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Cordée en terrain d'aventure dans une paroi avec arbres et corde rouge
Hors des voies équipées au cordeau, les points sont là où le rocher a bien voulu les accepter.

Le relais à l'anglaise

En voie sportive, les équipeurs posent les deux plaquettes du relais à quarante centimètres l'une de l'autre, à la même hauteur, et la triangulation tombe sous le sens. En terrain alpin, en terrain d'aventure, ou simplement dans une voie ancienne, on trouve ce que le rocher a permis : un piton ici, une broche un mètre plus loin, à des hauteurs différentes.

À cet écartement, la triangulation classique ne rend plus service — elle nuit. C'est le problème exact que le relais à l'anglaise vient résoudre.

En un coup d'œil

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Au-delà de 80 à 100 cm

C'est le seuil indicatif à partir duquel l'angle d'une triangulation devient défavorable et une autre configuration s'impose.

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Le nœud se règle avant de se serrer

C'est la clé du montage : on positionne, on observe la direction de charge, et seulement ensuite on serre.

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Le primaire prend les deux brins

De part et d'autre du nœud. D'un seul côté, la redondance du relais disparaît.

⚡ ALERTE

Ce montage se règle avant d'être chargé et ne se corrige plus après. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.

Pourquoi l'écartement change tout

Relier deux points par une sangle et refermer le V par un nœud ne partage la charge que si les branches du V restent proches l'une de l'autre. Plus les points s'écartent, plus l'angle au sommet s'ouvre — et plus chaque ancrage travaille. Autour de 60 degrés, un point encaisse un peu plus de la moitié de la charge. À 90 degrés, environ les trois quarts. À 120 degrés, la totalité : à ce stade, avoir deux points n'apporte plus rien en termes de force. Au-delà, chacun subit davantage que la charge appliquée, et l'on obtient un relais mécaniquement pire qu'un ancrage unique.

C'est un résultat contre-intuitif, et il vaut d'être compris plutôt que mémorisé : ce n'est pas le nombre de points qui répartit, c'est la géométrie de la liaison. Un grimpeur qui ajoute un deuxième ancrage très écarté croit renforcer son relais ; il le fragilise. Le relais à l'anglaise ne fait pas disparaître ce problème — aucun montage ne le peut — mais il permet de continuer à travailler proprement sur des points que la triangulation ne sait plus relier, et surtout d'orienter la force résultante là où on la veut.

Paroi grise massive en panorama, ciel ouvert
En terrain non équipé, on ne choisit pas ses points : on compose avec ceux qui tiennent.

Comment il fonctionne

Le principe tient en une image. Au lieu de fabriquer un V dont la pointe descend, on tend une ligne entre les deux ancrages, et on fait un nœud simple quelque part sur cette ligne. Ce nœud crée deux boucles — une de chaque côté — et c'est dans ces deux boucles que le mousqueton du primaire vient se clipper. Sous charge, le nœud se cale et la force résultante part dans une direction que sa position détermine.

D'où la seule vraie subtilité du montage : le nœud se positionne avant d'être serré. On passe la sangle dans les deux mousquetons, on ajuste la tension pour visualiser le tracé sans mou excessif, on repère où devrait tomber le primaire — souvent à peu près au milieu, parfois décalé selon la direction dans laquelle on attend la charge — et on confectionne le nœud sans le bloquer. On l'observe alors : si le relais était chargé maintenant, dans quel axe s'alignerait-il ? Généralement vers le bas, puisque c'est le second qu'on va retenir. Quand la position satisfait, et seulement là, on serre fermement.

Le reste redevient standard. Un mousqueton large dans le nœud, en prenant bien les deux brins de part et d'autre, le vachage dessus, le reverso sur ce primaire, et l'assurage du second peut commencer. Ce dernier détail — les deux brins — n'est pas cosmétique : clipper d'un seul côté du nœud revient à faire porter le relais par un seul ancrage, et supprime la redondance qu'on cherchait précisément à obtenir.

Trois choses qui font la différence

La vieille méthode de la simple vrille est à proscrire. Une pratique ancienne consistait à relier les deux points et à donner un demi-tour à la sangle avant d'y clipper le primaire, sans faire de nœud. Le montage paraît malin : il coulisse et s'auto-équilibre. Son défaut est catastrophique. Si l'un des points cède, plus rien n'arrête la sangle : elle file à travers le mousqueton, libère toute sa longueur d'un coup, et l'ensemble de la cordée chute de cette distance avant d'être arrêtée par le point restant — avec une force-choc qui peut emporter le reste. On lit encore ce montage dans de vieux manuels. Il ne se reproduit pas.

Relais à l'anglaise sur deux points écartés — nœud simple central, primaire clippé dans les deux brins
Le nœud central, réglé puis serré, et le primaire qui prend les deux brins de part et d'autre.

Le montage a lui aussi une limite. Le relais à l'anglaise n'améliore réellement la situation que jusqu'à 120 degrés environ. Au-delà, la géométrie reste mauvaise quoi qu'on fasse, et la bonne décision n'est plus un montage plus astucieux : c'est de chercher un troisième point, de déplacer le relais, ou d'installer deux systèmes indépendants. Savoir qu'une technique a un plafond fait partie de la technique.

Il est moins lisible qu'un triangulé, et c'est un risque en soi. Un V est immédiatement compréhensible : n'importe quel partenaire arrivant au relais voit d'un coup d'œil ce qui porte quoi. Une ligne tendue avec un nœud décentré demande une seconde de plus, et c'est une seconde pendant laquelle l'erreur passe. Sur ce montage plus qu'ailleurs, on se donne une vérification finale explicite — les deux brins bien dans le mousqueton, les viroles fermées, le nœud serré — avant de lancer le second.

🏔️ TERRAIN

Ce relais vient de l'alpinisme, et ce n'est pas un hasard : c'est là que les ancrages sont le plus rarement bien espacés. En falaise équipée, il reste anecdotique. En terrain d'aventure, sur des pitons anciens, sur une lunule doublée d'une broche, il devient l'outil normal. C'est une bonne raison de le pratiquer au sol avant d'en avoir besoin en paroi — on ne s'improvise pas sur un montage qu'on n'a jamais fait.

À retenir

  • Le seuil des 80 à 100 cm — au-delà, la triangulation classique ne répartit plus correctement.
  • Régler d'abord, serrer ensuite — un nœud serré trop tôt oriente le relais dans une mauvaise direction — et il faut tout défaire.
  • Les deux brins dans le primaire — de part et d'autre du nœud, sinon la redondance disparaît.
  • La vrille simple est proscrite — sans nœud, la rupture d'un point libère toute la sangle d'un coup.
  • Un plafond à 120° — au-delà, changer de stratégie plutôt que de montage.

FACTEUR HUMAIN

On monte rarement un relais à l'anglaise dans le calme : on y arrive parce que la configuration attendue n'était pas là. La tentation est alors de forcer le montage habituel — sangle un peu courte, angle un peu ouvert, « ça ira ». C'est le moment où reconnaître que le terrain impose une autre solution vaut mieux que la vitesse.

Pour aller plus loin

Cette page explique le principe et la logique de choix. Le chapitre donne la procédure numérotée complète, les points critiques de sécurité, les variantes à plusieurs nœuds pour les configurations très directives, et surtout la comparaison avec les autres montages — double chaise pour des points décalés en hauteur, semi-directionnel quand la traction n'est pas verticale.

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