatif : selon les sources fabricants (notamment Petzl Pro), le rendement d'une poulie classique varie entre 50 % et 98 % selon le modèle et l'état du roulement, là où un mousqueton produit un freinage parasite plus important. L'ordre de grandeur retenu : un mouflage qui passe d'un renvoi sur mousqueton à un renvoi sur poulie peut gagner 20 à 30 % de rendement effectif. Attention cependant à la Micro Traxion (Petzl) : par frottement contre le rocher, elle peut se positionner en mode autobloquant même quand la gâchette est ouverte. On la place donc volontairement haut, mais surtout on s'assure qu'elle reste accessible — c'est l'accessibilité qui prime sur la hauteur, parce qu'on aura besoin d'y revenir pour la débloquer ou la réinitialiser.

Se vacher long. Pour avoir un débattement suffisant lors des mouvements de hissage, on se vache sur le relais avec une longe réglable réglée au plus long. Cela permet d'utiliser le poids de son corps dans le hissage.


22.3 Le mouflage en N (rapport 3:1)

Contexte : C'est le mouflage de base, le premier à connaître. Le « N » fait référence à la forme que dessine la corde dans le circuit. Il offre une démultiplication théorique de 3:1 — en pratique autour de 2:1 avec des mousquetons.

Matériel : Un autobloquant (cordelette + nœud français, ou petit-bloc), un à deux mousquetons à vis (un pour l'autobloquant, un pour le renvoi éventuel).

Principe. On installe un autobloquant (nœud français sur cordelette) sur le brin de mouflage, orienté pour bloquer en tirant vers le haut. On y clippe un mousqueton à vis et on y fait passer le brin de mouflage sortant du reverso. Et on tire — c'est le mouflage en N.

La fiche visuelle et le storyboard photo ci-dessous détaillent l'installation pas à pas. Points critiques : L'autobloquant doit être dans le bon sens — il bloque quand on tire vers le haut. On prend un seul brin pour le mouflage. On ravale l'autre brin au fur et à mesure.

Améliorations possibles : Remplacer la cordelette par un petit-bloc (plus efficace, mais attention à bien prendre la corde). Ajouter une poulie sur le mousqueton de renvoi pour réduire les frottements. Ajouter un renvoi haut + nœud de cœur au baudrier permet de tirer avec le poids du corps et d'avoir les mains libres entre deux courses.


Mouflage en N — fiche signalétique
Principe
C’est un mouflage simple qui permet une multiplication des forces de max 3 ( si on retire tous les frottements. N fait référence à la circulation de la corde avant éventuellement une reprise haute ( mais qui ne change pas le pouvoir démultiplicateur)
Photo
C’est un mouflage simple qui permet une multiplication des forces de max 3 ( si on retire tous les frottements. N fait référence à la circulation de la corde avant éventuellement une reprise haute ( mais qui ne change pas le pouvoir démultiplicateur)
Grandes étapes
  • Installer un autobloquant sur un brin choisi pour le mouflage
  • Reprendre la charge du brin de mouflage dans un mousqueton à vis
  • Possible de tracter directement en tirant vers le haut
  • Améliorations :
  • Reprise sur point haut avec un mousqueton à vis, ce qui permet de s’aider de son poids du corps
  • Nœud de coeur autobloquant sur brin et baudrier pour avoir les mains libres
Points d'attention
  • Prendre 1 seul brin pour le mouflage
  • Nœud autobloquant dans le bon sens pour bloquer quand tire en montée
  • Ravaler l’autre brin
  • Se vacher long pour avoir du déport dans les mouvements de hissage
  • S’aider de ses mains pour aider aux hissages en tirant corde du second
Matériel
  • Un système autobloquant
  • 2 mousquetons à vis si renvoi (sinon 1)
  • Améliorations pour le frottement : 2 poulies
  • Améliorations pour dégager main : 2 mousquetons simple pour nœud de coeur
🧩 Storyboard — Mouflage en N (3 étapes)
1. Choisir un brin pour le mouflage et installer dessus un autobloquant (nœud français sur cordelette)
1. Brin de mouflage choisi, autobloquant nœud français installé
2. Installer un mousqueton à vis dans l’autobloquant et y reprendre le brin de mouflage en sortie du reverso
2. Mousqueton à vis dans autobloquant — brin de mouflage repris
3. Et on tire ! C’est le principe du mouflage en N
3. Et on tire ! C’est le principe du mouflage en N

Améliorations du mouflage en N.

Le petit-bloc et la poulie basse. En remplaçant la cordelette par un petit-bloc (bloqueur mécanique) et en ajoutant une poulie sur le mousqueton à vis de l'autobloquant, on élimine une grande partie des frottements et on gagne en efficacité. Alternative : remplacer l'ensemble petit-bloc + poulie par une poulie autobloquante (type Micro Traxion) — une seule pièce qui joue les deux rôles. Voir les précautions d'usage → §22.2.

Le renvoi haut et le nœud de cœur. En ajoutant un renvoi du brin de mouflage sur un mousqueton à vis au relais (point haut), on peut mettre son poids dans le hissage au lieu de tirer uniquement avec les bras. On se vache avec sa longe réglable au plus long pour avoir du débattement. Puis on installe un nœud de cœur (deux mousquetons simples identiques — un tour ensemble, revenir pincer avec un tour sur le premier mousqueton) à son baudrier sur le brin de mouflage, ce qui permet d'avoir les mains libres entre chaque course.


🧩 Storyboard — Mouflage en N - amélioration poulie basse (5 étapes)
1. Point de départ — mouflage en N de base avec cordelette et mousqueton à vis (configuration avant amélioration)
1. Mouflage en N de base avant amélioration poulie basse
2. Remplacer la cordelette par un petit-bloc (attention à bien prendre la corde) et ajouter une poulie sur le mousqueton à vis de l'autobloquant
2. Petit-bloc et poulie basse installés
3. Ajouter un renvoi du brin de mouflage sur un mousqueton à vis au relais (point haut) — se vacher long pour utiliser le poids du corps
3. Renvoi haut installé au relais
4. Installer un nœud de cœur (deux mousquetons simples) au baudrier sur le brin de mouflage — mains libres entre chaque course
4. Nœud de cœur au baudrier
5. Système complet en position de traction — poids du corps engagé, mains libres lors des pauses grâce au nœud de cœur
5. Traction avec poids du corps — système amélioré complet
Leader sur paroi calcaire foncée, ambiance dramatique
Le mouflage est rarement la situation qu'on a choisie. C'est la situation qui s'impose.

POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LES GRANDES VOIES

Si tu découvres les grandes voies, ce qui suit (§22.4–§22.5) est réservé aux leaders expérimentés — mouflages Marinier (5:1 et 7:1) et cas particuliers (corde tendue, descente sous charge). Tu peux aller directement à §22.6 — La synthèse ou au chapitre 31 — Connaître le milieu.

22.4 Mouflages avancés — Marinier simple et double (⊕)

Contexte : Le mouflage en N ne suffit pas — le second est trop lourd, les frottements sont trop importants, ou la configuration de la paroi (surplomb, traversée) rend le hissage 3:1 insuffisant. On passe au Marinier simple, qui offre un rapport théorique de 5:1.

RAPPEL

RAPPEL — Mouflage en N (§22.3) : Le Marinier simple s'appuie sur les éléments fondamentaux du mouflage en N. Avant d'installer un Marinier simple, maîtriser complètement le mouflage en N et ses améliorations.

Matériel : En plus du matériel du mouflage en N : une sangle de 120 centimètres et deux mousquetons à vis supplémentaires.

Procédure :

On commence par installer la base du mouflage en N (autobloquant sur un brin + mousqueton). Puis on fixe une sangle de 120 centimètres avec une tête d'alouette sur un mousqueton à vis au relais — la couture de la sangle doit être en haut pour minimiser les frottements. On reprend une première fois la charge avec la sangle passée dans un mousqueton à vis fixé à l'autobloquant. Puis on reprend une deuxième fois la charge avec le brin de mouflage passé dans un mousqueton à vis accroché à l'extrémité de la sangle qui est elle-même en reprise de charge. Et on tire.

Le système ajoute deux points de renvoi au mouflage en N, doublant presque le rapport mécanique (de 3:1 à 5:1 en théorie).

Points critiques : Utiliser une tête d'alouette (plutôt qu'un nœud) pour ne pas perdre trop de longueur de sangle. Garder la couture en haut pour minimiser les frottements. Toutes les recommandations du mouflage en N s'appliquent.


Mouflage en 5 — fiche signalétique
Principe
Augmenter la démultiplication du mouflage en N pour passer à une démultiplication de 5 au lieu de 3 (sans compter les frottements)
Photo
Augmenter la démultiplication du mouflage en N pour passer à une démultiplication de 5 au lieu de 3 (sans compter les frottements)
Grandes étapes
  • Installer un autobloquant sur un brin choisi pour le mouflage
  • Placer une sangle de 120 avec une tête d’alouette sur mousqueton à vis au relais
  • Reprendre une 1ère fois la charge avec la sangle passé dans un mousqueton à vis fixé à l’autobloquant
  • Reprendre une 2ème fois la charge avec le brin de mouflage au travers d’un mousqueton à vis fixé à l’extrémité de la sangle de 120 déja en charge
  • Possible de tracter directement en tirant vers le haut
  • / Améliorations :
  • Reprise sur point haut avec un mousqueton à vis, ce qui permet de s’aider de son poids du corps
  • Nœud de coeur autobloquant sur brin et baudrier pour avoir les mains libres
Points d'attention
  • Prendre 1 seul brin pour le mouflage
  • Nœud autobloquant dans le bon sens pour bloquer quand tire en montée
  • Ravaler l’autre brin
  • Se vacher long pour avoir du déport dans les mouvements de hissage
  • S’aider de ses mains pour aider aux hissages en tirant corde du second
  • / En plus du mouflage en N
  • Tête d'alouette, plutôt que nœud pour ne pas perdre trop de longeur de sangle
  • Couture en haut de la sangle pour éviter au maximum les frottements
Matériel
  • Un système autobloquant
  • 2 mousquetons à vis si renvoi (sinon 1)
  • Améliorations pour le frottement : 2 poulies
  • Améliorations pour dégager main : 2 mousquetons simple pour nœud de coeur
  • En plus du mouflage en N
  • 2 mousquetons à vis
  • 1 sangle de 120 cm
🧩 Storyboard — Mouflage à 5 (4 étapes)
1. Sur un mousqueton à vis au relais, placer une sangle de 120 avec une tête d'alouette. Couture en haut pour éviter au maximum les frottements
1. Sur un mousqueton à vis au relais, placer une sangle de 120 avec une tête d'alouette. Couture en haut pour éviter au maximum les frottements
2. Installer un autobloquant comme sur le brin de mouflage comme pour un mouflage en N.
2. Installer un autobloquant comme sur le brin de mouflage comme pour un mouflage en N.
3. Reprendre une 1ère fois la charge avec la sangle passer dans un mousqueton à vis accroché à l’autobloquant
3. Reprendre une 1ère fois la charge avec la sangle passer dans un mousqueton à vis accroché à l’autobloquant
4. Puis reprendre une 2ème fois la charge avec le brin de mouflage passé dans un mousqueton à vis accroché à l’extrémité de la sangle qui est elle même en reprise de charge
4. Puis reprendre une 2ème fois la charge avec le brin de mouflage passé dans un mousqueton à vis accroché à l’extrémité de la sangle qui est elle même en reprise de charge

Mouflage à 7 — Marinier double (rapport 7:1).

⚠️ Procédure à valider

Le Marinier double n'est pas décrit dans le matériel source du manuel monitorat (fiche signalétique vide). La procédure ci-dessous est une reconstruction à partir de la pratique courante et des sources fabricants (Petzl Pro, ENSA). Avant publication, elle doit être validée par un encadrant breveté ou un instructeur fédéral. En attendant, ce passage est à lire comme une description conceptuelle, pas comme une fiche opérationnelle.

Contexte : Situation extrême — le second est blessé, inconscient, ou dans une configuration (dévers, surplomb) qui rend le hissage à 5:1 insuffisant. Le Marinier double offre un rapport théorique de 7:1.

RAPPEL

RAPPEL — Marinier simple (§22.4) : Le Marinier double est une extension du Marinier simple. Il ne s'aborde que si le Marinier simple est maîtrisé et a échoué à l'épreuve de la situation.

Le principe est une extension du Marinier simple avec un renvoi supplémentaire. La complexité du montage augmente, de même que la longueur de corde à tirer pour chaque centimètre de progression. C'est un mouflage de dernier recours, qui exige une grande maîtrise technique et un relais parfaitement installé, car les forces exercées sur les points d'ancrage sont considérables.

Limites : Au-delà du mouflage à 7, le rapport entre la complexité du montage, la longueur de corde à tirer et le gain de force devient défavorable. Si un mouflage à 7 ne suffit pas, il est temps d'appeler les secours.

Quand appeler les secours plutôt que de monter en puissance

Le Marinier est efficace sur de courtes distances — quelques mètres de hissage au maximum. Plus la distance à parcourir est importante, plus la quantité de corde à tirer devient prohibitive (7 mètres tirés pour 1 mètre gagné). Dans ces situations, continuer à complexifier le montage consomme du temps et de l'énergie au détriment de la sécurité globale. Appeler les secours avant d'avoir épuisé toutes les options mécaniques est souvent la décision la plus sage.


Mouflage en 7 - marinier double — fiche signalétique
Principe
Augmenter encore la démultiplication du Marinier simple (5:1) pour atteindre une démultiplication théorique de 7:1, en ajoutant un second renvoi de charge sur la sangle de reprise. La complexité du montage augmente, et la longueur de corde à tirer pour chaque centimètre de hissage devient considérable (7 mètres tirés pour 1 mètre gagné).
Grandes étapes
  • Installer la base du Marinier simple (mouflage en N + sangle 120 en reprise de charge sur autobloquant)
  • Ajouter un troisième mousqueton à vis à l'extrémité libre de la sangle de 120
  • Repasser une dernière fois le brin de mouflage à travers ce mousqueton supplémentaire
  • Vérifier alignement et sens des autobloquants
  • Tirer en chargeant le poids du corps sur le brin libre
  • / Améliorations :
  • Reprise sur point haut au relais avec mousqueton à vis pour s'aider du poids du corps
  • Nœud de cœur autobloquant pour libérer les mains aux pauses
  • Poulies si disponibles pour réduire les frottements considérables que génère le système.
Points d'attention
  • Système de dernier recours — uniquement si Marinier simple a échoué (et le Marinier simple lui-même n'est qu'une seconde tentative après le N)
  • Forces sur le relais considérables — le relais doit être parfaitement triangulé sur deux points solides minimum ([→ Ch.17](/installer-le-relais) [§17.2](/installer-le-relais#sec-17-2))
  • Frottements multipliés — les autobloquants peuvent peiner à coulisser, prévoir poulies si la sortie est exposée à ce risque
  • Vachage long indispensable pour avoir l'amplitude de tirage
  • Couture de la sangle 120 toujours en haut
  • Vérifier sens et serrage des nœuds autobloquants à chaque cycle.
Matériel
  • En plus du Marinier simple : 1 mousqueton à vis supplémentaire
  • 2 poulies si possible (frottements importants)
  • Vérifier que la longueur de corde disponible est suffisante (7 mètres tirés pour 1 mètre gagné).
::: warning RAPPEL **Pas de storyboard photo pour ce mouflage extrême — pratique au sol indispensable.** Le Marinier double est une manipulation rare, à pratiquer en stage encadré ou avec un instructeur fédéral. Si la situation l'exige réellement, c'est qu'on est probablement déjà au seuil de l'appel des secours (cf. [§22.6](#sec-22-6)). Mieux vaut alors stabiliser le second sur un relais suspendu et appeler les secours que de tenter un mouflage à 7 sans l'avoir déjà pratiqué hors urgence. :::

Visuel source sans image exploitable extraite automatiquement. À compléter si nécessaire depuis le manuel original.

Pic culminant ensoleillé, perspective verticale
Hisser ou descendre — la décision se prend en regardant l'ensemble, pas seulement le second.

22.5 Cas particuliers — corde tendue et descente (⊕)

Contexte : Le second a besoin d'aide, mais il est en charge sur la corde qui passe par le reverso en mode autobloquant. Le reverso est bloqué. La corde est tendue. On ne peut pas installer un mouflage classique sans d'abord transférer la charge.

RAPPEL

RAPPEL — Débrayage du reverso sous charge (→ Ch.16, §16.5) : Cette manipulation reprend les principes du débrayage du reverso. Revoir la section 16.5 avant d'aborder le mouflage renversé.

Configuration inverse : pour le transfert de charge en rappel (grimpeur qui doit remonter alors qu'il descendait), → §21.4.

C'est la manipulation la plus complexe de ce chapitre. Elle combine le débrayage du reverso sous charge (vu au Ch.16.5) et l'installation d'un mouflage.

Matériel : Une cordelette (ou un ficelou de 5 mètres en 7 millimètres), un autobloquant (machard ou Valdotain), trois mousquetons à vis, une poulie autobloquante, un nœud de cœur (deux mousquetons simples).

Procédure :

On commence par faire un nœud de sécurité (plein poing) sous le reverso et on l'attache dans un mousqueton à vis au primaire. On prévoit suffisamment de longueur entre le reverso et le nœud — au moins 2,5 mètres.

On installe un autobloquant (Valdotain avec le ficelou, ou machard + cordelette) sur les deux brins allant vers le second. À l'inverse d'un mouflage classique, on le place très près du reverso (à 50 centimètres) pour limiter la descente du second pendant la manipulation (due à l'élasticité de la corde).

On fait un demi-cabestan avec le ficelou dans un mousqueton positionné sur un des points du relais. On actionne le demi-cabestan — on tire le ficelou pour transférer progressivement la charge du reverso vers ce nouveau point. On sécurise avec un nœud de mule puis un nœud d'arrêt.

On décharge le reverso par un mouvement de va-et-vient avec le mousqueton libre du reverso (haut-bas énergiquement). Ce mouvement transfère la charge sur le demi-cabestan. La corde passant par le reverso devient molle. On enlève un brin de la corde du reverso et on revisse bien les mousquetons de l'assurage sur le brin restant.

On installe une poulie autobloquante sur le brin libéré et on l'accroche au primaire du relais. On autobloque le brin de traction passant dans la poulie avec un nœud de cœur attaché par mousqueton à son pontet. On met sous tension la poulie en avalant tout le mou avec le nœud de cœur et on retend le brin restant dans le reverso — le second est maintenant pris sur deux points.

On décharge la corde en enlevant le nœud de mule et le demi-cabestan. Attention : le déblocage du nœud de mule se fait en tirant fortement, ce qui crée un sursaut — on avertit le second avant. On range le ficelou, les mousquetons mis en place et on retire le nœud de sécurité. On vérifie que tout est propre.

On mouffle le second et on le remonte en utilisant le poids de son corps.

⚡ ALERTE — Vérification systématique des mousquetons

Cette manœuvre implique de nombreuses manipulations de mousquetons. Chaque mousqueton doit être fermé (vissé) après chaque opération. Une omission peut être catastrophique. On prend le temps de vérifier à chaque étape.

Variante : Si on n'a pas de cordelette, on peut utiliser une des cordes pour l'étape de transfert de charge.


Mouflage renversé, cordes tendues, installation d’une tête de mouflage — fiche signalétique
Principe
Lorsque le second a besoin d'aide, et qu’il n'est pas capable de relâcher la tension sur la corde, l’assureur doit être capable d’installer un mouflage sur corde tendue.
Photo
Situation après décharge du reverso
Grandes étapes
  • Faire un Nœud de Sécurité sous le reverso et l’attacher dans un mousqueton à vis au primaire.
  • Avec le ficelou, faire un Valdotain sur les brins allant vers le second — ou faire un nœud autobloquant sur cordelette et y attacher une queue de vache
  • Faire un demi cabestan avec la cordelette dans un mousqueton positionné sur un des points du relais. Actionner le demi cabestan et sécuriser le nœud de mule puis un nœud d’arrêt
  • Décharger le reverso pour donner du mou, puis enlever une corde
  • Installer la corde dans la poulie fixée au-dessus sur le relais au-dessus du reverso
  • Installe un nœud de cœur à son baudrier
  • Décharger la corde en enlevant le nœud de mule et le demi cabestan
  • Moufler le second et le remonter en utilisant le poids de son corps
  • Variante :
  • Si pas de cordelette, on peut aussi utiliser une des cordes
Points d'attention
  • Nœud de sécurité avec au moins 2,5 m de mou
  • Attention à actionner le demi cabestan avant de faire le nœud de mule
  • Autobloquant le plus près du reverso (Inverse d’un mouflage) pour ne pas faire trop descendre le second pendant la manip (cause élasticité de la corde)
  • Nombreuses manip de mousqueton, bien les fermer à chaque fois
  • La décharge du nœud de mule doit se faire avec un mouvement de force, cela provoque une secousse — avertir le second avant
Matériel
  • Une cordelette ( si pas de valdotin)
  • Un ficelou de 5m de 7mm
  • 3 mousquetons ( autobloquant, demi cab, et poulie)
  • Un machard
  • une poulie autobloquante
::: tip 🧩 Schéma — Mouflage renversé, cordes tendues, installation d’une tête de mouflage Ce bloc reprend un schéma ou un repère visuel du manuel. Il doit être lu comme complément du texte, pas comme procédure autonome. :::

Montage final - Avant décharge. Variante Machard + Corde

1. Montage final - Avant décharge
1. Montage final - Avant décharge
2. Variante Machard + Corde
2. Variante Machard + Corde

🧩 Storyboard — Mouflage renversé, cordes tendues, installation d’une tête de mouflage

1 - Faire un nœud de sécurité (plein poing) sous le reverso et l’attacher dans un mousqueton à vis au primaire. Prévoir suffisamment de longeur entre le reverso et le nœud (2.5M). 2a - Installer une cordelette en autobloquant sur les 2 brins allant vers le second. À l’inverse d’un mouflage classique, l’autobloquant est placé très près du reverso (50 cm), pour limiter la descente du second lors de la manip — y fixer le ficelou avec un nœud simple sur un mousqueton.

2 bis - Directement avec le ficelou, faire un valdotain sur les brins allant vers le second ( ce qui permet de se passer d’une cordelette et du mousqueton de l’étape (2a). Attention au sens vers le bas (cf NOEUD8 - Le nœud de Valdotain). 3 - Dans les 2 cas, le ficelou vient bloquer les 2 brins de corde allant vers le second

4 - Faire un demi cabestan avec la cordelette dans un mousqueton positionné sur un des points du relais. 5 - Actionner le demi cabestan et sécuriser le nœud de mule puis un nœud d’arrêt (cf NOEUD5.1 - Nœud de mule - Confection autour de la main)

Décharge le reverso pour donner du mou par un mouvement de va et vient avec le mousqueton libre du reverso ( haut , bas énergiquement).. Le mouvement, vient petit à petit mettre le demi cabestan en tension, et de se faire rendre molle la corde passant par le reverso. La charge est ainsi transférée sur le demi cab.

Enlever un brin de la corde du reverso et revisser bien les mousquetons de l’assurage sur le brin restant. Installer une poulie autobloquante sur le brin ainsi libéré et venir accrocher la poulie dans le principal du relais

Venir autobloquer le brin de traction passant dans la poulie avec un nœud de coeur attaché par mousqueton à son pontet. Mettre sous tension la poulie en avalant tout le mou avec le nœud de cœur et retendre le brin restant dans le reverso (le second est maintenant pris sur deux points, on va pouvoir commencer à nettoyer)

Décharger la corde en enlevant le nœud de mule et le demi cabestan. Attention : le déblocage du nœud de mule doit se faire en tirant fortement, ce qui crée un sursaut — avertir le second. Ranger ficelou, les mousquetons mis en place et retirer le nœud de sécurité. Faire un check que tout est propre.

Visuel source sans image exploitable extraite automatiquement. À compléter si nécessaire depuis le manuel original.

Redescendre le second après reprise de charge.

Contexte : Parfois, la bonne décision n'est pas de remonter le second mais de le redescendre — parce qu'il est blessé et que le relais inférieur est plus accessible, ou parce que la suite de la voie est impraticable. On a déjà repris la charge du second (via le mouflage précédent) et on veut maintenant le descendre de manière contrôlée.

RAPPEL

RAPPEL — Remontées sur corde (Ch.21) et Mouflages (§22.1§22.5) : La descente contrôlée suit logiquement la reprise de charge. Les deux techniques (remontée et descente) forment un ensemble cohérent.

Procédure :

Après avoir repris la charge (le second est tenu par la poulie et le nœud de cœur), on installe un demi-cabestan sur un mousqueton HMS au relais, en utilisant le brin dont on a repris la charge. On bloque avec un nœud de mule et un nœud d'arrêt.

Puis on installe un nœud français (machard) sur les brins allant vers le second, orienté pour bloquer vers le haut. On clippe ce machard au pontet de l'assureur. On dévache le second une fois l'installation finalisée.

On défait le nœud de mule du demi-cabestan pour amorcer la descente. On tient en main l'autobloquant — la manœuvre ressemble à une descente en rappel, mais à l'envers. Le machard tenu en main glisse quand la corde avance et se bloque si la vitesse augmente, servant de frein de sécurité.

Points critiques : Bien visser tous les mousquetons et faire les nœuds d'arrêt. Dévacher le second seulement quand l'installation est finalisée et vérifiée. Si cordée de trois et descente d'un seul second, le demi-cabestan et le machard se font sur une seule corde. Attention à ne pas confondre les deux demi-cabestans et les nœuds de mule si plusieurs systèmes coexistent. Nettoyer le matériel au fur et à mesure.

Redescendre le second après reprise de charge — fiche signalétique
Photo
Configuration de descente contrôlée après reprise de charge
Principe
Après reprise de charge, descendre le second de manière contrôlée vers le relais inférieur — quand remonter n'est pas la bonne décision (blessure, voie impraticable).
Points d'attention
  • Dévacher le second seulement quand demi-cabestan et machard sont en place et vérifiés
  • Le machard tenu en main glisse quand la corde avance, se bloque si la vitesse augmente
  • Le déblocage du nœud de mule crée un sursaut — prévenir le second
  • Nettoyer le matériel au fur et à mesure pour garder un relais lisible

Tableau de décision consolidé : pour la matrice complète des choix de mouflage (besoin / système / avantage / limite / pratique préalable), voir §22.6 « Choix du mouflage » ci-dessous — c'est l'ancre de référence du chapitre.


Paroi calcaire massive du Verdon
La théorie du mouflage s'effondre vite face à une paroi vraie. L'exercice au sol, lui, tient.

22.6 En pratique — storyboard, choix, pratique, erreurs

PhaseActionQuestion de contrôle
1. IdentifierLe second ne progresse plusEst-il blessé, paniqué, fatigué ou bloqué techniquement ?
2. StabiliserLe maintenir sous tension contrôléeLe système actuel est-il sûr ?
3. CommuniquerExpliquer ce qui va être faitLe second comprend-il et peut-il coopérer ?
4. ChoisirN, 5:1, 7:1, redescente, secoursQuel objectif concret ?
5. InstallerConstruire le mouflage sur un relais lisibleLes brins et points sont-ils identifiés ?
6. TesterMettre progressivement en chargeRien ne glisse, ne vrille, ne frotte dangereusement ?
7. HisserCycles courts, pauses, ravalageLa charge progresse-t-elle réellement ?
8. SortirVachage du second ou descente contrôléeLe système peut-il être désinstallé en sécurité ?

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