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P5Maîtriser relais et assurage

Chapitre 18Organiser un relais propre

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Chapitre 18 — Organiser un relais propre

Partie 5 — Maîtriser relais et assurage : le relais et l'assurage, pivot central de la journée.

Installer un relais solide, c'est le minimum. L'organiser proprement, c'est ce qui distingue une cordée fluide d'une cordée qui s'épuise à chaque transition. Ce chapitre couvre les six temps qui transforment un ancrage sûr en point de relance efficace : lisibilité des cordes, déversoir, accueil du second, préparation de la longueur suivante.

Sentier au pied de paroi calcaire, vue panoramique
Un relais propre, c'est d'abord un relais qu'on retrouve sans hésiter. L'ordre est une économie.

18.1 Storyboard global — Du relais solide au relais exploitable

Organiser un relais propre suit une logique de séquence en six temps — de la sécurité initiale jusqu'au départ de la longueur suivante. Chaque étape a son objectif, son geste clé et le risque qu'elle écarte.

TempsObjectifGeste cléRisque évité
1Créer la sécuritéRelais fiable, leader vachéChute non arrêtée (relais insuffisant ou assurage absent)
2Rendre lisibleDistinguer la corde d'assurage du second et le resteConfusion sous stress
3Assurer efficacementPlacer l'assurage sur le point central du relais (le primaire)Mauvais contrôle du second
4Ranger la cordeDéversoir (voir §18.3), vire ou lovage cohérentEmmêlage au départ suivant
5Accueillir le secondPlace, point de vachage, chemin de cordeRelais saturé
6Préparer la suiteMatériel, topo, brin actif, ordre de départTransition lente ou erreur de brin

Ce qui suit entre dans chaque étape — à commencer par la plus déterminante pour la lisibilité d'ensemble : l'organisation de l'espace.

FACTEUR HUMAIN

Un relais propre réduit la charge mentale. Quand tout est lisible, la cordée peut détecter plus vite une anomalie : mousqueton non vissé, brin croisé, corde mal orientée, second mal positionné.

18.2 L'art de l'ordre au relais

Un relais techniquement solide mais mal organisé est un relais dangereux. Si les cordes s'emmêlent, si l'assurage est mal positionné, si le second n'a pas de place pour arriver, si la transition se fait dans la confusion — on perd du temps, on commet des erreurs, et on augmente les risques.

Organiser un relais, c'est penser à tout ce qui va s'y passer : l'assurage du second, l'arrivée du second, la transition des rôles, le départ de la longueur suivante. Chaque élément doit être à sa place, chaque corde doit avoir son chemin, chaque personne doit savoir où elle va.


Les deux lignes distinctes.

Le principe fondamental de l'organisation d'un relais est la séparation en deux lignes distinctes. La première ligne est la ligne d'assurage : elle porte le reverso en mode autobloquant et sert exclusivement à assurer le second. La deuxième ligne est la ligne de manœuvre : elle est installée idéalement plus haut que la première (sur un deuxième point ou sur le haut de la triangulation) et sert aux opérations complémentaires — mouflage éventuel, renvoi de corde, vachage d'un deuxième grimpeur.

Séparer visuellement et physiquement ces deux lignes permet de garder une lecture claire du relais. On voit immédiatement quel brin va où, quelle manœuvre est en cours, quel point porte quoi. Quand les cordes se mélangent sur un seul point sans logique, toute intervention devient confuse — et la confusion en grande voie est l'antichambre de l'erreur.

RAPPEL — Lignes distinctes

Cette séparation est fondamentale. Relire le Ch.19 (assurage avancé) et le Ch.22 (mouflages) si on hésite sur la différence entre assurage (ligne d'assurage) et mouflage (ligne de manœuvre).

RAPPEL

Règles du relais (rappel court — ancre canonique en Ch.17 §17.2) : mousquetons vers le bas, virole opposée au rocher, triangulation dans l'axe de charge, nœud impératif, Pavlotin proscrit (relais multidirectionnel par simple demi-tour de sangle sans nœud — dangereux : si un brin lâche, tout le relais se désolidarise).


L'assurage sur le point central.

⚡ ALERTE — Placement de l'assurage

L'assurage du second ne se place pas sur un ancrage individuel. Dans un relais triangulé, le reverso en mode autobloquant s'installe sur les brins de la triangulation au-dessus du nœud principal, là où la dynaloop forme ses deux branches — ce placement offre davantage de recul pour les manœuvres tout en restant dans la zone où tous les ancrages convergent. Placer l'assurage sur un ancrage individuel concentrerait la charge sur ce seul point, annulant l'intérêt de la triangulation.

Lors de l'installation du relais, on place l'assurage (le reverso en mode autobloquant) dans la zone centrale du relais triangulé. Ce choix repose sur trois raisons fondamentales.

La première est la répartition des forces. La zone centrale de la triangulation est précisément conçue pour distribuer la charge sur l'ensemble des ancrages du relais. Y placer l'assurage du second garantit qu'en cas de chute, la force est partagée par tous les points — pas concentrée sur un seul. C'est l'intérêt premier de la triangulation.

La deuxième est la lisibilité du système. La zone centrale est le repère naturel du relais : c'est là que tout converge, c'est là que la cordée se vache, c'est là que l'assurage s'organise. Placer le reverso ailleurs (sur un ancrage individuel, au-dessous du nœud, à l'écart de la dynaloop) crée une géométrie déroutante qui complique la lecture du relais et augmente le risque d'erreur lors des manipulations ultérieures.

La troisième est la cohérence des manœuvres complémentaires. Mouflage, renvoi de corde, vachage d'un grimpeur supplémentaire — toutes ces opérations s'organisent par rapport à ce même repère central. Garder l'assurage du second dans cette zone évite les croisements de cordes et facilite chaque transition.

RAPPEL — Point central

Voir aussi Ch.16 §16.2 sur la triangulation et Ch.17 §17.2 sur la confection pratique du relais triangulé.


L'assurage bien positionné, il reste à gérer la corde elle-même — son orientation et son rangement conditionnent la fluidité de tout ce qui suit.

18.3 Sens des cordes et déversoir

Dans un relais bien organisé, on distingue le côté intérieur (côté paroi, côté grimpeur qui arrive) et le côté extérieur (côté vide, vers le dehors). Les cordes sont disposées de manière à ce que :

  • Le brin actif (celui qui va vers le grimpeur) soit toujours du côté intérieur.
  • Le brin mort (le surplus lové) soit du côté extérieur.

Cette convention est une bonne pratique d'organisation établie en cordée d'encadrement : elle ne relève pas d'une règle de sécurité codifiée, mais elle fonctionne parce qu'elle est stable et lisible. L'essentiel est d'adopter une convention claire au sein de la cordée et de s'y tenir longueur après longueur.

Cette discipline évite les croisements de cordes qui, au moment de la transition, provoquent des emmêlements. Elle permet aussi au second d'arriver sans se retrouver pris dans un réseau de brins incompréhensible. Un relais où les cordes sont bien orientées se déchiffre en un coup d'œil. Un relais où elles s'entrecroisent exige plusieurs minutes de démêlage — minutes perdues qui s'ajoutent au temps total de la course.

On visualise cela en pensant à l'arrivée du second : ses mains, ses pieds, son équipement ne doivent pas se prendre dans des brins qui ne le concernent pas. Il doit pouvoir se vacher proprement et partir rapidement.


Le déversoir de corde.

En grande voie, on ne peut pas toujours stocker la corde sur soi ou la laisser pendre dans le vide. Le déversoir de corde est un système qui permet de ranger proprement le surplus de corde au relais, accessible pour le départ de la longueur suivante sans risque d'emmêlement.

Avant le déversoir : utiliser une vire ou la végétation quand c'est possible. Avant d'investir le temps de construire un déversoir, on regarde ce que la paroi offre. Si le relais est sur une vire ou à proximité d'une zone praticable, on stocke la corde directement sur la vire en la lovant proprement contre la roche — pas de matériel à mobiliser, et la corde reste accessible. Dans certains relais boisés ou herbeux (typique des grandes voies de basse altitude), un petit buisson, une touffe d'herbe haute ou une encoche dans le rocher peut faire office de réceptacle naturel pour le surplus. Cette option simple est la première à envisager — elle évite le coût de mise en place du déversoir. Le déversoir devient indispensable quand le relais est suspendu en pleine paroi sans appui possible.


MÉTHODE À BOUCLE — Technique de référence

La méthode à boucle (décrite notamment dans Montagnes Magazine) est une variante efficace du déversoir : on accroche des boucles de corde successives sur la sangle du relais à l'aide de nœuds queue de vache, chaque boucle légèrement plus courte que la précédente. Les boucles se défont de bas en haut au moment du départ — un seul geste par boucle. Variante verticale : chaque boucle peut être clippée dans la boucle précédente plutôt que directement sur la sangle, ce qui compacte le stockage verticalement et garde tout en ordre même sur un relais suspendu. Avantage supplémentaire : si l'assureur relâche la corde, le système de boucles la bloque automatiquement. [Photo à ajouter — © Ludovic Mauconduit]

Méthode 1 — Déversoir sur sangle

Matériel nécessaire : 1 sangle longue (120 cm minimum), 1 mousqueton à vis (ou dégaine).

On fixe le mousqueton à vis sur un point haut du relais. On y relie la sangle longue en créant une boucle de réception. Puis on love la corde en passant chaque boucle dans la sangle, comme si on la stockait sur soi. La corde pend en guirlande ordonnée le long de la paroi, compacte et accessible.

Points critiques :

  • La sangle doit être fixée sur un point haut pour que la corde pende librement sans frotter.
  • Les boucles doivent être de taille régulière pour éviter les nœuds au départ.
  • Vérifier le sens de départ avant de commencer à lover (voir ci-dessous).

Erreurs typiques :

  • Sangle trop courte : les boucles s'empilent et s'emmêlent.
  • Boucles de tailles irrégulières : la corde sort en désordre au moment du départ.

Avantages : Système compact. Corde facile à récupérer. Pas de croisements parasites.

Inconvénients : Nécessite une sangle dédiée. Prend un peu de temps à mettre en place.


Méthode 2 — Déversoir sur dynaloop avec nœuds magiques

Matériel nécessaire : 1 mousqueton sur la dynaloop (ou point du relais).

On confectionne un nœud magique (nœud coulant auto-serrant) sur la corde à lover, en le fixant à la dynaloop ou à un mousqueton du relais. Comment le confectionner : former une boucle dans la corde, la passer dans elle-même en la tordant d'un demi-tour, et clipper ou accrocher cette boucle sur le point de fixation. Le nœud se serre sous le poids de la corde et se défait en tirant sur le brin libre. On avale quatre à cinq mètres de mou, on fait un nouveau nœud magique sur la ganse du précédent (la boucle du nœud précédent, pas sur la corde elle-même). On répète l'opération jusqu'à ce que toute la corde soit lovée. Ce système est très compact et se défait rapidement en tirant sur le dernier brin.

Points critiques :

  • Chaque nœud magique doit s'accrocher sur la ganse du précédent — pas sur la corde elle-même — pour que la chaîne se défasse proprement.
  • Tirer sur le bon brin au départ (le dernier nœud, pas le premier).

Erreurs typiques :

  • Nœud mal formé : la chaîne se bloque et il faut tout défaire manuellement.
  • Mauvais brin tiré au départ : la corde s'emmêle au lieu de se dérouler.

Avantages : Très compact. Corde récupérable rapidement (un seul brin à tirer). Ne nécessite qu'un mousqueton.

Inconvénients : Plus fragile (les nœuds peuvent se défaire). Moins intuitif pour celui qui part en tête.


Attention au sens de départ. Si l'on grimpe en réversible (changement de leader à chaque longueur), le déversoir fonctionne sans modification — le nouveau leader tire simplement sur le brin de dessus. Si le leader est fixe (même grimpeur qui part à chaque longueur), il faut penser à organiser la corde pour qu'elle se déroule dans le bon sens au départ — sinon, on se retrouve à tirer le brin du dessous, et tout s'emmêle.

Avec la méthode 1, cela ne pose pas de problème — la structure des boucles sur la sangle dirige naturellement le flux. Avec la méthode 2, il peut être plus rapide de repasser les brins manuellement (ou, si nécessaire, de se désencorder temporairement) plutôt que de dénouer les nœuds magiques un à un.

Astuce du tas lové sur soi. Quand la corde a été lovée sur le buste pendant l'attente du second (lovage classique avec les tours autour du corps), et qu'il faut maintenant la dégager pour repartir, le geste qui sauve dix secondes consiste à balancer le tas de l'autre côté au moment de le défaire — typiquement, de gauche à droite si le tas est descendu naturellement sur le côté gauche (réflexe d'épauler). Ce simple basculement réoriente l'ensemble du tas dans le sens où la corde va sortir au départ, sans qu'on ait à dérouler manuellement chaque boucle. C'est une de ces micro-astuces qui distinguent un relais fluide d'un relais qui s'éternise.

INFO

Rappel : Un surplus de corde mal géré est l'une des causes les plus fréquentes de perte de temps au relais. Investir trente secondes à bien ranger sa corde en fait gagner cinq minutes à la transition. C'est un investissement stratégique, pas une perte de temps.


Cordes rangées, sens établi — le relais est prêt à recevoir le second. Cette arrivée est un moment charnière : c'est là que la cordée bascule d'une longueur à l'autre, et c'est là que les erreurs de transition surviennent le plus souvent.

DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE

Le leader ne doit pas attendre l'arrivée du second pour réfléchir à son emplacement. Avant que le second arrive, il faut déjà savoir où il va se vacher, où passeront ses pieds, et où ira le matériel récupéré.

Déversoir de corde au relais — fiche signalétique
Principe
Système de rangement du surplus de corde au relais qui permet un départ propre de la longueur suivante sans risque d'emmêlement. La corde est rangée selon une convention claire : brin actif côté intérieur (paroi), brin mort lové côté extérieur (vide). Bonne pratique d'organisation plus que règle de sécurité — l'essentiel est d'établir une convention et de s'y tenir.
Photo
Photo de référence — Déversoir de corde au relais (à produire)
Grandes étapes
  • Au relais, identifier le côté intérieur (paroi) et extérieur (vide)
  • Disposer le brin actif (vers le grimpeur) côté intérieur
  • Lover le surplus du brin mort côté extérieur
  • Vérifier qu'il n'y a aucun croisement avant de lancer la longueur suivante
Points d'attention
  • Établir une convention claire au sein de la cordée et s'y tenir
  • Visualiser l'arrivée du second — ses mains/pieds ne doivent pas se prendre dans les brins
  • Quelques secondes d'organisation économisent plusieurs minutes de démêlage
  • Le déversoir évite les nœuds parasites qui font perdre du temps en cours de course
Matériel
  • Aucun matériel spécifique — c'est une discipline d'organisation

🧩 Storyboard — Organisation du déversoir (4 photos à produire)
1. Arrivée au relais, identification intérieur/extérieur
1. Arrivée au relais, identification intérieur/extérieur — à produire
2. Brin actif positionné côté intérieur
2. Brin actif positionné côté intérieur — à produire
3. Lovage du brin mort côté extérieur
3. Lovage du brin mort côté extérieur — à produire
4. Vue d'ensemble du déversoir terminé, prêt pour la longueur suivante
4. Vue d'ensemble du déversoir terminé, prêt pour la longueur s — à produire

POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LES GRANDES VOIES

Les sections suivantes s'adressent aux leaders expérimentés — elles couvrent l'accueil du second au relais et les configurations particulières (relais en flèche, cordée de trois, relais réversible). Tu peux passer directement à la check-list §18.6 ou au chapitre 31 — Connaître le milieu.

Les configurations traitées dans ce chapitre couvrent les situations les plus courantes — le schéma en synthétise les conditions d'usage et les différences clés.

Storyboard du relais propre — de l'arrivée à la transition vers la longueur suivante.

18.4 Accueil du second et transition (⊕)

L'arrivée du second au relais est un moment clé qui mérite un protocole clair pour éviter les erreurs et les oublis.

⚡ ALERTE — Séquence de transition

La corde reste dans le reverso jusqu'à confirmation du vachage du second. Retirer l'assurage avant que le second soit vaché et confirmé expose à une chute non assurée. C'est l'une des causes d'accidents les plus évitables en grande voie. Aucune précipitation ne justifie de court-circuiter cette étape.

Protocole d'arrivée :

Le second arrive au relais. Il se vache immédiatement sur le relais — idéalement sur un point distinct du primaire d'assurage, ou sur un mousqueton dédié attaché à l'un des points d'ancrage. Il signale clairement « vaché ». Le leader vérifie le vachage (visuellement, en tirant légèrement sur la longe de vachage) et confirme « vachage confirmé ». À ce moment seulement, le leader retire la corde du reverso.

Étapes de la transition :

  1. Vérification du vachage du second — le leader tire sur la longe, confirme verbalement.
  2. Démontage de l'assurage — retrait du reverso du relais, seulement après confirmation.
  3. Réorganisation des cordes pour la longueur suivante — changement du sens si nécessaire, démêlage des brins.
  4. Transfert du matériel (dégaines, coinceurs) du leader vers le second s'il va devenir leader.
  5. Vérification croisée de l'équipement — chacun vérifie que l'autre est prêt.
  6. Lancement du leader dans la longueur suivante — signal clair « en avant » ou équivalent.

Erreurs fréquentes à cette étape :

  • Retirer la corde du reverso avant d'avoir tiré sur la longe et entendu la confirmation verbale.
  • Se précipiter sur le transfert de matériel avant que le vachage soit vérifié.
  • Mal compter les dégaines ou les coinceurs — toujours dénombrer avant de déclarer le matériel transmis.
  • Partir sans vérification croisée — chacun vérifie l'autre, pas seulement soi-même.

Chaque étape se fait dans l'ordre, sans précipitation. C'est au relais qu'on ralentit pour aller vite — un départ bâclé se paie en problèmes dans la longueur suivante.

RAPPEL

Voir Ch.19 §19.2 pour le fonctionnement du reverso en mode autobloquant et les modalités de transfert au second.


Le protocole d'accueil couvre la configuration standard. Certaines cordées ont des organisations différentes — flèche, équipe de trois, réversible — qui demandent des adaptations spécifiques.

18.5 Configurations particulières (⊕)

La plupart des grandes voies se grimpent à deux avec des rôles fixes. Certaines cordées choisissent des configurations différentes — pour aller plus vite, pour s'adapter au niveau de chacun, ou pour être trois. Chacune a ses exigences propres d'organisation au relais.

18.5.1 Grimpe en flèche — leader fixe

En grimpe en flèche, le même grimpeur part en tête toutes les longueurs. Le second monte en déposant les dégaines et en récupérant le matériel. Cette organisation convient quand les deux grimpeurs ont des niveaux différents, ou quand l'un des deux préfère garder le rôle de leader sur l'ensemble de la voie.

Le problème de la corde.

C'est le point technique clé de la grimpe en flèche : la corde est naturellement stockée dans le mauvais sens au relais. Quand le leader arrive, ses brins se retrouvent en dessous — emprisonnés sous les brins du second qui monte. Pour repartir, c'est ce brin du dessous qu'il faudrait tirer : tout s'emmêle.

Solution : avant de repartir, retourner le paquet de corde pour remettre les brins du leader au-dessus — ou mieux, relover la corde dans le bon sens dès l'arrivée, en tenant compte de l'ordre de départ. Ce geste, une fois automatisé, prend moins d'une minute et évite plusieurs minutes de démêlage en cours de longueur.

Matériel : tout le matériel récupéré par le second (dégaines, coinceurs) revient systématiquement au leader avant chaque départ.

Logistique au relais :

  1. Le second arrive, se vache, remet le matériel au leader.
  2. Le leader retourne ou relove la corde pour remettre ses brins au-dessus.
  3. Le leader se ré-équipe, contrôle son encordement.
  4. Le second reprend le reverso et installe l'assurage.
  5. Le second signale qu'il est prêt. Le leader repart.

18.5.2 Grimpe réversible — alternance des leaders

En grimpe réversible, les deux grimpeurs alternent la tête à chaque longueur : celui qui vient de monter en second repart en tête dans la longueur suivante. C'est la technique la plus rapide pour une cordée de niveau équivalent — elle s'appuie sur l'élan naturel de celui qui arrive et supprime le temps de redistribution des rôles.

Organisation de la corde.

Contrairement à la grimpe en flèche, la corde n'a pas de problème de sens : le second qui arrive est au bout libre de la corde, prêt à repartir. Pas de retournement à faire.

Matériel. Tout le matériel récupéré (dégaines, coinceurs) revient systématiquement au futur leader — celui qui vient d'arriver en second et qui repart en tête.

⚡ ALERTE — Double vachage au basculement du Reverso

En grimpe réversible, au moment où le leader cède la main à l'assureur, les deux grimpeurs doivent être vachés simultanément. Le moment critique : pendant le basculement du Reverso (retrait de l'assurage, installation du nouveau), personne n'est encore assuré. Ne jamais démonter l'assurage existant avant que le nouvel assureur soit installé et confirmé. Un seul oubli peut provoquer une chute non assurée.

Condition nécessaire : les deux grimpeurs doivent être à l'aise en tête au niveau de difficulté de la voie. La grimpe réversible n'est pas adaptée à une cordée avec un écart de niveau important.

Logistique au relais :

  1. Le leader arrive, se vache, donne le signal.
  2. Le second (futur leader) remet le matériel au leader (futur second).
  3. Le futur leader reprend le matériel, contrôle son encordement.
  4. Transition assurage : le futur second installe le reverso — les deux restent vachés pendant toute cette étape.
  5. Le futur second signale qu'il est prêt. Le futur leader repart.

18.5.3 Cordée de trois — leader fixe, deux seconds

En cordée de trois, le leader est fixe et assure deux seconds successivement depuis le relais. Le premier second monte et rejoint le relais, puis le second monte à son tour. Le leader ne change pas de longueur en longueur.

Organisation au relais.

Le relais devient plus complexe : deux brins de corde, deux seconds à des positions différentes, un leader qui assure depuis un espace souvent réduit. La lisibilité est encore plus critique qu'à deux.

Principes d'organisation :

  1. L'organisation de la longueur se décide collectivement avant le départ — chacun doit comprendre le plan.
  2. Les deux brins sont identifiés clairement : couleur, position, rôle.
  3. Le relais conserve deux espaces distincts : zone d'assurage active et zone de stationnement pour le premier second arrivé.
  4. Le second arrivé en premier se vache sur un point qui ne gêne pas l'assurage du deuxième.
  5. Les dégaines récupérées sont triées dès l'arrivée — pas jetées en vrac sur le relais.
  6. Les traversées sont anticipées avant le départ, car elles peuvent piéger l'un des deux seconds.

FACTEUR HUMAIN

À trois, les messages se brouillent facilement. Le leader ne doit pas seulement donner des consignes ; il doit vérifier qui les a comprises. Une consigne donnée à « vous deux » peut être appliquée différemment par chacun.

Signalements entre seconds. Quand le premier second arrive au relais, il le signale clairement au leader. Le deuxième second reçoit la corde — mais ne commence à progresser que lorsque le leader l'indique. Dans une cordée de trois, les messages se transmettent de proche en proche : jamais en décidant seul.

18.6 Check-list express — relais propre avant départ

Avant chaque départ de longueur, les mêmes questions reviennent. Les voici condensées en une liste à passer mentalement en moins d'une minute.

  • Le leader est-il clairement identifié pour la longueur suivante ?
  • Le nœud d'encordement est-il intact ? (contrôle complet au pied de voie — contrôle visuel rapide à chaque départ de longueur)
  • Le brin actif est-il libre, au-dessus, sans nœud parasite ?
  • Le matériel nécessaire est-il sur le bon baudrier ?
  • Les deux lignes du relais sont-elles lisibles ?
  • Le second est-il vaché sur un point qui ne gêne pas l'assurage ?
  • Le topo a-t-il été relu avant le départ ?
  • Le premier point ou premier mouvement de la longueur suivante est-il identifié ?

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