Thème
Chapitre 11 — Les nœuds à connaître
→ Partie 4 — Fondamentaux techniques : les cinq gestes fondamentaux — de l'encordement à la réchappe.
Les nœuds sont la grammaire de la grande voie — sans eux, aucune technique de cordée ne tient. Ce chapitre dresse le catalogue des nœuds à maîtriser : leur nom, leur rôle précis, et les contextes où ils interviennent dans la journée de grimpe. L'objectif n'est pas d'en apprendre le plus possible, mais de maîtriser parfaitement les cinq essentiels — au point que le geste soit devenu automatique avant même que la tête intervienne.

⚡ ALERTE
⚡ Ce chapitre décrit des techniques qui engagent la sécurité. La lecture ne remplace pas l'apprentissage encadré et la pratique supervisée sous la direction d'un encadrant breveté ou d'un grimpeur expérimenté.
11.1 Le langage des mains
Les nœuds sont le langage fondamental de la grande voie. Chacun a une fonction, des conditions d'usage, des limites, des pièges. On ne les apprend pas « en général » — on les apprend pour un usage précis, dans un contexte précis. Et on les vérifie à chaque fois.
En grande voie, on utilise moins de nœuds qu'on ne le pense. Mais ceux qu'on utilise doivent être maîtrisés parfaitement — c'est-à-dire réalisables rapidement, sous stress, dans le froid, avec des gants, en position inconfortable, et vérifiables d'un coup d'œil. Un nœud « à peu près correct » n'existe pas. Un nœud est correct ou il ne l'est pas.
Trois règles encadrent toute la pratique du chapitre :
- On apprend les nœuds au sol. Pas en paroi sous la pluie, pas la veille du départ. Au sol, dans le calme, jusqu'à ce que le geste devienne un souvenir musculaire.
- On vérifie à l'usage. Aucune confection n'est si automatique qu'elle dispense de regarder. La vérification croisée du partenaire reste la dernière barrière contre l'erreur de routine.
- On défait après usage. Un nœud qu'on laisse trop serré perd sa vérifiabilité visuelle. Défaire est aussi un geste à apprendre — celui qui prépare l'apprentissage du lendemain.
Un nœud n'existe jamais isolé. Chaque nœud du chapitre est mobilisé ailleurs dans le livre — dans une procédure de relais, dans une descente en rappel, dans une réchappe, dans une remontée sur corde, dans un mouflage. Le chapitre dresse le catalogue technique, les autres chapitres décrivent les contextes opérationnels. Le lecteur doit pouvoir naviguer entre les deux — d'où les renvois systématiques qui ponctuent les sections suivantes.
Pour ne pas s'égarer dans la collection, il faut d'abord une carte. La section suivante en dresse l'inventaire — quel nœud pour quel rôle, lesquels sont impératifs, lesquels servent à élargir, et où chacun apparaît dans le reste du livre.
11.2 La panoplie — vue d'ensemble
Avant d'apprendre à confectionner, il faut savoir ce qu'on apprend. La grande voie mobilise treize à quinze nœuds — c'est beaucoup. La bonne nouvelle, c'est que cinq d'entre eux suffisent à grimper en sécurité. Les autres élargissent la pratique selon les besoins, et trouvent leur place quand on cherche à dépasser une situation que les cinq essentiels ne couvrent pas tout à fait.
Le tableau pivot ci-dessous donne la vue d'ensemble. Chaque ligne indique le nœud, son moment dans la journée de cordée, son statut (Essentiel ou Approfondissement), et les chapitres du livre où il est mobilisé — pour que le lecteur puisse naviguer entre la fiche technique du chapitre et les contextes d'usage qui la justifient.
| Nœud | Moment / fonction | Statut | Mobilisé en |
|---|---|---|---|
| Huit (+ arrêt intégré) | Au pied de la voie — encordement | Essentiel | Ch.7 §7.2 (vérification croisée) · Ch.13 (vachage en sortie) · Ch.15 §15.2 (désencordement transitoire en réchappe) |
| Cabestan | Au relais — vachage réglable | Essentiel | Ch.13 §13.3 (procédure d'arrivée) · Ch.17 (relais sur corde) · Ch.19 (assurage avancé) |
| Demi-cabestan | Au relais (filet) — assurage de secours | Essentiel | Ch.19 (assurage avancé, modes) · Ch.22 (mouflage, descente blessé) · Ch.23 (rappels matériel) |
| Simple de jonction (+ arrêts) | Avant la descente — rappel | Essentiel | Ch.14 §14.4 (mise en place rappel) · Ch.14 §14.5 (récupération, placement) |
| Machard (ou français) | Pendant la descente — autobloquant | Essentiel | Ch.14 §14.4 (sécurité descente) · Ch.15 §15.2 (machard sur corde descendante en réchappe) · Ch.21 (remontées sur corde) |
| Nœud de mule | Bloquer un appareil d'assurage | ⊕ | Ch.17 §17.X (transfert au relais) · Ch.19 (débrayer un Reverso) · Ch.22 (mouflage, transferts de charge) |
| Chaise simple | Encordement alternatif, longe | ⊕ | Ch.23 (manip rappels) · base du Valdotain (§11.7) |
| Chaise double | Mini-triangulation, main courante | ⊕ | Ch.16 (relais haut) · Ch.17 (mini-triangulation) · Ch.24 (improviser, main courante) |
| Pêcheur double | Confectionner un anneau de cordelette | ⊕ | Ch.5 §5.2 (matériel cordelette) · préalable de tous les autobloquants |
| Prussik | Blocage symétrique, réchappe point unique | ⊕ | Ch.15 §15.X (réchappe point unique) · Ch.21 (remontées) |
| Machard tressé | Mordant maximal, mouflage | ⊕ | Ch.22 (autobloquant de reprise — référence) |
| Valdotain | Tête de mouflage, remontée corde | ⊕ | Ch.22 (tête de mouflage) · Ch.23 (remontée sur corde) |
La logique de cette carte
Le critère pour figurer dans les cinq essentiels n'est pas la fréquence d'usage — c'est l'incompressibilité. Sans un de ces cinq nœuds, il existe un moment de la journée que la cordée ne peut pas franchir en sécurité. Les autres nœuds traitent des situations qui peuvent être évitées, contournées, ou résolues autrement. Ils sont précieux quand on en a besoin, mais on peut grimper sans pendant longtemps.
Les quatre familles d'approfondissement s'organisent par fonction métier, pas par taxonomie technique. Chacune réunit les nœuds qui répondent au même besoin et renvoie aux chapitres où la fonction se déploie :
- Sécuriser une manipulation — la famille mule, traitée en §11.5. Mobilisée en Ch.17, Ch.19, Ch.22.
- S'encorder autrement — la famille chaise (simple et double), traitée en §11.6. Mobilisée en Ch.16, Ch.17, Ch.24.
- Maîtriser les autobloquants spécialisés — Prussik, Machard tressé, Valdotain, traités en §11.7. Mobilisés en Ch.15, Ch.21, Ch.22, Ch.23.
- Préparer cordelette et sangle — pêcheur double et poupée, traités en §11.8. Mobilisés en Ch.5 (matériel) et Ch.12 (organisation baudrier).
Ce que ce chapitre ne contient pas
Certains nœuds rencontrés en grande voie ne figurent pas ici parce qu'ils relèvent d'autres chapitres : le huit replié sur un brin avec mousqueton (ancrage ponctuel — Ch.13), les configurations de relais sur dynaloop (triangulation — Ch.13 et Ch.17), les nœuds d'amarrage sur becquet ou arbre (Ch.17). Le présent chapitre ne traite que des nœuds qui se confectionnent sur la corde et la cordelette du grimpeur.
Avoir la carte ne dit pas encore quand on s'en sert. Pour ça, le plus simple est de raconter une journée de grande voie en regardant les mains.

11.3 Une journée en grande voie — l'enchaînement non négociable
Voici une cordée qui s'apprête à partir. On ne va pas suivre tous ses gestes — seulement ceux qui dépendent d'un nœud. Ce passage en revue n'apprend rien à confectionner ; il rend simplement évident pourquoi les cinq essentiels sont essentiels : le huit, le cabestan, le demi-cabestan, le nœud simple de jonction, et le Machard.
Moment 1 — au pied de la voie : s'encorder. Les baudriers sont enfilés, les casques mis. On sort la corde, on l'ouvre. En corde à double — le standard du livre —, chacun s'attache à ses deux brins par un nœud de huit sur chaque brin, et son nœud d'arrêt serré contre le huit. Les deux nœuds se placent de part et d'autre du pontet du baudrier, serrés au plus près — équilibre du système sous charge, distance de chute réduite si on vole près du dernier point, geste de clippage facilité. Le huit se vérifie d'un coup d'œil par le partenaire (vérification croisée obligatoire avant de quitter le sol — voir Ch.7 §7.2) et se resserre proprement sous charge sans gêner la suite. Le nœud d'arrêt n'a de pertinence que serré contre le huit : flottant à dix centimètres, il ne joue plus son rôle. Sans ce moment-là, rien ne commence.
Moment 2 — à l'arrivée du premier relais : se vacher. Le leader vient de grimper la première longueur. Il atteint les deux ancrages du relais, commence à installer le relais et fini l'installation e installant une vache mole au cabestan sur la corde d'escalade — un mousqueton à vis dans l'un des points du relais, deux tours bien dosés, un brin court qui reste dans la main pour ajuster. Le cabestan a une qualité rare : il se règle en longueur même sous charge, sans qu'on ait à le refaire. C'est précisément cette propriété qui en fait le nœud de vachage privilégié en grande voie (procédure complète : Ch.13 §13.3).
Moment 3 — pendant l'assurage du second : le filet. Le leader installe l'assurage du second sur le relais — le Reverso en mode guide sur le point central, autobloquant, mains libres. Le Reverso est l'outil de référence et fait le travail courant. Mais le Reverso tombe parfois — un mousqueton à vis qui n'a pas été serré, une mauvaise manipulation au-dessus du vide, un appareil qui se révèle déficient au moment où on en a besoin. Le demi-cabestan sur mousqueton à vis HMS prend alors le relais : la confection ressemble à celle du cabestan (boucle dans un mousqueton à vis), mais le nœud ne se referme pas — la corde coulisse dans le sens contrôlé par l'assureur, qui freine par friction. C'est l'assurage de secours par excellence (modes d'assurage avancés : Ch.19). Mention au passage : si le second se trouve en charge sur le Reverso mode guide et qu'il faut libérer les mains pour intervenir, c'est le nœud de mule qui bloque l'appareil — traité en §11.5 parce qu'il dépasse le tronc commun, mais à connaître dès qu'on grimpe sérieusement.
Moment 4 — au sommet, on prépare la descente. La voie est faite, la cordée se regroupe au relais sommital. On passe la corde dans le maillon de rappel, on rapproche les deux brins, on les noue ensemble par un nœud simple de jonction — un nœud simple sur les deux brins parallèles, serré brin par brin, avec 30 cm minimum de corde au-delà du nœud, un noeud d'arrêt contre le nœud simple pour éviter toute possibilité de glissement. Et un nœud d'arrêt en bout de chaque brin. Cette dernière règle est non négociable : son oubli est, statistiquement, la cause d'accidents mortels la plus documentée en rappel — la corde file à travers le descendeur, le grimpeur atteint le bout du brin et tombe dans le vide (procédure complète : Ch.14 §14.4).
Moment 5 — pendant la descente : la dernière sécurité. Le premier descendant installe son descendeur sur les deux brins, et passe un anneau de cordelette autour des brins en autobloquant sous l'appareil — un Machard simple (ou un nœud français, équivalent). Le geste est anodin : on tient l'anneau, on fait 3 ou 4 tours dans le sens du blocage (vers le bas), on repasse le bout dans la boucle de départ, on clippe au pontet par un mousqueton à vis. Si le grimpeur lâche tout — malaise, chute de pierre, vibration, perte d'attention — l'autobloquant se serre et la corde s'arrête. C'est le nœud qu'on n'utilise jamais consciemment, et qui sauve précisément parce qu'on ne pense plus à lui (configuration complète : Ch.14 §14.4).
Moment 6 — de retour au sol : défaire. La descente est finie, la corde est tirée, lovée. Le huit qui a servi toute la journée a pris la charge ; il se défait avec un peu de patience, brin par brin. L'arrêt qu'on défait sans le perdre. La cordelette autobloquante qu'on remet en poupée — la technique de rangement compact qui transforme un mètre cinquante de ficelle en fagot ordonné, prêt pour la prochaine sortie (§11.8). Le geste de défaire est aussi un geste à apprendre : un nœud qu'on laisse trop serré n'est plus vérifiable la prochaine fois.
Récapitulatif des cinq essentiels — dans l'ordre de la journée
| # | Nœud | Moment | Section |
|---|---|---|---|
| 1 | Huit + arrêt | Au pied de la voie | §11.4.1 |
| 2 | Cabestan | À l'arrivée au relais | §11.4.2 |
| 3 | Demi-cabestan | Au relais (filet) | §11.4.3 |
| 4 | Simple de jonction + arrêts | Avant le rappel | §11.4.4 |
| 5 | Machard / français | Pendant la descente | §11.4.5 |
Cinq nœuds suffisent à ce parcours. Les apprendre, c'est se donner la grammaire minimum de la grande voie. La section suivante reprend cette séquence et en détaille la confection, dans le même ordre. C'est l'ordre de la journée, pas celui d'un dictionnaire.
11.4 Les cinq nœuds essentiels
Ces cinq-là se confectionnent les yeux fermés. Pas par esthétisme — parce qu'au moment où on en a besoin, on n'a pas toujours la lumière, ni les mains au chaud, ni la tête disponible. On les apprend au sol, on les répète jusqu'à ce que le geste devienne automatique, et on les vérifie quand même à chaque utilisation.
Chaque sous-section suit la même grammaire : à quoi sert le nœud, à quel moment de la journée on l'appelle, comment on le confectionne, comment on le vérifie, quelles erreurs éviter, et dans quels autres chapitres on le retrouve à l'œuvre.
11.4.1 Le nœud de huit (et son arrêt)
Au moment où
Moment 1 — au pied de la voie. L'encordement, le premier geste avant tout autre. La cordée ne part jamais sans ce nœud vérifié des deux côtés.
À quoi il sert. Relier le grimpeur à la corde. C'est le nœud d'encordement de référence retenu dans ce livre. En grande voie en corde à double (le standard du livre), on réalise un nœud de huit sur chaque brin de la corde, chacun suivi de son nœud d'arrêt serré contre le huit comme second mouvement obligatoire du même geste. Les deux nœuds se placent de part et d'autre du pontet du baudrier, serrés au plus près.
Pourquoi un huit par brin (et pas un seul nœud sur les deux brins). Le huit a deux qualités cardinales. Premièrement, il est facilement vérifiable visuellement par soi-même et par son partenaire — la forme se reconnaît au premier regard, et toute erreur de confection est évidente (boucle décalée, brin qui sort du mauvais côté, croisement). Deuxièmement, il se resserre proprement sous charge sans gêner la suite du nœud. Un huit par brin plutôt qu'un nœud unique passant simultanément les deux brins préserve la fonction même de la corde à double : deux lignes indépendantes pour gérer le clippage, le tirage et la redondance de l'encordement. Le « huit replié sur un brin avec mousqueton » utilisé en spéléo introduit une dépendance à un mousqueton et n'est pas retenu pour l'encordement de référence.
Confection — mémo de séquence (à répéter sur chaque brin de la corde à double).
- Former un huit simple sur le brin, en laissant au moins 80 cm de brin libre.
- Passer le brin libre dans le pontet du baudrier (ou les deux points d'encordement selon le harnais).
- Reprendre le tracé du huit en sens inverse, en doublant le nœud — chaque boucle du huit accueille le brin qui repasse côte à côte avec le brin principal.
- Serrer brin par brin jusqu'à obtenir un huit bien plaqué, sans torsion.
- Serrer le huit au plus près du baudrier. Un huit qui pend à dix ou quinze centimètres du pontet allonge inutilement la distance de chute (chaque centimètre de pendage compte double dans une chute) et complique le clippage rapide en tête. La position correcte : le huit collé au pontet, sans mou parasite entre le baudrier et le nœud.
- Confectionner immédiatement le nœud d'arrêt derrière, serré contre le huit. C'est le second mouvement du même geste, pas un nœud distinct.
Et pour le second brin. On reprend la séquence à l'identique sur l'autre brin de la corde à double, en plaçant le second huit de l'autre côté du pontet — équilibre garanti en cas de chute, charge répartie entre les deux côtés du baudrier. Les deux huit, vus de face, encadrent le pontet plutôt que de se chevaucher d'un même côté.
Le nœud d'arrêt — second mouvement obligatoire. On forme une boucle avec le brin libre autour de la corde principale, on repasse le brin libre dans cette boucle, on serre fermement contre le huit. Le résultat est un nœud simple et compact, plaqué contre le huit. Le brin libre qui dépasse doit mesurer au moins 10 centimètres. Variante renforcée : le demi-pêcheur double (voir fiche ci-dessous), à privilégier comme finition d'encordement quand on souhaite une marge de sécurité supplémentaire.
⚡ VÉRIFICATION VISUELLE — Huit d'encordement
Chaque huit présente une symétrie parfaite — chaque boucle a deux brins qui passent côte à côte, sans croisement, sans inversion. Le brin libre doit dépasser d'au moins 10 cm derrière le nœud d'arrêt. Les deux nœuds (un par brin) doivent être positionnés de part et d'autre du pontet, serrés contre le baudrier, avec leur nœud d'arrêt collé contre le huit. Tout grimpeur de la cordée vérifie son propre encordement et celui de son partenaire avant de quitter le sol — la vérification croisée détecte les erreurs que la routine masque. Procédure complète : Ch.7 §7.2.
Points critiques de sécurité ⚡.
- Un huit par brin, et non un nœud unique passant simultanément sur les deux brins. La pratique « double » qu'on rencontre parfois sur corde unique (en couenne) ne s'applique pas à la corde à double en grande voie.
- Position de part et d'autre du pontet — préserve l'équilibre du système d'encordement et la répartition de charge sous chute.
- Serrage maximal vers le baudrier — réduit la distance de chute (un nœud qui pend de quinze centimètres ajoute trente centimètres à la chute potentielle, par double détente de la corde) et facilite le clippage rapide en tête.
- Nœud d'arrêt serré contre le huit — c'est la condition de sa pertinence. Un nœud d'arrêt flottant à dix centimètres du huit est cosmétique, pas protecteur. Sous charge cyclique, le huit peut se desserrer légèrement ; le nœud d'arrêt collé empêche la corde de remonter dans le huit et de le défaire en silence. À distance, il ne joue pas ce rôle.
Erreurs fréquentes.
- Huit mal doublé — le brin libre ne suit pas exactement le tracé du brin principal, créant un nœud bancal qui ne se vérifie plus à l'œil.
- Brin libre trop court (moins de 10 cm derrière l'arrêt) — le nœud d'arrêt peut migrer et se défaire.
- Confection « à la chaîne » sans vérification — la routine est l'erreur la plus dangereuse en GV.
Variantes. Sur corde unique (un seul brin, configuration couenne ou certaines courses GV avec corde à simple), on réalise un seul huit qui double son tracé sur le pontet — c'est la pratique couenne classique. Sur corde à double, en GV (le standard du livre), on revient à l'usage par défaut : un huit par brin, comme décrit ci-dessus. Le huit replié sur un brin avec mousqueton à vis existe en alpinisme et en spéléo, mais introduit une dépendance au mousqueton et n'est pas retenu pour l'encordement courant en GV. Le nœud de chaise est traité en §11.6 comme nœud d'approfondissement, pas comme encordement de référence.
Limites. Le huit, même bien fait, se resserre fortement après une chute conséquente. Après tout vol non trivial, prendre le temps de défaire et refaire le nœud — un huit trop serré n'est plus vérifiable visuellement.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.7 §7.2 — la vérification croisée de l'encordement avant le départ.
- Ch.13 — le huit reste en charge au cabestan d'arrivée du relais ; il faut savoir le défaire après la longueur.
- Ch.15 §15.2 — le désencordement transitoire de la réchappe sur broche : on défait le huit, on passe la corde dans la broche, on refait le huit derrière. Manipulation à haute exigence, à pratiquer au sol avant tout.
À PRATIQUER AU SOL
Exercice : confectionner trois huit successifs avec leurs nœuds d'arrêt, puis demander à un partenaire de pointer la moindre asymétrie sans explication préalable.
Critère de réussite : les trois nœuds sont identiques, symétriques, bien plaqués, avec brin libre de 10 cm minimum.
Fréquence : à chaque reprise après une coupure (saison, blessure, période sans GV).
Principe
Encordement de référence en GV — un huit par brin de la corde à double, suivi d'un nœud d'arrêt serré contre le huit, positionnés de part et d'autre du pontet du baudrier.
Photo

Points d'attention
- Symétrie de chaque huit
- Brin libre ≥ 10 cm derrière chaque arrêt
- Arrêt collé au huit
- Position des deux nœuds de part et d'autre du pontet
- Serrage au plus près du baudrier
Matériel
- Corde d'escalade (corde à double, 2 brins)
- Baudrier avec pontet
🧩 Storyboard — Confection de l'encordement (6 photos à produire)






Le demi-pêcheur double — variante renforcée du nœud d'arrêt. Le nœud d'arrêt présenté ci-dessus (un nœud simple plaqué contre le huit) est la finition minimale acceptée. Pour une finition plus robuste, on peut le remplacer par un demi-pêcheur double, qui est aussi le nœud d'arrêt utilisé en bout de brin de rappel (§11.4.4). C'est le même geste, la même logique de finition — il vaut la peine d'avoir un seul nœud d'arrêt pour toutes les situations.
⚡ VÉRIFICATION VISUELLE — Demi-pêcheur double
Un demi-pêcheur double bien fait se reconnaît à un seul critère, infaillible : les brins se croisent d'un côté du nœud et sont parallèles de l'autre. Cette dissymétrie d'apparence distingue un nœud correctement confectionné d'un nœud bancal. Vérification systématique avant toute mise en charge — il ne faut pas plus de deux secondes pour la faire.
Principe
- Nœud d’arrêt pour les brins de rappel
- Nœud d’arrêt pour nœuds d’encordement (huit et chaise)
- Pour le pêcheur double
Photo

Points d'attention
Vérifier le nœud : les brins se croisent d’un côté et sont parallèles de l’autre.
Matériel
Corde ou cordelette
🧩 Storyboard — Demi-nœud de pêcheur double (4 étapes)




11.4.2 Le cabestan
Au moment où
Moment 2 — à l'arrivée au relais. Se vacher, réglable, sans matériel dédié supplémentaire.
À quoi il sert. Fixer la corde à un point d'ancrage. C'est le nœud de vachage par excellence en grande voie — rapide à faire, facile à régler en longueur, et solide une fois en charge.
Contexte d'usage. Vachage au relais en se connectant au point d'ancrage avec la corde d'escalade elle-même (pas la longe cousue). Confection de relais avec la corde (en complément ou en alternative à la dynaloop). Fixation d'un élément à un point d'ancrage.
Matériel. Un mousqueton à vis, une corde d'au moins 8 mm.
Avantage majeur — le réglage sous charge. Le cabestan est réglable en longueur même sous charge. On peut ajuster la distance de vachage sans refaire le nœud : il suffit de desserrer légèrement et de tirer sur le brin voulu. C'est cette propriété qui en fait le nœud privilégié pour le vachage au relais. Dans la pratique, on règle la longueur de vachage juste avant de mettre le poids dessus — le primaire à hauteur de hanche, la longe en tension légère, ni trop court (inconfortable) ni trop long (risque de chute avec facteur sur le point).
Deux méthodes de confection. Le cabestan se fait soit par superposition de deux ganses (méthode lente mais visuelle), soit à une main par retournement de poignet (méthode Jammeron, plus rapide une fois maîtrisée). Les deux donnent le même nœud final ; on en garde l'une ou l'autre selon la position et la fatigue. Les deux storyboards ci-dessous montrent les deux gestes.
⚡ POINT CRITIQUE — Si fait en bout de corde
Si le cabestan est fait en bout de corde (et non au milieu d'un brin), le brin libre ne doit pas être laissé seul — il risque de glisser et de défaire le nœud. On ajoute systématiquement un nœud d'arrêt ou on s'assure que le brin libre est suffisamment long et qu'il ne travaille pas en traction. En vachage standard au relais, le cabestan est rarement en bout de corde (la corde continue vers le bas vers l'assureur) — ce point critique concerne surtout les configurations de relais où on choisit d'utiliser la corde au lieu de la dynaloop.
Erreur fréquente — confusion avec le demi-cabestan. La différence entre cabestan et demi-cabestan est dans l'orientation du pouce au moment de la confection (pouce vers le bas pour le cabestan, pouce vers le haut pour le demi-cabestan). Le résultat est visuellement différent : le cabestan forme un X sur le mousqueton, le demi-cabestan non. Vérification systématique au moment de clipper. Voir §11.4.3 pour la séparation pédagogique entre les deux nœuds.
Variantes selon le contexte. Pour un vachage court (proche du relais), la méthode par ganses est suffisante. Pour un vachage long ou une confection rapide à une main quand l'autre main tient la paroi, la méthode Jammeron est plus efficace.
Limites. Sur des mousquetons trop petits ou trop carrés, les ganses ne se forment pas correctement. Toujours vérifier que le mousqueton est assez large — un HMS (poire) reste l'option la plus fiable.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.13 §13.3 — procédure complète d'arrivée au relais (le cabestan comme moment pivot).
- Ch.13 §13.4 — la longe molle sur cabestan deux brins, deuxième ligne de sécurité.
- Ch.17 — configurations de relais sur la corde d'escalade (alternative à la dynaloop).
- Ch.19 — modes d'assurage avancés où le cabestan intervient en transition.
À PRATIQUER AU SOL
Exercice : faire un cabestan d'une main sur mousqueton (méthode Jammeron), régler la longueur, puis le défaire. Recommencer en alternant les deux mains.
Critère de réussite : le réglage est fluide sans ouvrir le mousqueton, en moins de dix secondes.
Fréquence : exercice court avant chaque travail relais.
Principe
- Longe molle au relais
- Confection du relais avec cordes
- Attacher un élément
Photo

Points d'attention
Si fait en bout de corde le brin libre ne doit pas être laissé tel quel car il y a risque de glissement !
Matériel
- Corde ou cordelette.
- En escalade, souvent fait autour d’un mousqueton à vis.
🧩 Storyboard — Confection avec des ganses (3 étapes)



🧩 Storyboard — Confection à une main, dit “méthode Jammeron” (4 étapes)




11.4.3 Le demi-cabestan
Au moment où
Moment 3 — au relais, en filet. L'assurage de secours quand le Reverso est tombé ou défaillant. À connaître par cœur, parce que le jour où on en a besoin, il n'y a pas de plan B.
Le geste commun, l'usage divergent
La confection commence comme un cabestan : une boucle dans un mousqueton à vis HMS. Puis tout diverge.
- Le cabestan se referme par un second tour qui croise le premier — la corde verrouille, le nœud devient un point d'ancrage fixe.
- Le demi-cabestan reste ouvert — la corde coulisse dans le sens de l'assurage, freinée par friction sur le mousqueton.
La même base donne deux nœuds aux usages opposés : l'un attache, l'autre dissipe. Les confondre, c'est s'attacher à un point fixe sur un nœud qui glisse (et tomber sous charge), ou tenter d'assurer sur un nœud qui bloque (et arracher l'ancrage à la première chute). D'où la nécessité de les apprendre comme deux nœuds autonomes, et non comme un nœud et sa variante.
À quoi il sert. Assurer un grimpeur ou descendre une charge de manière contrôlée, sans appareil d'assurage dédié. C'est le nœud de secours par excellence — si l'on ne dispose que d'un mousqueton HMS, on peut assurer avec un demi-cabestan.
Prérequis. Maîtrise du geste à une main (méthode dérivée du cabestan). Compréhension du principe de freinage par friction. Surtout : avoir intégré que ce nœud n'est pas autobloquant — la main sur le brin libre est la sécurité principale, et ne se relâche jamais.
Contexte d'usage. Assurage d'un grimpeur quand on n'a pas d'appareil d'assurage (Reverso tombé, perdu, ou défaillant) ou en complément planifié dans certaines manips avancées. Descente en rappel débrayable (descente d'un blessé, d'un sac, d'un second en difficulté). Descente d'une charge.
Matériel. Un mousqueton HMS (poire) — sa forme large permet au nœud de fonctionner correctement. Sur un mousqueton en D ou ovale, le nœud se bloque ou fonctionne de manière imprévisible. Une corde d'au moins 8 mm.
Points critiques ⚡.
- Ce nœud n'est pas autobloquant. Il ne doit en aucun cas être utilisé seul pour assurer un second ou descendre une charge sans dispositif de sécurité supplémentaire (autobloquant, nœud de mule en cas de pause prolongée).
- Mousqueton HMS obligatoire — sa forme en poire est ce qui permet au nœud de basculer correctement quand on passe de « donner du mou » à « avaler ».
- Le nœud bascule quand on change de sens — il faut veiller à le réaliser dans la bonne position au départ pour éviter un basculement imprévu sous charge.
- La main sur le brin frein ne se relâche jamais — c'est la sécurité principale. Une fatigue physique ou mentale réduit l'efficacité du nœud. En cas de pause prolongée, bloquer par un nœud de mule (§11.5).
Erreur fréquente. Utiliser le demi-cabestan comme système d'assurage principal sans autobloquant de sécurité ni nœud de mule en pause. Le demi-cabestan freine mais ne bloque pas — si on lâche, la corde file.
FACTEUR HUMAIN
Le demi-cabestan donne une impression de simplicité. C'est précisément son piège : il n'est pas autobloquant. Sous fatigue, l'utilisateur peut le confondre avec un système assisté. La main sur le brin frein reste la sécurité principale, et reste là tant que la corde travaille.
Variantes selon le contexte. Pour une descente débrayable (avec contrôle total et possibilité de bloquer instantanément), le demi-cabestan est idéal — c'est pour cette raison qu'il reste utilisé en descente d'un blessé. Pour un assurage standard d'un grimpeur autonome, on lui préfère un appareil dédié (Reverso, plaquette) ; le demi-cabestan reste le secours.
Limites. L'usage prolongé du demi-cabestan vrille la corde — c'est inhérent au principe de friction du nœud. Sur des manips longues, prévoir de dévriller régulièrement.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.19 — modes d'assurage avancés ; le demi-cabestan comme alternative au Reverso.
- Ch.22 — mouflage et descente d'un blessé ; le demi-cabestan comme nœud de base pour les manips à charge importante.
- Ch.23 — rappels matériel ; descente débrayable contrôlée.
- Voir aussi §11.5 (la mule, blocage du demi-cabestan) et §11.7 (le Valdotain, qui bloque au plus près d'un demi-cabestan en tête de mouflage).
Principe
- Assurage d’un grimpeur (nécessite un autobloquant pour sécuriser la manip)
- Rappel débrayable
- Descente d’une charge
Photo

Points d'attention
- Il faut réaliser ce nœud autour d’un mousqueton de type HMS car sa forme en poire permet d’accueillir correctement le nœud sur la largeur.
- Ce nœud n’est pas autobloquant, ne l'utilise en aucun cas pour assurer/mouliner un second/une charge sans sécurité supplémentaire.
- Ce nœud bascule selon l’utilisation. Veillez à le réaliser dans la bonne position pour éviter le basculement lorsqu’il est réalisé sous charge.
Matériel
- Corde ou cordelette.
- En escalade, souvent fait autour d’un mousqueton à vis de type HMS.
🧩 Storyboard — Confection à une main (4 étapes)




11.4.4 Le nœud simple de jonction des brins (et ses arrêts)
Au moment où
Moment 4 — au sommet, on prépare la descente. Joindre les deux brins du rappel pour qu'ils travaillent ensemble dans le maillon. Et sécuriser les bouts.
À quoi il sert. Relier les deux brins de rappel pour qu'ils passent ensemble dans l'anneau ou le maillon de rappel, et permettre la récupération de la corde après la descente. Ce nœud est distinct des nœuds d'arrêt placés aux extrémités libres des brins — il a sa propre fonction.
Contexte d'usage. Installation d'un rappel à deux brins (deux cordes à double ou une corde pliée en deux). Ne s'utilise pas en encordement, ne s'utilise pas en cordelette.
Confection — procédure.
- Passer les deux brins dans le maillon ou l'anneau de rappel.
- Placer les deux brins bien parallèles, sans torsion, en dessous du maillon.
- Réaliser un nœud simple avec les deux brins ensemble — un nœud simple, pas un huit, pas un pêcheur.
- Serrer le nœud brin par brin, en tirant alternativement sur les deux côtés du nœud sur chacun des deux brins.
- Confectionner immédiatement un nœud d'arrêt (demi-pêcheur double, voir §11.4.1) serré contre le nœud simple — comme pour le huit d'encordement, le nœud d'arrêt n'a de pertinence que collé au nœud principal. Il sécurise le nœud simple contre tout glissement progressif sous charge cyclique.
- Laisser au minimum 30 cm de corde après cet ensemble (nœud simple + arrêt collé), avant l'extrémité libre.
- À l'extrémité libre de chaque brin, réaliser un second nœud d'arrêt (demi-pêcheur double en bout) — c'est le filet qui empêche la corde de filer dans le descendeur en fin de course. Non négociable : son absence est la cause d'accidents la plus documentée en rappel.
Pourquoi le nœud simple et pas un autre. Le nœud simple de jonction sur deux brins parallèles a une propriété précieuse : il passe relativement bien dans le maillon au moment du tirage de la corde, parce que sa forme est compacte et n'a pas d'aspérité qui accroche. Le pêcheur double, sur deux brins, formerait un nœud bien plus volumineux et risquerait de se coincer. Le nœud simple n'est pas le plus solide en absolu, mais combiné aux arrêts en bout, il est le plus adapté à la fonction « jonction de rappel ».
⚡ POINT CRITIQUE — Les arrêts en bout, non négociables
L'absence de nœud d'arrêt en bout de chaque brin est la cause d'accidents mortels la plus documentée en rappel. La corde file à travers le descendeur, le grimpeur atteint le bout du brin et tombe dans le vide. C'est une règle sans exception : on ne descend jamais en rappel sans nœud d'arrêt à chaque extrémité, même quand on est sûr que la corde atteint le sol. Le nœud d'arrêt est le filet qui rattrape l'erreur de longueur, l'erreur de visualisation, l'erreur de mémoire.
Point critique ⚡ — placement du nœud par rapport à l'ancrage. Le nœud doit être placé du bon côté de l'anneau ou du maillon pour permettre la récupération de la corde. Un nœud placé du mauvais côté peut rendre la corde impossible à récupérer (le nœud bloque dans l'ancrage). La règle pratique : le brin que l'on va tirer pour rappeler la corde est celui du dessous quand les deux brins pendent du maillon. Procédure complète et schéma : Ch.14 §14.4 (encadré « Placement du brin à tirer »).
Erreur fréquente — confusion avec le pêcheur double. Dans ce livre, le pêcheur double sert à confectionner des anneaux de cordelette (autobloquants, pédales) — pas à joindre les brins de rappel. Confondre les deux, c'est risquer d'utiliser un nœud trop volumineux qui se coince à la récupération. Voir §11.8 pour le pêcheur double.
Variantes selon le contexte. Sur un rappel court et vertical avec des brins clairement plus longs que la descente, on peut être tenté d'omettre les arrêts — à proscrire absolument. Sur des rappels en cascade avec relais intermédiaires, les arrêts sont remis en bout après chaque tirage (la routine peut faire oublier de les refaire — l'attention reste constante).
Limites. Si les deux brins n'ont pas exactement la même longueur, un brin sera plus court que l'autre — et le rappel suivant devra s'adapter. C'est une raison supplémentaire de toujours faire les nœuds d'arrêt : ils empêchent que le brin court ne file pendant qu'on descend sur le brin long.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.14 §14.4 — mise en place complète du rappel : passage des brins, nœud, arrêts, vérification de longueur.
- Ch.14 §14.5 — récupération de la corde après le rappel ; choix du brin à tirer.
- Ch.15 — la réchappe par rappel : même procédure, contexte d'urgence ajouté.
- Ch.23 — rappels matériel et configurations particulières (rappels guidés, rappels sur un seul brin en procédure dégradée).
Principe
Joindre les deux brins de rappel pour qu'ils travaillent ensemble dans le maillon ; permettre la récupération de la corde après descente. Renforcé par un nœud d'arrêt collé contre lui (sécurise contre le glissement) + un second nœud d'arrêt en bout de chaque brin (empêche le filage dans le descendeur).
Photo

Points d'attention
- Brins parallèles sans torsion
- Serrage brin par brin
- Arrêt collé au nœud simple
- ≥ 30 cm après arrêt
- Arrêts d'extrémité en bout de chaque brin
Matériel
- Corde à double (2 brins)
- Maillon de rappel ou anneau
🧩 Storyboard — Jonction des brins de rappel (5 photos à produire)





11.4.5 Le Machard (ou le français)
Au moment où
Moment 5 — pendant la descente en rappel. La dernière sécurité, l'autobloquant sous l'appareil de freinage. Le nœud qu'on n'utilise jamais consciemment, et qui sauve précisément parce qu'on ne pense plus à lui.
À quoi il sert. Créer un système qui bloque la corde dans un sens (la traction vers le bas) et coulisse dans l'autre (la main qui descend l'autobloquant à mesure de la descente). C'est la dernière barrière de sécurité en rappel : si la main qui freine se relâche pour une raison quelconque (malaise, chute de pierre, vibration, perte d'attention), l'autobloquant se serre et la corde s'arrête.
Prérequis. Une cordelette autobloquante de 5-6 mm, montée en anneau fermé par un pêcheur double (§11.8). Compréhension du principe de friction (la cordelette fine enroulée autour de la corde principale crée une accroche bloquante).
Contexte d'usage. Sécurité en rappel — c'est le cas d'usage principal et le plus fréquent en grande voie. Remontée sur corde en autobloquant inférieur (avec pédale). Sécurisation occasionnelle dans certaines manips de secours.
Matériel. Anneau de cordelette de 5-6 mm (longueur déployée environ 1,50 m, donc anneau d'environ 60 cm), un mousqueton à vis pour relier au pontet.
Confection — le Machard simple (français).
- Tenir l'anneau de cordelette par son nœud de jonction (le pêcheur double) ; ce nœud sera à l'extrémité du Machard une fois fini.
- Laisser une petite boucle dans la main qui tient le nœud — c'est dans cette boucle qu'on repassera le bout à la fin.
- Enrouler l'anneau autour de la corde de rappel, en faisant 3 à 4 tours dans le sens du blocage (vers le bas). Les tours doivent être bien serrés, parallèles, sans chevauchement.
- Repasser le bout de la cordelette (le côté opposé au nœud de jonction) dans la petite boucle laissée au départ.
- Serrer en tirant vers le bas — le nœud se ferme sur lui-même.
- Clipper un mousqueton à vis dans la boucle restante (celle où on a fait passer le bout), et relier au pontet du baudrier.
Le nœud français — variante simple. Le « français » est une variante minimaliste du Machard. Le geste est identique mais on laisse une boucle plus grande au départ et on passe le brin une seule fois dans la boucle pour fermer. Moins mordant que le Machard, mais plus rapide à confectionner et plus facile à débloquer sous charge. C'est souvent ce qu'on utilise en rappel courant.
Vérification — test à charge légère. Avant de quitter le relais, on tire vers le bas pour vérifier que l'autobloquant bloque la corde, puis on le pousse vers le haut pour vérifier qu'il coulisse librement. Si le nœud ne bloque pas (tours trop lâches), il faut le refaire avec plus de tours ou plus de serrage. Si le nœud coince complètement (tours trop nombreux ou cordelette de mauvais diamètre), même chose en sens inverse.
Points critiques ⚡.
- L'autobloquant doit être placé sous l'appareil de freinage, pas au-dessus. Au-dessus, il n'a aucun effet en cas de lâcher.
- L'autobloquant doit être relié au pontet du baudrier par un mousqueton à vis — pas simplement clippé sur un porte-matériel.
- Distance machard / Reverso. Le machard et l'appareil de freinage ne doivent pas se toucher. Si la main d'accompagnement remonte le machard machinalement et l'amène trop près du Reverso, l'autobloquant ne fonctionne plus : le Reverso « ouvre » le machard et l'empêche de mordre la corde. Garder en permanence un espace clair de quelques centimètres entre les deux. Point typique d'erreur en fin de descente, quand l'attention baisse. Voir l'encadré dédié en Ch.14 §14.4.
Erreur fréquente. Confectionner le Machard en début de descente, vérifier qu'il bloque, puis ne plus y penser. L'autobloquant exige une main qui l'accompagne — la main qui le pousse vers le bas à mesure qu'on descend, et qui le laisse mordre la corde si on cesse de l'accompagner. Si on serre trop, ou si on laisse la main remonter, l'autobloquant perd sa fonction.
Variantes selon le contexte. Voir §11.7 pour les autobloquants spécialisés (Prussik symétrique, Machard tressé à fort mordant, Valdotain). Le Machard et le français traités ici couvrent 90 % des situations courantes de rappel — les variantes répondent à des besoins spécifiques (réchappe sur point unique, mouflage, remontée sur corde sans pédale).
Limites. Le Machard demande une cordelette disponible et pré-nouée en anneau (§11.8 pour le pêcheur double). Si on l'a oubliée au sol, on doit remonter pour la récupérer ou improviser un Valdotain (§11.7) — ce qui prend nettement plus de temps. La cordelette autobloquante fait partie du matériel systématique de tout grimpeur en grande voie, pas du matériel optionnel.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.14 §14.4 — sécuriser la descente : installation complète + encadré ⚡ ALERTE sur la distance machard/Reverso.
- Ch.15 §15.2 — la réchappe sur point unique : machard de sécurité sur la corde descendante, en filet supplémentaire si le point de réchappe rompait.
- Ch.21 — remontées sur corde : le Machard comme autobloquant inférieur avec pédale.
Principe
Autobloquant unidirectionnel sur cordelette, monté autour de la corde de rappel. Bloque vers le bas, coulisse à la poussée. Sécurité dernière barrière en rappel.
Photo

Points d'attention
- 3-4 tours bien serrés et parallèles
- Sens de blocage vers le bas
- Boucle de fermeture clippée au pontet par mousqueton à vis
- Distance avec le Reverso maintenue (≥ 5 cm)
Matériel
- Anneau de cordelette 5-6 mm pré-noué (pêcheur double)
- Mousqueton à vis
- Corde de rappel
🧩 Storyboard — Confection du Machard (5 photos à produire)





Principe
Variante simplifiée du Machard. Autobloquant unidirectionnel sur cordelette, plus facile à débloquer mais moins mordant. Alternative au Machard pour les usages où le déblocage rapide compte.
Photo

Points d'attention
- Boucle initiale plus grande que pour le Machard
- Un seul passage du brin dans la boucle de départ (vs. plusieurs pour le Machard)
- Moins mordant — choisir selon la situation
Matériel
- Anneau de cordelette 5-6 mm pré-noué (pêcheur double)
- Mousqueton à vis
- Corde de rappel
🧩 Storyboard — Confection du français (variante simplifiée) (4 photos à produire)




À PRATIQUER AU SOL
Exercice : installer un Machard et un français sur la même corde, à la suite. Tester le blocage à charge légère (corps suspendu sur baudrier en hauteur ou poids), puis tester le coulissement vers le bas. Comparer le mordant et la facilité de déblocage.
Critère de réussite : les deux nœuds bloquent sans glisser, et se débloquent sans s'arc-bouter.
Fréquence : avant toute séance de rappel.
Les cinq nœuds essentiels — récapitulatif
| # | Nœud | Moment | Test décisif (au sol) |
|---|---|---|---|
| 1 | Huit + arrêt | Au pied de la voie | Confection les yeux fermés en 15 secondes, symétrique, brin libre ≥ 10 cm |
| 2 | Cabestan | À l'arrivée au relais | Confection à une main (méthode Jammeron), réglage de longueur en moins de 10 secondes |
| 3 | Demi-cabestan | Au relais (filet) | Confection à une main, sens de freinage identifié sans hésitation |
| 4 | Jonction + arrêts | Avant le rappel | Brins parallèles, serrage brin par brin, ≥ 30 cm + arrêts aux deux bouts |
| 5 | Machard ou français | Pendant le rappel | Bloque à charge légère, coulisse à la poussée, distance maintenue avec l'appareil |
Test décisif global : pouvoir raconter la journée en grande voie en nommant chaque nœud au bon moment, sans hésiter. Si vous bloquez sur l'un des cinq, c'est qu'il est temps d'y retourner — au sol, dans le calme, avant la prochaine sortie.
Ces cinq nœuds couvrent la journée standard. Mais la journée standard est une fiction — il y a toujours quelque chose qui sort du cadre. Un assurage qu'il faut bloquer pour libérer les mains. Un partenaire à secourir qu'on ne peut pas désencorder. Un autobloquant à débrayer pour remonter sur corde. Une cordelette à préparer la veille.
Les quatre sections suivantes — toutes marquées Approfondissement — traitent ces situations par grande fonction. Elles sont autonomes : on peut y revenir au besoin, sans suivre l'ordre. Chacune commence par poser le besoin avant d'introduire le nœud ; chacune mobilise les essentiels du §11.4 et les enrichit.

POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LES GRANDES VOIES
Les sections suivantes s'adressent aux leaders expérimentés — elles couvrent le nœud mule (bloquer une charge sous tension) et les encordements alternatifs. Ces techniques supposent les nœuds essentiels parfaitement automatisés. Tu peux passer directement au chapitre 12.
Quatre familles de nœuds couvrent l'ensemble des situations en grande voie — le schéma permet d'identifier rapidement laquelle mobiliser selon le contexte.
11.5 Sécuriser une manipulation — la famille mule (⊕)
Pourquoi cette fonction. En grande voie, on a régulièrement besoin de bloquer un appareil d'assurage pour libérer les mains : le second est suspendu sous une vire et il faut préparer la suite, l'appel téléphonique est urgent au relais, on installe le rappel pendant que le second termine la longueur, on bascule d'un mode d'assurage à l'autre, on doit basculer en mouflage parce que le second ne peut plus remonter. C'est précisément la fonction du nœud de mule — un blocage temporaire, réversible, qui tient sous charge mais se défait rapidement quand la charge est relâchée.
Trois cas d'usage typiques en GV.
- Pendant l'assurage du second en mode guide — le second tombe et se retrouve suspendu. L'assureur veut intervenir (lui donner une consigne, organiser un mouflage, simplement laisser ses mains au repos pendant que le second se réorganise). La mule bloque le Reverso en mode guide ; les mains sont libres ; le second reste tenu.
- Sur un demi-cabestan en assurage de secours — toute pause dans l'assurage par demi-cabestan (§11.4.3) demande un blocage, parce que le nœud n'est pas autobloquant. La mule sur demi-cabestan est le cas-école de la fonction.
- Au moment de basculer en mouflage — la mule fait partie de la séquence de transition entre « assurage du second » et « système de mouflage ». Voir Ch.22 pour la procédure complète.
À quoi sert le nœud de mule. Bloquer temporairement une corde sous tension, de manière réversible. Tient sous charge ; se défait facilement en tirant le brin libre une fois la charge relâchée.
Prérequis. Compréhension du concept de « ganse » (boucle volante) et du blocage par entrelacement. Maîtrise préalable du nœud sur lequel on va appliquer la mule (cabestan, demi-cabestan, ou appareil d'assurage en mode guide).
Matériel. La corde sous tension elle-même. Idéalement, un mousqueton ou un appareil d'assurage déjà installé.
Confection — la version retenue dans ce livre (avec vrille). Dans la littérature, deux variantes du nœud de mule coexistent : la version « simple » (où la ganse est simplement passée sans vrille) et la version « avec vrille » (où on imprime un demi-tour à la ganse avant de la passer). Ce livre retient la version avec vrille — elle est plus stable sous charge cyclique et résiste mieux aux vibrations qui sont la cause principale de libération accidentelle d'une mule mal sécurisée. La version sans vrille n'est pas présentée ici.
Points critiques ⚡.
- Le nœud de mule doit toujours être serré au plus près du point de blocage — mousqueton ou appareil d'assurage. Un nœud flottant ne remplit pas sa fonction.
- Le nœud d'arrêt est obligatoire. Sans lui, le nœud de mule peut se libérer accidentellement sous vibration ou manipulation — avec des conséquences potentiellement catastrophiques si la corde est sous tension. C'est la différence critique entre un nœud de mule sécurisé et un nœud qui peut lâcher.
- Le sens — détail qui décide si le nœud bloque ou pas. Quand on confectionne la mule pour bloquer un appareil d'assurage, la corde du brin libre doit venir écraser la corde de charge sur le mousqueton (pas l'inverse). Si le sens est inversé, le nœud peut se libérer sous traction. C'est une erreur subtile, difficile à repérer après coup, mais qui annule complètement la fonction de blocage. À répéter au sol jusqu'à ce que le bon sens devienne réflexe.
⚡ POINT CRITIQUE — Le nœud d'arrêt fait partie du nœud
Un nœud de mule sans nœud d'arrêt n'est pas un blocage fiable dans la durée. Toute vibration, manipulation ou alternance de tension peut le défaire. Le nœud d'arrêt final fait partie de la manipulation, il n'est pas optionnel. On ne quitte pas la manip avant d'avoir vérifié l'arrêt.
Erreur fréquente. Oublier le nœud d'arrêt, ou le faire trop loin du nœud de mule. Le nœud d'arrêt doit être collé au nœud de mule, pas à 30 centimètres de lui.
Variantes selon le contexte. Sur un demi-cabestan, la mule double le freinage et permet d'avoir littéralement les mains libres. Sur un Reverso en mode guide, la mule offre une « main libre » sécurisée tout en conservant la possibilité de débrayer pour donner du mou ou descendre. Sur une plaquette en mode auto-bloquant, la procédure est légèrement différente — voir Ch.19 pour les détails.
Limites. Le nœud de mule n'est jamais une solution définitive — c'est une solution temporaire pour des opérations précises (remonter du matériel, libérer les mains, organiser un mouflage). Dès que l'opération est terminée, rétablir un système d'assurage actif ou défaire la mule.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.17 — transitions au relais ; la mule comme pause sécurisée.
- Ch.19 — modes d'assurage avancés ; débrayer un Reverso en mode guide pour faire descendre un second.
- Ch.22 — mouflage : la mule est la première étape de tout système de mouflage à partir d'un assurage en charge. Manip critique à pratiquer au sol.
Principe
Faire une “ganse”, qui peut se retirer en tirant la corde + double nœud de pêcheur. Une fois retirer le nœud pêcheur, un tirage sec, retirer le nœud
Photo

Points d'attention
- Bien serrer le nœud au plus près
- Et faire un nœud d'arrêt pour empêcher la libération accidentelle
Matériel
Corde ou cordelette
🧩 Storyboard — Nœud de mule - Confection pour bloquer un appareil d’assurage (5 étapes)





11.6 S'encorder autrement — la famille chaise (⊕)
Pourquoi cette fonction. Le huit, présenté en §11.4.1, est l'encordement standard du livre — et le bon choix dans 99 % des situations en grande voie. Il a une grande qualité : il se vérifie d'un coup d'œil. Et une grande limite : il se fait sur une extrémité libre de la corde. Quand l'extrémité n'est pas disponible — corde tendue depuis un relais, corde repliée dans un sac, encordement de secours sur un partenaire blessé qu'on ne peut pas désencorder — il faut un autre outil. C'est la famille chaise : le nœud de chaise simple, et sa variante à deux boucles (chaise double).
Trois cas d'usage typiques.
- Encordement de secours sur partenaire blessé — quand on doit re-relier un compagnon à la corde sans pouvoir le désencorder de son baudrier (typiquement parce qu'il est inconscient ou inaccessible).
- Confection d'une longe d'évacuation improvisée — on peut faire une chaise au milieu d'une corde pour créer une boucle où accrocher un mousqueton.
- Base d'un nœud composé — le nœud de chaise sert de fermeture au Valdotain (§11.7) ; sa maîtrise est donc un prérequis de l'autobloquant le plus avancé.
Le nœud de chaise simple
À quoi il sert. Créer une boucle non coulissante à l'extrémité d'une corde, sans dépendance à un mousqueton. C'est le pendant du huit pour les usages où l'extrémité libre n'est pas disponible, ou pour les boucles techniques (longe, ancrage).
Contexte d'usage. Encordement de secours, longe d'évacuation, base du Valdotain, certaines configurations de main courante.
Le principe commun aux méthodes — le puits, le serpent, l'arbre. Toutes les méthodes de confection du nœud de chaise reposent sur la même image mentale : on crée un « puits » (une petite boucle ouverte), on fait passer le « serpent » (le brin libre) hors du puits, autour de « l'arbre » (le brin principal qui sort vers le haut), et on le fait redescendre dans le puits. Cette image n'est pas un caprice pédagogique : elle est ce qui rend le nœud mémorisable et vérifiable — un nœud de chaise dont on peut suivre du regard le « serpent qui tourne autour de l'arbre et redescend dans le puits » est un nœud correctement fait.
Trois méthodes de confection — toutes valables. Trois gestes existent, qu'il vaut la peine de connaître ensemble parce qu'aucun ne couvre toutes les situations :
- Méthode classique « avec le puits » — la méthode pédagogique de référence, celle qui rend l'image du puits/serpent/arbre la plus visible. À privilégier pour l'apprentissage et pour les usages où on a le temps de poser le geste.
- Méthode par absorption — un geste plus rapide où la boucle « absorbe » le brin libre. Plus efficace une fois maîtrisée, moins visuelle.
- Méthode kinesthésique pour l'encordement — un geste pensé spécifiquement pour s'encorder soi-même, où la corde passe à travers les pontets du baudrier avant la confection du nœud. C'est la méthode utilisée en cas d'encordement de secours sur soi-même.
Connaître les trois méthodes
Il est important de maîtriser les trois méthodes. En situation de secours, on n'a pas toujours le choix : selon la position dans la paroi, l'état de fatigue, la longueur de corde disponible, l'une ou l'autre sera plus rapide ou plus fiable. Un grimpeur qui ne maîtrise qu'une méthode se prive d'une option dans le moment où l'option compte le plus.
Point critique ⚡. Le nœud de chaise nécessite impérativement un nœud d'arrêt (demi-pêcheur double, voir §11.4.1) serré contre lui. Sans ce nœud d'arrêt, le nœud de chaise peut se retourner et se défaire sous certaines conditions de charge cyclique. C'est la principale raison pour laquelle le huit reste l'encordement de référence du livre — le huit pardonne plus facilement un nœud d'arrêt négligé que ne le fait la chaise.
Erreur fréquente. Considérer le nœud de chaise comme terminé sans le nœud d'arrêt. Un nœud de chaise mal fini est un nœud incomplet et potentiellement dangereux. Comparer avec le huit : un huit sans arrêt parfait reste relativement sûr ; une chaise sans arrêt parfait est une chaise dangereuse.
Variantes selon le contexte. Pour les usages techniques hors encordement (boucle de travail, base du Valdotain), choisir la méthode la plus lisible et la plus contrôlable selon la position. L'encordement standard reste traité par le nœud de huit.
Limites. Le nœud de chaise demande une concentration supplémentaire et une finition rigoureuse. Il doit donc rester cantonné aux usages techniques explicitement maîtrisés, pas être utilisé « par défaut » comme alternative au huit.
FACTEUR HUMAIN
Le nœud de chaise est apprécié parce qu'il se défait facilement après charge — c'est même son grand argument face au huit qui se serre. Cette facilité peut devenir un défaut si le nœud d'arrêt est négligé. En grande voie, le choix d'un nœud ne se juge jamais seulement au confort : il se juge aussi à sa lisibilité et à sa tolérance à l'erreur.
Principe
- Nœud d’encordement (nécessite un nœud d’arrêt !)
- Confection du valdotin
Photo

Points d'attention
- Pour l’encordement il faut absolument faire un demi-pêcheur double (ou plus) pour éviter tout glissement.
- Ce nœud est plus difficile à vérifier qu’un huit et attention car il existe des variantes.
Matériel
Corde ou cordelette
🧩 Storyboard — Méthode classique “avec le puits” (5 étapes)





🧩 Storyboard — Méthode par absorption (6 étapes)






🧩 Storyboard — Méthode kinesthésique pour l’encordement (12 étapes)












Le nœud de chaise double
À quoi il sert. Créer deux boucles réglables à partir d'un seul nœud. La taille de chaque boucle est ajustable indépendamment.
Deux usages techniques principaux.
- Mini-triangulation de relais — quand on doit construire rapidement un relais sur deux points de hauteurs différentes, les deux boucles ajustables permettent une triangulation propre sans avoir à raccourcir une sangle. Configuration utile sur des relais en place mal placés ou des relais improvisés sur becquets.
- Départ d'une main courante — la chaise double offre une boucle où s'attacher comme grimpeur, et une seconde boucle réglable pour fixer la corde sur le point haut. Le nœud devient en quelques secondes un point d'amarrage de main courante — usage typique en cordée flèche pour sécuriser un second sur traversée prévue difficile (Ch.24).
Confection. On fait un nœud simple de plein poing en prenant suffisamment de corde. On attrape la boucle créée et on la coiffe par-dessus les deux brins opposés. On tire les deux brins à travers la boucle. On rabat et on voit apparaître le nœud de chaise double. On serre en tirant sur les deux boucles. La taille de chaque boucle est ajustable.
⚡ ALERTE — Chaise double et clippage des deux ganses
Les deux ganses de la chaise double doivent être clippées toutes les deux dans le mousqueton à vis — y compris si elles sont de tailles différentes. Si une seule ganse est clippée et que la traction tire sur l'autre, le nœud peut se défaire (la ganse libre se rétracte et le nœud se retourne). C'est une erreur subtile : visuellement, ça semble correct ; structurellement, c'est un piège. Vérifier systématiquement les deux boucles dans le mousqueton avant toute mise en charge.
Point critique ⚡. Pour défaire la chaise double après usage, il faut tirer sur le « puits » du nœud de chaise et « décoiffer » la boucle. Ce geste n'est pas évident pour un débutant — à pratiquer au sol avant tout usage en paroi.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.16 — comprendre les relais : la chaise double comme outil de triangulation.
- Ch.17 — mini-triangulation pour relais haut.
- Ch.24 — improviser au matériel limité ; main courante pour cordée flèche.
Principe
- Nœud de début d’une main courante (car muni de 2 boucles réglables)
- Mini-triangulation pour relais haut
Photo

Points d'attention
- Lors du serrage du nœud il faut tirer sur les bons brins.
- Pour défaire le nœud il faut tirer sur le “puit” du nœud de chaise et “dé-coiffer” la boucle.
- Pas facile à défaire pour un débutant
Matériel
Corde ou cordelette
🧩 Storyboard — Méthode de plein poing (7 étapes)







Sécuriser une manip ou s'encorder autrement sont deux fonctions qui travaillent sur la corde principale. Pour la deuxième sécurité — celle qui bloque automatiquement la corde quand le grimpeur n'a plus la main dessus — on travaille sur une cordelette accessoire. Le Machard et le français vus en §11.4.5 couvrent le rappel et la sécurité courante. Trois autres autobloquants existent — non pour la collection, mais parce qu'ils répondent chacun à un besoin que les deux premiers ne traitent pas bien. Parmi eux, le Valdotain utilise la corde elle-même et se ferme soit par tressage (méthode classique), soit par un nœud de chaise — raison pour laquelle la maîtrise de la chaise (§11.6) est un prérequis de cette section.
11.7 Maîtriser les autobloquants spécialisés (⊕)
Pourquoi cette fonction. Le Machard et le français vus en §11.4.5 couvrent le rappel et la sécurité courante. Pour les cas où la charge peut s'inverser, où la force devient considérable, ou où l'autobloquant doit se débrayer d'une main pour la remontée sur corde, ils ne suffisent plus. Trois autobloquants spécialisés répondent à ces besoins distincts :
- Le Prussik — symétrique, il bloque dans les deux sens. Indispensable quand la charge peut basculer (rupture d'un point haut, par exemple).
- Le Machard tressé — mordant maximal sous charge importante. Référence en mouflage.
- Le Valdotain — autobloquant fait sur la corde elle-même, sans cordelette supplémentaire. Indispensable quand on a perdu sa cordelette, et utile dans certaines configurations de tête de mouflage où il bloque au plus près du demi-cabestan.
Chacun a son cas d'usage privilégié. Les utiliser à la place les uns des autres expose à des défaillances dangereuses — d'où l'importance de savoir lequel choisir pour quelle fonction.
Pourquoi maîtriser deux méthodes ?
En situation de secours, on peut avoir besoin de l'une ou de l'autre — la méthode classique et le tressage sont complémentaires. Le contexte (type de sangle disponible, présence d'un coéquipier, temps) dicte le choix.
11.7.1 Le nœud de Prussik
À quoi il sert. Créer un autobloquant symétriquement bidirectionnel — qui bloque la corde quel que soit le sens de la charge. C'est l'autobloquant le plus ancien, le plus connu, et le seul réellement bidirectionnel.
Cas d'usage privilégié. Réchappe sur point unique multidirectionnel — un point où la charge initiale tire vers le bas (descente du grimpeur sur la corde) mais où une rupture du point haut inverserait brutalement la traction. Dans ce cas, un autobloquant unidirectionnel comme le Machard simple ne tient pas — le Prussik tient. Voir Ch.15 §15.2 pour le cas-école (réchappe sur broche unique avec machard de sécurité au pontet).
Confection — procédure. Former une boucle de cordelette tenue contre la corde, le nœud de jonction (le pêcheur double, §11.8) à l'opposé dans l'autre main. Passer plusieurs fois (3 à 5 tours selon le diamètre) le bout porteur du nœud de jonction dans la boucle maintenue contre la corde. Serrer et réorganiser les spires pour qu'elles s'alignent bien le long de la corde, sans chevauchement.
Avantage. Blocage strictement bidirectionnel — l'autobloquant de référence quand la charge peut se jouer dans les deux sens.
Limite. Difficile à débloquer sous charge importante, tendance à se verrouiller. Mauvais coulissement en remontée sur corde standard. À éviter en rappel (où l'unidirectionnel suffit et où le verrouillage est gênant) et en remontée sur corde (mauvais coulissement).
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.15 §15.2 — machard de sécurité sur corde descendante en réchappe (cas typique multidirectionnel).
- Ch.21 — remontées sur corde (alternative en cas spécifique).
Principe
Autobloquant strictement bidirectionnel — bloque la corde dans les deux sens de traction. Référence pour les configurations où la charge peut s'inverser (rupture point haut en réchappe, mouflage à reprise inversée).
Photo

Points d'attention
- Tours symétriques (« tête de cravate »)
- Pas de chevauchement
- Bloque dans les deux sens
- Tendance au verrouillage sous forte charge — à éviter en rappel et remontée sur corde
Matériel
- Anneau de cordelette 5-6 mm
- Corde de support
🧩 Storyboard — Confection du Prussik (5 photos à produire)





11.7.2 Le nœud de Machard tressé
À quoi il sert. Créer un autobloquant à mordant maximal. Variante du Machard simple où la cordelette est tressée autour de la corde en alternant les passages (dessus/dessous) au lieu de simplement enrouler. Le résultat est un nœud plus compact, plus mordant.
Cas d'usage privilégié. Mouflage — autobloquant de reprise, là où le mordant maximal compte (la charge transférée d'un système à l'autre passe par cet autobloquant, et toute glissade ferait perdre la progression du mouflage). Voir Ch.22 pour la procédure complète de mouflage.
Confection. Comme un Machard simple (§11.4.5), mais en alternant les passages de la cordelette dessus/dessous la corde — c'est ce tressage qui démultiplie le mordant.
Avantage. Mordant maximal — bloque très bien sous charge forte.
Limite. Sa réputation de glissement sur un seul brin le rend peu fiable en pédale de remontée sur corde simple — c'est un nœud de mouflage, pas de remontée. Confection plus longue (à maîtriser avant situation critique).
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.22 — mouflage : référence pour l'autobloquant de reprise. À pratiquer au sol avant tout usage en paroi.
Principe
Cas d’usages type : Descente en rappel (+), remontée sur corde (+), réchappe sur monopoint (-), mouflage (-)
Photo

Grandes étapes
- Prendre la cordelette par son nœud
- En laissant une petite boucle faire quelques tours dans le sens voulu du blocage (vers le bas)
- Venir repasser le restant de cordelette dans la petit boucle laissé précédemment et soucer le noued en tirant vers le bas
- Accrocher un mousqueton à vis à la boucle restante
Points d'attention
- Avantages :
- Bloque très bien
- Facile à faire et à défaire
- Inconvénients :
- Ne bloque que dans un sens
- Difficile à défaire quand sous tension
- Fonctionne mal sur corde simple
Matériel
Cordelette
🧩 Storyboard — Confection du Machard tressé (6 photos à produire)






11.7.3 Le nœud de Valdotain
À quoi il sert. Créer un autobloquant sur corde à partir de la corde elle-même, sans cordelette supplémentaire. C'est un nœud d'improvisation avancé, utile quand on n'a plus de cordelette disponible ou quand on a besoin d'un autobloquant qui bloque au plus près d'un demi-cabestan (configuration de tête de mouflage).
Prérequis. Maîtrise du nœud de chaise (§11.6) et des autobloquants courants (§11.4.5). Ce nœud n'est pas pour les débuts — il s'apprend après les essentiels.
Cas d'usage privilégiés.
- Remontée sur corde en situation d'improvisation — panne de cordelettes, cordelette coincée, besoin de réserve.
- Préparation d'une tête de mouflage — usage technique précis : le Valdotain bloque très près du demi-cabestan (beaucoup plus près qu'un Machard classique sur cordelette), ce qui en fait le nœud idéal pour préparer l'installation d'une tête de mouflage depuis un demi-cabestan. Cette proximité permet de gagner quelques précieux centimètres au moment où l'on bascule le système d'assurage du second en système de mouflage — chaque centimètre compte quand la victime descend par élasticité pendant la manip.
- Mouflage quand les cordelettes manquent ou quand la charge extrême justifie la masse de la corde.
Matériel. Deux brins de corde de rappel (ou deux sections de la même corde), diamètres distincts si possible — plus fin autour du plus épais pour un bon mordant.
Confection — la séquence en deux temps.
- Tours serrés autour de la corde porteuse — 8 tours minimum, bien serrés.
- Fermeture de l'autobloquant en reliant les deux extrémités libres.
C'est sur cette deuxième étape que deux méthodes coexistent — il vaut la peine de connaître les deux.
Méthode par tressage (méthode classique). Les deux extrémités sont entrelacées par tressage, sans nœud structuré. C'est la méthode historique, la plus pure dans son principe : la fermeture se fait par la friction des brins eux-mêmes. Elle demande un peu de pratique pour être propre mais ne consomme pas de longueur supplémentaire et reste accessible quand on est fatigué.
Méthode par nœud de chaise (présentée dans le storyboard ci-dessous). Les deux extrémités sont reliées par un nœud de chaise (puis verrouillé par un demi-pêcheur double). C'est une fermeture nette, vérifiable visuellement, et qui crée une boucle utilisable (pédale, accroche matériel).
Point critique ⚡. Le Valdotain ne fonctionne bien que si le diamètre du brin utilisé pour l'autobloquant est suffisamment inférieur au diamètre du brin autour duquel il est enroulé. Avec deux brins de même diamètre, le mordant est insuffisant — la cordelette reste toujours préférable quand elle est disponible.
Erreur fréquente. Utiliser le Valdotain comme premier recours alors que des cordelettes sont disponibles. C'est un nœud de secours, pas un nœud de confort. Consommer une section de corde pour la rendre inutilisable pour le rappel suivant est un prix lourd à payer.
Limites. Le Valdotain réduit la section de corde disponible pour le rappel. Sur une voie courte où on n'a qu'une descente, ce n'est pas critique. Sur une voie où les rappels s'enchaînent, c'est très problématique.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.22 — tête de mouflage : le cas d'usage technique privilégié, où le Valdotain a un avantage net sur les autres autobloquants.
- Ch.23 — remontée sur corde quand on n'a plus de cordelette pédale disponible.
Principe
Utiliser la corde à la place d’une cordelette : peut être utile dans le cadre d'une remonter sur corde ou une manière optimisée de préparer l’installation d’une tête de mouflage( Bloque au plus près du demi cab)
Photo

Grandes étapes
- Prendre 1,5m de moue
- Faire au moins 8 tours bien serré dans le sens inverse du blocage
- En tenant bien serré , faire un nœud de chaise entre les 2 bouts
- mettre un nœud d’arret derrière
- Utiliser la boucle du nœud de chaise pour y installer matériel (exple pédale…)
Points d'attention
- Bien prendre assez de moue au départ, sinon plus qu’à tout recommancer
- 8 tours de boucles très serrés, difficile de maintenir
Matériel
Un brin de corde ou un ficelou de 3m
🧩 Storyboard — Nœud de valdôtain (6 étapes)






RAPPEL — Connaître les deux méthodes
Il est important de maîtriser les deux méthodes (tressage et chaise). En situation de secours, on n'a pas toujours le choix : selon la configuration des brins disponibles, l'état de fatigue, la position, l'une ou l'autre sera plus rapide ou plus fiable. Un grimpeur qui ne maîtrise qu'une méthode se prive d'une option dans le moment où l'option compte le plus.
Tableau comparatif — quel autobloquant pour quel usage
| Usage | Nœud(s) appropriés | À éviter |
|---|---|---|
| Sécurité au rappel (§11.4.5) | Français (1er choix, simplicité), Machard | Prussik (verrouillage), Machard tressé (sur-mordant) |
| Remontée sur corde (Ch.21) | Machard (bidirectionnel = sécurité accrue), Français (autobloquant inférieur avec pédale), Valdotain (improvisation) | Machard tressé, Prussik (mauvais coulissement) |
| Réchappe sur point unique multidirectionnel (Ch.15) | Prussik (référence — bloque dans les deux sens), Machard | Français, Machard tressé (unidirectionnels ou peu fiables sous force inverse) |
| Mouflage — autobloquant de reprise (Ch.22) | Machard tressé (mordant maximal) | Français, Machard, Prussik (mordent moins) |
| Tête de mouflage proche du demi-cab (Ch.22) | Valdotain (bloque au plus près) | Machard classique (trop éloigné) |
À valider avant publication par un formateur ou un encadrant breveté. Cette matrice diffère d'autres sources pédagogiques courantes. Elle s'appuie sur les scorings du manuel monitorat GV et sur la pratique de l'auteur. À recouper avec une source fédérale (FFME / FFCAM Cahier des techniques) avant publication finale.
Tous ces autobloquants travaillent sur cordelette ou sur corde. Une cordelette n'est pas du matériel passif : sa préparation conditionne son usage. C'est le sujet de la dernière section avant la synthèse.
11.8 Préparer cordelette et sangle (⊕)
Pourquoi cette fonction. Un anneau de cordelette qu'on n'a pas pré-noué la veille ne sert à rien au relais. Une sangle qui pend en boucle prend la place de trois dégaines et s'accroche partout. Deux gestes préparatoires changent le quotidien en grande voie : le nœud de pêcheur double pour fermer un anneau de cordelette, et la poupée pour ranger compact une cordelette ou une sangle longue.
Ces gestes se font au sol, avant la course — pas en paroi. Mais ils conditionnent toute la pratique des autobloquants (§11.4.5 et §11.7) et l'organisation du baudrier (Ch.12).
Le nœud de pêcheur double
À quoi il sert. Confectionner des anneaux de cordelette fermés — pour les autobloquants (Machard, français, Prussik, Machard tressé), pour les pédales de remontée, pour les sangles improvisées. Sous sa forme demi-pêcheur double, il sert aussi de nœud d'arrêt renforcé en bout de brin ou derrière un nœud d'encordement (voir §11.4.1).
Distinguer du nœud simple de jonction. Le nœud de pêcheur double n'est pas le nœud de jonction des brins de rappel (§11.4.4). Le pêcheur sert à confectionner un anneau (deux extrémités d'une cordelette qu'on lie ensemble pour former une boucle fermée). Le nœud simple sert à joindre deux brins de corde au moment du rappel. Les deux ont des fonctions et des géométries différentes, ne pas confondre.
Contexte d'usage. Création des anneaux de cordelette pour autobloquants (avant la course, au sol). Jonction permanente de cordelette. Sous sa forme demi-pêcheur, finition d'arrêt en bout de brin ou derrière un nœud d'encordement.
Matériel. Cordelette de 5 à 7 mm selon usage. Pour les autobloquants courants en GV, 5-6 mm est le bon diamètre.
Confection — le pêcheur double complet. Le pêcheur double relie deux brins pour former un anneau. On réalise un demi-pêcheur double sur chaque extrémité, puis on serre les deux nœuds l'un contre l'autre pour former le pêcheur double complet. La vérification visuelle (les brins se croisent d'un côté du nœud et sont parallèles de l'autre) doit être faite sur chacun des deux demi-nœuds individuellement avant de les serrer l'un contre l'autre.
Point critique ⚡. Les deux demi-nœuds doivent être en contact ferme l'un avec l'autre, pas écartés. Une fois l'anneau confectionné, il doit résister à une traction franche sans glissement ni allongement. Si l'anneau s'allonge à la traction, c'est que les demi-nœuds n'étaient pas correctement serrés — refaire.
Erreur fréquente. Ne pas serrer suffisamment l'anneau une fois confectionné. Les deux demi-nœuds doivent être en contact ferme l'un contre l'autre. Une cordelette dont le pêcheur n'est pas correctement serré peut glisser sous charge — c'est l'autobloquant qui devient peu fiable.
Variantes selon le contexte. Pour un anneau destiné aux autobloquants, s'assurer que les diamètres des brins et de la corde principale créent une bonne accroche (cordelette ~ moitié du diamètre de la corde, à plus ou moins 1 mm près). Pour des brins de très gros diamètre, le pêcheur double peut nécessiter plus d'enroulements (trois plutôt que deux) pour serrer correctement.
Limites. Le pêcheur double sur cordelette neuve et raide demande un peu de réveil mécanique (charge légère répétée) avant de se mettre en forme finale. Un anneau préparé la veille au sol est plus fiable qu'un anneau improvisé à chaud.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.5 §5.2 — choix de la cordelette autobloquante (diamètre, matériau, longueur).
- §11.4.5 — Machard et français en sécurité de rappel (prérequis : anneau pré-noué).
- §11.7 — autobloquants spécialisés (Prussik, Machard tressé) qui mobilisent tous des anneaux de cordelette.
Principe
Pour confectionner des anneaux.
Photo

Points d'attention
- Bien serrer chacun des nœuds
- Bien serrer l’anneau une fois confectionné.
- Laisser suffisamment de mou sur les deux brins libres pour éviter tout glissement.
Matériel
Corde ou cordelette
🧩 Storyboard — Nœud de pêcheur double (2 étapes)


Replier et ranger la corde
Pourquoi ce geste compte. Une corde mal repliée se déploie en désordre au pied de la voie, s'emmêle dès la première longueur, fait perdre une dizaine de minutes en début de course. Bien repliée, elle se déroule proprement, prête à grimper. Deux méthodes coexistent en grande voie — toutes deux valables, choisies selon le contexte (transport, déploiement rapide, sac à cordes).
🟡 Contenu à valider — Replier et ranger la corde (fiche à reprendre)
Méthode 1 — La couronne (« lover en huit »).
La méthode classique de transport. La corde est repliée en grandes boucles régulières, soit en huit (boucles qui alternent leur orientation), soit en couronne simple (boucles toutes dans le même sens). On finit par lier l'ensemble avec les deux extrémités, et on peut porter le paquet en sac à dos improvisé ou autour du cou.
Cas d'usage privilégié : transport sur sentier, longue marche d'approche, stockage en pied de voie sans sac à cordes.
Limite : déploiement plus lent au pied de la voie — il faut défaire le paquet entièrement avant de pouvoir grimper.
Storyboard à produire — 5 photos.
- Position de départ : la corde libre au sol, on prend une extrémité dans la main gauche, on commence à former la première boucle.
- Boucles régulières : 4-5 boucles formées, taille régulière, méthode en huit (alternance des boucles) visible.
- Boucles complètes : toute la corde est en boucles, plan d'ensemble.
- Liage avec les extrémités : les deux bouts libres servent à lier le paquet par enroulement autour de la couronne.
- Paquet fini : la couronne nouée, prête à être portée en sac à dos improvisé (deux brins passés sur les épaules) ou stockée.
Méthode 2 — Le sac à cordes (« lover en alternance »).
La méthode moderne. La corde n'est pas repliée en boucles — elle est déposée en alternance dans un sac à cordes dédié, en passant d'un côté à l'autre du sac à chaque main de corde. Au déploiement, on tire simplement sur l'extrémité au sommet du sac et la corde sort proprement sans s'emmêler.
Cas d'usage privilégié : déploiement rapide en pied de voie, voies courtes enchaînées, journées avec plusieurs cordées qui partagent du matériel.
Limite : nécessite un sac à cordes (équipement spécifique). Moins compact en transport longue distance.
Storyboard à produire — 4 photos.
- Sac à cordes ouvert au sol, la corde libre à côté, extrémité prise dans la main.
- Premier dépôt : la corde est déposée en alternance (gauche-droite) dans le sac, sur 4-5 brassées visibles.
- Dépôt continu : on continue le dépôt, le sac se remplit, l'extrémité opposée reste accessible.
- Sac fermé avec l'extrémité finale prête à être attachée à un point d'amarrage du sac. Au déploiement, on tirera sur cette extrémité (la dernière déposée = la première à sortir).
Lequel choisir ?
- Marche d'approche longue, pas de sac à cordes disponible → couronne en huit.
- Voie au pied du parking, sac à cordes disponible → sac à cordes.
- Cordée qui enchaîne plusieurs voies dans la journée → sac à cordes (gain de temps cumulé).
- Stockage longue durée → couronne (la corde respire mieux qu'au fond d'un sac).
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Ranger les cordelettes et sangles en « poupée »
À quoi ça sert. Transformer une cordelette autobloquante (Machard, français, Prussik) ou une sangle longue (60 ou 120 cm) en un petit fagot ordonné, tenu par un mousqueton ou par sa propre boucle, qui se défait en une seule traction.
Pourquoi c'est précieux. Une cordelette ou une sangle en poupée :
- prend deux à trois fois moins de place qu'une boucle simple accrochée au porte-matériel,
- ne s'emmêle pas avec les autres éléments du baudrier,
- se déploie en tirant un bout — pas besoin de dérouler manuellement.
Et surtout : on doit pouvoir reconnaître au toucher, sans regarder, qu'on tient bien la cordelette dont on a besoin. La poupée bien faite a une forme caractéristique que la main reconnaît même en gants.
Deux storyboards ci-dessous : un pour la cordelette (qui a un nœud de jonction servant de point de départ) et un pour la sangle cousue (où l'on remplace le nœud par un mousqueton). Une fois maîtrisée, la confection prend quinze secondes par poupée — c'est un investissement minuscule pour un gain réel en organisation au baudrier.
Confection — principe commun.
- Point de départ — pour la cordelette, le nœud de pêcheur double ; pour la sangle cousue, un mousqueton passé au niveau de la couture.
- Boucle initiale — on ramène une longueur de la cordelette (4 doigts environ pour une sangle 60 cm, 8 doigts pour une 120 cm) pour former une boucle de réserve.
- Tours d'enroulement — on tourne le reste de la corde autour de la boucle, dans la direction opposée au nœud (ou au mousqueton), en serrant bien à chaque tour.
- Fermeture — une fois arrivé à la fin de la boucle, on passe le restant en main dans la boucle initiale et on tire pour serrer l'ensemble.
Point critique ⚡. La poupée doit tenir au transport mais se défaire à la première traction. Une poupée trop lâche se défait toute seule au baudrier ; une poupée trop serrée demande deux mains pour la déployer alors que la situation peut exiger qu'on garde une main sur le rocher. Le bon serrage se trouve par essais répétés au sol.
Erreur fréquente. Ranger en poupée une cordelette sans la pré-nouer en anneau avec un pêcheur double. Une poupée se fait à partir d'une cordelette déjà nouée en anneau — c'est l'anneau qu'on range, pas le brin brut. Faire le pêcheur d'abord, ranger ensuite.
Cas d'usage en GV — renvois.
- Ch.5 §5.2 — matériel et choix des cordelettes/sangles à emporter.
- Ch.12 — organisation du matériel au baudrier (où placer les poupées, dans quel ordre).
🧩 Storyboard — Confection de poupée - Tressage cordelette (5 étapes)





🧩 Storyboard — Confection de poupée - Tressage sangle cousue (4 étapes)





11.9 Synthèse — la bibliothèque comme outil
Le chapitre tient en deux promesses. La première : cinq nœuds suffisent à grimper en grande voie en sécurité, dans l'ordre exact où la journée les appelle — du pied de la voie au retour au sol. Huit + arrêt pour s'encorder, cabestan pour se vacher, demi-cabestan en filet d'assurage, simple de jonction + arrêts pour préparer le rappel, Machard pour la descente. C'est la grammaire minimum, et elle est non négociable.
La seconde : quand la journée diverge, quatre familles d'outils prennent le relais. Sécuriser une manipulation (la mule, §11.5). S'encorder autrement (la chaise simple et double, §11.6). Maîtriser des autobloquants finement (Prussik, Machard tressé, Valdotain, §11.7). Préparer cordelette et sangle (pêcheur double et poupée, §11.8). Ces quatre familles ne s'apprennent pas toutes en même temps — elles s'ajoutent à la pratique au fil des situations rencontrées et des besoins qui émergent.
La carte des renvois — où chaque nœud apparaît à l'œuvre dans le livre.
| Nœud | Chapitres où il est mobilisé |
|---|---|
| Huit + arrêt | Ch.7 (vérification croisée) · Ch.13 (vachage) · Ch.15 (désencordement transitoire en réchappe) |
| Cabestan | Ch.13 (vachage relais) · Ch.17 (relais sur corde) · Ch.19 (assurage avancé) |
| Demi-cabestan | Ch.19 (modes d'assurage) · Ch.22 (mouflage, descente blessé) · Ch.23 (rappels matériel) |
| Simple de jonction | Ch.14 (mise en place + récupération rappel) · Ch.15 (réchappe par rappel) |
| Machard / français | Ch.14 (sécurité descente) · Ch.15 (machard de sécurité réchappe) · Ch.21 (remontées) |
| Mule | Ch.17 (transitions relais) · Ch.19 (débrayer Reverso) · Ch.22 (mouflage) |
| Chaise simple | Ch.23 (manip rappels) · base du Valdotain |
| Chaise double | Ch.16 · Ch.17 · Ch.24 (main courante) |
| Pêcheur double | Ch.5 (cordelette) · préalable de tous les autobloquants |
| Prussik | Ch.15 (réchappe point unique) · Ch.21 |
| Machard tressé | Ch.22 (mouflage — référence) |
| Valdotain | Ch.22 (tête de mouflage) · Ch.23 (remontée sur corde) |
| Poupée (rangement) | Ch.5 · Ch.12 (organisation baudrier) |
Trois règles de pratique, à retenir avant toute autre chose.
- On apprend les nœuds au sol. Pas en paroi sous la pluie. Pas la veille du départ. Au sol, dans le calme, jusqu'à ce que le geste devienne le souvenir musculaire d'un geste. Les exercices « À pratiquer au sol » disséminés dans le chapitre sont la trame de cette préparation.
- On vérifie à l'usage. Aucune confection n'est si automatique qu'elle dispense de regarder. La vérification croisée du partenaire reste la dernière barrière contre l'erreur de routine (Ch.7 pour la procédure complète).
- On défait après usage. Un nœud qu'on laisse trop serré perd sa vérifiabilité visuelle. Défaire est aussi un geste — celui qui prépare l'apprentissage du lendemain.
Test décisif final. Pouvoir raconter une journée en grande voie en nommant chaque nœud au bon moment, sans hésiter. Si vous butez sur un nœud, c'est qu'il est temps d'y retourner — au sol, dans le calme, avant la prochaine sortie. La maîtrise des nœuds en grande voie n'est pas un acquis définitif : c'est une discipline d'entretien.
