Thème

Assurer le second au relais
Le leader est arrivé, le relais est construit, il est vaché. En bas, le second a démonté son point de départ et attend le signal. Entre les deux, il y a quarante mètres de corde et une décision que beaucoup de grimpeurs venus de la falaise prennent par réflexe : accrocher l'appareil au baudrier, comme on l'a toujours fait.
En grande voie, c'est l'inverse. L'appareil se fixe sur le relais, et ce déplacement de quelques centimètres change tout le système.
En un coup d'œil
1
Sur le relais, pas sur le baudrier
Le reverso en mode guide se clippe sur le primaire du relais. C'est la différence fondamentale avec l'assurage depuis le bas.
2
Sur le primaire, pas sur un point
Le placer sur un ancrage individuel concentre toute la charge dessus et annule la triangulation.
3
La main ne quitte pas le brin mort
Même autobloquant. Corde mouillée, fine ou usée, l'autoblocage peut être moins efficace que prévu.
⚡ ALERTE
Un appareil monté à l'envers ne bloque pas, et l'erreur ne se voit qu'au moment de la chute. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.
Ce que l'assurage depuis le haut change vraiment
En falaise, l'assureur est au sol, il fait contrepoids, et sa position même participe à la sécurité. Au relais, plus rien de tout cela n'est vrai. L'assureur est suspendu, il ne peut pas se déplacer, et il a d'autres choses à faire pendant que le second monte : ranger la corde, préparer la longueur suivante, surveiller le terrain. Fixer l'appareil sur son baudrier reviendrait à faire passer par son propre corps la force d'une chute qu'il ne peut ni amortir ni encaisser en reculant.
L'appareil sur le relais transforme la situation. En mode guide — le mode dit autobloquant —, la corde du second se pince entre la plaquette et le mousqueton dès qu'elle est chargée ; le blocage est automatique, il ne dépend plus de la vigilance ni de la force de l'assureur. Le leader peut ravaler d'une main, ranger de l'autre, et la chute du second reste retenue même s'il regarde ailleurs. C'est ce qui rend l'assurage depuis le haut compatible avec tout le reste du travail au relais.
Une précision qui économise des discussions : le Grigri n'a pas de mode guide. En grande voie, on assure le second avec un descendeur tubulaire disposant de ce mode — reverso, plaquette, ATC Guide — et pas avec un appareil à came conçu pour l'assurage depuis le bas.

Comment la séquence s'enchaîne
Tout commence par le ravalement, et il commence par un signal. On attend que le second ait libéré la corde de son côté — dégaines démontées, corde renvoyée — et qu'il donne le signe convenu. On ravale alors régulièrement, sans arracher, jusqu'à sentir une légère résistance : la corde est tendue, le mou a disparu. Ravaler avant d'installer l'appareil, et non l'inverse, évite d'avoir à faire passer trente mètres de corde à travers une plaquette déjà montée.
L'appareil s'installe ensuite sur le mousqueton HMS du primaire, avec le brin du second engagé dans le bon sens — un sens inversé annule purement et simplement l'autoblocage, et c'est l'erreur la plus grave que ce montage permette. On visse, puis on teste : une traction sèche sur le brin du second doit produire un blocage franc. Ce test de dix secondes est ce qui sépare un système installé d'un système vérifié.
Pendant la montée, le travail n'est pas terminé. On reprend le mou en continu, au rythme du second, sans jamais laisser pendre une boucle en contrebas — elle finirait dans un point ou autour d'une écaille. On ne tire pas non plus quand la corde résiste : si elle est coincée dans une dégaine, c'est au second de la libérer. Et on range la corde ravalée proprement du côté du relais, en tas organisé plutôt qu'en amas qui glisse, parce que c'est cette corde-là qui repartira dans la longueur suivante.
Trois choses qui font la différence
Le placement décide de la répartition. Clipper le reverso sur la plaquette du haut est confortable — elle tombe bien sous la main. C'est aussi ce qui annule tout le bénéfice de la triangulation : en cas de chute du second, la charge se concentre sur ce seul ancrage. L'appareil se place dans la zone où les brins de la triangulation convergent, là où le relais a été conçu pour distribuer. Ce n'est pas une préférence d'école, c'est la raison d'être du montage qu'on vient de faire.

La main sur le brin mort reste non négociable. Le mode guide bloque, et il bloque bien. Mais l'autoblocage repose sur un pincement, et un pincement dépend du diamètre de la corde, de son état, de son humidité. Une corde fine, usée, mouillée ou givrée glisse plus qu'une corde neuve et sèche. Garder la main sur le brin mort ne coûte rien puisqu'elle y est déjà pour ravaler — c'est la marge qui compense tout ce qu'on ne contrôle pas.
Il faut savoir ce qu'on fera quand ça bloquera. Un jour, le second pendra dans la corde — fatigué, bloqué dans un pas dur, ou simplement en train de se reposer — et le reverso sera coincé sous son poids. La corde est alors pincée entre la plaquette et le mousqueton, et elle résiste à toute tentative de libération directe. La réponse la plus rapide est le trou de débrayage dont la plupart des appareils récents sont équipés : une cordelette passée dedans, renvoyée sur un mousqueton du relais, et la traction fait pivoter la plaquette dans le sens inverse du blocage. C'est la rotation, et non une force sur la corde, qui libère le pincement. Si l'appareil n'a pas ce trou, ou si le levier ne suffit pas, on transfère la charge sur un autobloquant avant de débrayer — et si la situation exige de remonter le second, on bascule vers un mouflage.
🏔️ TERRAIN
Sans reverso — perdu, tombé, cassé —, le demi-cabestan prend exactement sa place : même mousqueton HMS, même primaire, seul le système change. Il n'est pas autobloquant, et cette différence est absolue : le brin mort ne quitte plus la main une seule seconde. Il vrille aussi la corde sur toute la longueur, ce qu'on paiera en démêlage à l'arrivée. C'est une solution de secours qui fonctionne, pas une alternative de confort.
À retenir
- L'appareil sur le relais — jamais sur le baudrier — l'assureur suspendu ne peut ni amortir ni reculer.
- Sur le primaire, jamais sur un ancrage isolé — sinon la triangulation ne sert plus à rien au moment où elle devrait servir.
- Ravaler, puis installer, puis tester — la traction sèche qui vérifie le blocage prend dix secondes et vaut le reste.
- La main sur le brin mort — l'autoblocage est une aide, pas une garantie — corde fine, mouillée ou usée glisse davantage.
- Le débrayage se répète au sol — le jour où le second pend, on n'improvise pas une manœuvre jamais faite.
FACTEUR HUMAIN
Sous stress, on cherche la technique la plus puissante. En réalité, la meilleure technique est celle que la cordée maîtrise déjà : une manœuvre inconnue, même théoriquement adaptée, augmente le risque au lieu de le réduire. C'est aussi pour ça que le mousqueton HMS et une cordelette autobloquante se portent au baudrier, accessibles — une technique de secours au fond du sac n'existe pas.
Pour aller plus loin
Cette page pose la logique et les points de décision. Elle ne détaille ni la check-list complète avant de lancer le second, ni la cinématique en six temps du relais dans laquelle cette phase s'inscrit, ni l'accueil du second et la transition des rôles qui suivent. Le chapitre traite l'ensemble, du moment où le leader se vache jusqu'à son départ dans la longueur suivante.


