Thème

Le nœud de chaise
Le huit a une grande qualité — il se vérifie d'un coup d'œil — et une grande limite : il se fait sur une extrémité libre de la corde. Quand l'extrémité n'est pas disponible, il ne sert à rien. C'est là que la famille chaise commence.
En grande voie, il appartient au domaine de l'approfondissement : on grimpe des années sans en avoir besoin, et le jour où il sert, il fait quelque chose qu'aucun autre nœud ne fait aussi bien.
En un coup d\'œil
1
Elle se fait sans extrémité libre
C'est sa raison d'être : une boucle non coulissante là où le huit ne peut pas se faire.
2
Elle ne remplace pas le huit
Moins lisible, et surtout beaucoup moins tolérante à un nœud d'arrêt négligé.
3
Chaise double : les deux ganses clippées
Une seule ganse dans le mousqueton, et le nœud peut se retourner et se défaire. Visuellement, ça semble correct.
⚡ ALERTE
Un nœud de chaise mal fait ou mal sécurisé peut se défaire sous sollicitations alternées. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.
Ce qu'il apporte que le huit n'apporte pas
Le huit se fait sur un bout de corde libre. C'est une évidence tant qu'on s'encorde au pied de la voie — et un mur dès que la situation change. Corde tendue depuis un relais, corde repliée dans un sac, partenaire blessé qu'on ne peut pas désencorder de son baudrier : dans ces cas-là, il n'y a pas d'extrémité à passer dans quoi que ce soit.
La chaise, elle, crée une boucle non coulissante n'importe où, sans dépendre d'un mousqueton et sans avoir besoin du bout de la corde. Trois usages en découlent : l'encordement de secours sur un partenaire qu'on ne peut pas détacher, la longe d'évacuation improvisée — une chaise faite au milieu d'une corde crée une boucle où clipper un mousqueton — et la base du Valdotain, l'autobloquant le plus avancé du répertoire.
Elle a un second visage : la chaise double, qui produit deux boucles sur le même nœud, utilisable dans certaines configurations de main courante et de relais improvisé.

Pourquoi il n'est pas le nœud d'encordement de référence
La question revient régulièrement, parce que la chaise est un excellent nœud. Deux raisons l'écartent en escalade, et la seconde est décisive.
La lisibilité. Un huit correct se reconnaît à ses deux brins parallèles qui suivent le même chemin ; l'erreur saute aux yeux, même à distance, même à quelqu'un qui n'a pas fait le nœud. La chaise se vérifie moins immédiatement, et la vérification croisée au pied de la voie perd de son efficacité.
La tolérance à un arrêt négligé. La chaise nécessite impérativement un nœud d'arrêt — un demi-pêcheur double — serré contre elle. Sans lui, elle peut se retourner et se défaire sous charge cyclique. C'est la différence qui tranche : un huit sans arrêt parfait reste relativement sûr, une chaise sans arrêt parfait est une chaise dangereuse. Une chaise qu'on considère terminée avant l'arrêt est un nœud incomplet.
Le huit reste donc l'encordement de référence — le bon choix dans 99 % des situations de grande voie. La chaise garde le 1 % restant, celui où le huit ne peut pas se faire.

Les usages qui justifient de l'apprendre
Encorder un partenaire qu'on ne peut pas détacher. C'est le cas d'école : un compagnon inconscient ou inaccessible, qu'il faut re-relier à la corde sans pouvoir défaire son encordement. Aucune extrémité libre n'est disponible, et le huit est hors jeu.
Fabriquer une longe d'évacuation. Une chaise faite au milieu d'une corde crée une boucle où clipper un mousqueton, sans consommer de bout ni de matériel.
Fermer un Valdotain. L'autobloquant le plus avancé du répertoire se ferme de deux manières — par tressage, qui est la méthode historique, ou par un nœud de chaise. Maîtriser la chaise ouvre la seconde.
Trois méthodes de confection, et il faut les connaître toutes. Classique « avec le puits », par absorption, kinesthésique pour s'encorder soi-même : selon la position en paroi, la fatigue et la corde disponible, l'une sera plus rapide ou plus fiable que l'autre. Ne maîtriser qu'un geste, c'est se priver d'une option au moment où elle compte.
🏔️ TERRAIN
Toutes les méthodes de confection reposent sur la même image : on crée un puits — une petite boucle ouverte —, on fait sortir le serpent — le brin libre — du puits, on lui fait faire le tour de l'arbre — le brin principal —, et on le fait redescendre dans le puits. Ce n'est pas un caprice pédagogique : une chaise dont on peut suivre du regard le serpent qui tourne autour de l'arbre et redescend est une chaise correctement faite. C'est le seul contrôle visuel simple dont ce nœud dispose.
À retenir
- Sa raison d'être : pas d'extrémité libre — corde tendue, corde en sac, partenaire qu'on ne peut pas désencorder — le huit ne se fait pas, la chaise si.
- Jamais sans demi-pêcheur double — serré contre elle. Sans arrêt, une chaise peut se retourner et se défaire sous charge cyclique.
- Le huit reste le nœud d'encordement — il pardonne un arrêt négligé, la chaise non. C'est la raison décisive.
- Chaise double : les deux ganses dans le mousqueton — même de tailles différentes. Une seule clippée, et le nœud peut se retourner — sans que ça se voie.
- Elle n'est pas facile à défaire — décoiffer la boucle en tirant sur le puits n'a rien d'évident. À pratiquer au sol.
- C'est un nœud d'approfondissement — on peut grimper longtemps sans, et il débloque des situations précises.
FACTEUR HUMAIN
Les nœuds d'approfondissement partagent un défaut : on les apprend en stage, on les trouve élégants, et on ne les refait jamais. Six mois plus tard, le geste a disparu. Mieux vaut en maîtriser deux réellement qu'en connaître huit approximativement — en situation, un nœud hésitant est un nœud qu'on ne fait pas.
Pour aller plus loin
Cette page situe la chaise et ses usages. Le chapitre traite la famille complète — chaise simple, chaise double, les trois méthodes de confection pas à pas — et montre où elle intervient dans l'encordement de secours, la longe d'évacuation et la construction du Valdotain.


