Thème
Chapitre 40 — La cordée en terrain d'aventure
→ Partie 9 — La grande voie en terrain d'aventure : en grande voie équipée, on hérite d'une chaîne de sécurité ; en terrain d'aventure, on la fabrique.
La cinématique d'une longueur ne change pas en terrain d'aventure : on arrive, on se vache, on fait monter le second, on réorganise, on repart. Ce qui change, c'est ce que chaque geste tient. Le relais a été construit par la cordée, les points de la longueur ont été posés par le leader, et c'est le second qui les retire. Ce chapitre ne refait pas les manips des Parties 4 à 6 : il les reprend là où le terrain d'aventure les modifie, et ajoute celles qui lui sont propres — nettoyer, échanger le rack, se replier sur du matériel qu'on abandonne.

⚡ ALERTE
Ce chapitre décrit des techniques qui engagent directement la sécurité de la cordée, sur des protections et des relais qu'elle a posés elle-même. La lecture ne remplace pas l'apprentissage encadré et la pratique supervisée sous la direction d'un guide de haute montagne, d'un moniteur breveté ou d'un grimpeur expérimenté reconnu compétent. Ces manips s'apprennent d'abord au sol, puis en école d'escalade sous l'œil d'un encadrant, et seulement ensuite en paroi.
40.1 Ce qui change pour la cordée
En terrain d'aventure, le temps passé à poser, nettoyer et construire les relais est bien supérieur à celui d'une grande voie équipée. Chaque transition ajoute deux questions : ce relais tient-il dans la direction où il va être chargé ? et avec quel matériel la longueur suivante sera-t-elle protégée ?
| Moment | Ce qui reste identique | Ce que le terrain d'aventure ajoute | Où |
|---|---|---|---|
| Arrivée au relais | Vachage d'abord, annonce ensuite (Ch.13) | Relais à construire, multidirectionnel | Ch.39 |
| Montée du second | Mode guide sur le point central (Ch.13) | Le second nettoie ; en traversée, il doit être protégé | §40.4, §40.5 |
| Regroupement | Vachage du second avant tout démontage | Le rack entier change de baudrier | §40.6 |
| Départ du leader | Renvoi, assurage au baudrier (Ch.13) | Relais qui doit tenir vers le haut, chute sur protection posée | §40.2 |
| Toute la longueur | Mousquetonnage méthodique | Double corde gauche/droite, rallonges, économie de matériel | §40.3, §40.7 |
| Demi-tour | Rappel (Ch.14), réchappes (Ch.15) | Rappels sur matériel abandonné, retraite du leader | §40.8, §40.10, §40.11 |
RAPPEL
Ce chapitre suppose acquises la cinématique du relais (Ch.13), son organisation (Ch.18), la pose des protections (Ch.38) et le relais sur protections mobiles (Ch.39). Les nœuds cités (cabestan, demi-cabestan, mule, huit sur ganse) sont au Ch.11.
40.2 Repartir du relais et assurer le leader sur protections posées
Les premiers mètres d'une longueur sont les plus dangereux : peu de corde sortie, facteur de chute élevé, effort maximal sur le relais. En terrain d'aventure s'y ajoute une faiblesse propre : un relais construit pour tenir le second vers le bas peut sortir d'une simple traction vers le haut.
Contexte d'usage : chaque départ de longueur depuis un relais construit sur protections mobiles, naturelles ou mixtes.
Prérequis : départ du leader (Ch.13 §13.7), relais multidirectionnel et renvoi ([Ch.39 §39.12-39.13](/relais-sur-protections-mobiles#sec-39-12)), orientation et opposition (Ch.38 §38.8).
Matériel nécessaire : une dégaine sur le point haut du relais, prête à servir de renvoi ; l'appareil d'assurage au pontet de l'assureur ; de quoi poser une protection dès les premiers mètres.
Objectif : éviter une chute de facteur proche de 2 sur le relais, et arrêter une chute du leader sans arracher les protections qu'il vient de poser.
40.2.1 Le point de renvoi sur un relais construit
Où placer le renvoi sur un relais de terrain d'aventure, et le point fantôme, sont décrits au Ch.39 §39.13. Côté cordée, la séquence se règle ainsi :
- Vérifier le relais vers le haut avant de toucher à l'assurage. Une chute du leader sur ses premiers points tire l'assureur vers le haut et vers le premier point : c'est le relais qui encaisse dans cette direction. Si aucun point ne tient vers le haut, le compléter (Ch.39 §39.12).
- Renvoi sur le point le plus haut du relais, s'il tient dans toutes les directions ; sur le point central si les ancrages sont douteux.
- Assurer au pontet, par défaut : plus fluide, dynamique, compatible avec tout relais.
- Régler la place de l'assureur avant le départ, puisqu'au relais elle est fixée par sa vache : ne pas pouvoir être projeté contre le relais ou la roche. Une vache un peu plus longue laisse un léger déplacement vers le haut lors d'une chute, ce qui adoucit l'arrêt et soulage les premiers points.
- Vérification croisée, puis séquence de dévachage du leader inchangée (Ch.13 §13.7).
- Première protection au plus vite, idéalement dans les deux premiers mètres. Pour ce premier point, une rallonge en nylon absorbe un peu mieux qu'une sangle Dyneema, sans dispenser d'un assurage dynamique.
⚡ ALERTE — Le renvoi et l'effet poulie
Par effet poulie, le point de renvoi reçoit nettement plus que la force subie par le grimpeur. L'ordre de grandeur souvent avancé, environ 1,6 fois, est à prendre comme indicatif. Un renvoi sur un point douteux isolé, ou sur un point qui ne tient que vers le bas, peut être arraché. Le renvoi va sur un point multidirectionnel irréprochable, ou sur le point central.
40.2.2 Assurer une chute sur protection mobile
Chaque point est posé par le leader : un assurage brutal ou trop lâche peut faire travailler un coinceur au-delà de ce qu'il tient. L'assurage dynamique allonge l'arrêt et diminue l'effort sur le point ; il se dose selon ce qu'il y a sous le grimpeur.
| Situation | Arrêt recherché | Pourquoi |
|---|---|---|
| Dalle, vire ou relief sous le leader | Court | Un arrêt trop long l'emmène dans le relief |
| Point douteux annoncé (câblé peu profond, friend dans une fissure évasée) | Accompagné, souple | Un arrêt souple ménage la pièce |
| Chute près du relais | Dynamisme par la vache un peu longue et la corde | L'assureur vaché ne peut presque pas bouger |
| Mousquetonnage | Donner vite, reprendre dès que c'est clippé | Le leader tire du mou au-dessus du point : instant le plus exposé |
L'effet fermeture éclair menace surtout les premiers points. Quand la corde fait un angle au-dessus d'un point bas, elle le tire vers le haut et vers l'extérieur ; si les premiers points ne tiennent que vers le bas, une chute peut les arracher l'un après l'autre. La parade appartient au leader — premier point multidirectionnel, points orientés vers la ligne de corde réelle, rallonges (Ch.38 §38.8) —, mais l'assureur signale ce que le leader ne voit pas, comme un point qui mériterait d'être rallongé.
Points critiques ⚡
- Relais vérifié vers le haut, renvoi en place avant le premier pas.
- Main de freinage sur la corde en permanence.
- Bout libre relié au relais ou à l'assureur : le système reste fermé.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Partir sans renvoi | Chute de facteur proche de 2 sur l'assureur | Renvoi systématique |
| Renvoi sur un point qui ne tient que vers le bas | Arrachement par effet poulie | Point multidirectionnel ou point central |
| Assureur trop près du relais en départ en traversée | Projection contre la paroi | Se placer en dessous et en retrait |
| Arrêt très sec sur un point douteux | Arrachement du point, chute rallongée | Accompagner quand le terrain le permet |
| Arrêt dynamique au-dessus d'une vire | Leader projeté dans la vire | Arrêt court si relief dessous |
Variantes : point fantôme sur un relais précaire (Ch.39 §39.13). L'assurage directement sur le relais, qui produit les efforts les plus forts sur le relais, se réserve à des ancrages irréprochables.
Limites : le renvoi ne protège que si le relais tient dans la direction de la chute, et il ne remplace pas la première protection.
Nota : l'assureur regarde le grimpeur jusqu'au relais suivant et dit tout de suite ce qu'il voit : dégaine clippée à l'envers, corde derrière la jambe, corde clippée « en Z ».
FACTEUR HUMAIN
L'assureur qui regarde ailleurs ou discute donne mal le mou au moment du clip, alors que c'est en tirant du mou pour clipper que le leader est le plus exposé : les yeux restent sur le grimpeur jusqu'au relais. Quand le leader annonce un point douteux, l'assureur se prépare à accompagner la chute plutôt qu'à bloquer sec (usage répandu). Les annonces se conviennent au pied (Ch.9).
Check-list — Avant le départ du leader
- Nœud d'encordement et baudrier vérifiés par l'autre
- Appareil monté dans le bon sens, mousqueton verrouillé
- Bout de corde fermé
- Relais vérifié vers le haut, renvoi sur le point haut
40.3 La double corde en terrain d'aventure
Le livre est écrit pour deux brins de corde à double (Ch.5). En terrain d'aventure, les longueurs sont rarement rectilignes et les points se répartissent là où le rocher les accepte : la double corde y donne moins de tirage, protège le second en traversée, permet des rappels sur toute sa longueur et garde une redondance si un brin est coupé sur une arête.
Contexte d'usage : longueur sinueuse, traversée, points dispersés de part et d'autre de la ligne.
Prérequis : mousquetonnage en tête (Ch.12), rallonges et tirage (Ch.38 §38.9).
Matériel nécessaire : deux demi-cordes de couleurs différentes ; dégaines extensibles ; anneaux de 120 cm.
Objectif : garder chaque brin droit et conserver la redondance des deux brins.
Procédure :
- Désigner un brin « gauche » et un brin « droit » ; mousquetonner les protections de gauche avec le brin gauche, celles de droite avec le brin droit.
- Sur un itinéraire rectiligne, alterner les brins point après point : usure équilibrée, pas de grand mou à tirer d'un seul brin pour un point haut.
- Ne jamais croiser les brins : tirage important, frottement corde sur corde.
- Rallonger juste assez pour que chaque brin passe droit — chaque centimètre de rallonge s'ajoute à la hauteur de chute. Dans l'axe : dégaine extensible courte ; décalage modéré : dégaine extensible allongée ; décalage fort, toit, traversée : anneau de 120 cm.
- Pour une protection douteuse ou proche du sol, mousquetonner les deux brins sur deux points différents, rapprochés (usage répandu).
- Dans les annonces, nommer la couleur : « du mou sur la rouge ».
Assurer en double corde : pour le leader, donner du mou sur le brin qu'il clippe tout en reprenant l'autre, un doigt glissé entre les deux brins au-dessus de l'appareil pour les gérer séparément. Pour le second, plaquette à deux fentes en mode guide, chaque brin ravalé à sa vitesse ; un appareil à freinage assisté pour corde à simple ne convient pas. Au relais, chaque brin peut être vaché par un cabestan sur son propre mousqueton à vis.
Points critiques ⚡
- Deux brins dans la main de freinage en permanence.
- Une dégaine par brin, jamais les deux brins dans la même.
⚡ ALERTE — Ne pas dépendre d'un seul brin
Une demi-corde seule peut arrêter une chute, mais elle est conçue pour travailler à deux. Un passage où la chute ne serait retenue que par un brin, surtout sur une arête, fait perdre la redondance. Si l'itinéraire l'impose, deux cordes à simple sont préférables.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Brins croisés | Tirage, frottement corde sur corde | Chaque brin de son côté |
| Toujours le même brin sur une section droite | Usure inégale, gros mou pour un point haut | Alterner |
| Dégaines courtes partout | Tirage, points qui sortent | Rallonger chaque point décalé |
| Confondre demi-cordes et jumelées | Usage hors certification | Lire le marquage en bout de corde (« ½ ») |
Variantes : à trois, le leader grimpe sur deux demi-cordes et assure les deux seconds en même temps sur une plaquette en mode guide, chacun sur son brin, avec quelques mètres d'écart entre eux.
Limites : plus de réflexion pour le leader, un assurage plus délicat.
Nota : le brin de chaque point se choisit en pensant à la suite de la longueur — et au second.
40.4 Protéger le second en traversée
En traversée, le leader peut être bien protégé et laisser un second exposé : si la dernière protection est loin derrière lui, le second risque un grand pendule.
Contexte d'usage : toute traversée ou sortie latérale. Prérequis : §40.3 ; la pose côté leader est au [Ch.38 §38.10.1](/poser-ses-protections#sec-38-10-1). Matériel nécessaire : un point de plus et sa rallonge. Objectif : que le second soit assuré du côté où il va.
Procédure :
- Repérer le pas clé. Une longueur trop longue en traversée se coupe de préférence au milieu de la traversée plutôt qu'à son extrémité : le second pendulera moins loin.
- Désigner un brin « haut » et un brin « bas » pour la traversée. Cette façon de faire est peu enseignée en France : la faire valider par un moniteur avant de l'adopter.
- Le leader place une protection après le pas — pas seulement avant —, au niveau du second ou plus haut, sur le brin haut, et la rallonge.
- Il garde l'autre brin pour la suite de la longueur ; si la traversée est longue, il pose régulièrement.
- Sur un pas difficile, il peut placer un point supplémentaire uniquement pour le second.
- Le second décroche au fur et à mesure, protégé par le brin qui va vers l'avant.
Points critiques ⚡ : un point après le pas difficile ; pas de relais au bout d'une traversée quand on peut l'éviter.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Rien après une traversée | Pendule du second | Point après la traversée |
| Relais au bout de la traversée | Grand pendule du second au départ | Arrêter la longueur au milieu |
Variantes, limites : le point pour le second compte dans le budget de matériel de la longueur (§40.7).
Nota : en traversée, c'est le second qui risque le plus. Le leader protège la cordée, pas seulement lui-même.
40.5 Le second nettoie la longueur
En terrain d'aventure, le second récupère les protections : c'est une compétence à part entière, qui conditionne la vitesse de la cordée et l'état du rack pour la longueur suivante.
Contexte d'usage : chaque montée du second. Prérequis : connaître les pièces du rack et la façon dont elles ont été posées (Ch.38). Matériel nécessaire : la clé à coinceurs (décoinceur), reliée au baudrier par une cordelette ou un mousqueton ; le second la porte, avec le kit de retraite. Objectif : tout récupérer sans perte ni dommage, rangé pour l'échange au relais.
Procédure :
- Attendre l'annonce que l'assurage est installé avant de se délonger ; défaire le relais du bas dans l'ordre inverse de sa construction.
- Pour chaque protection, respecter l'ordre : la dégaine ou la sangle reste sur la corde, on décroche la protection, puis la dégaine.
- Coinceur, par force croissante : le remuer doucement dans le sens inverse de la pose ; le taper par-dessous avec la clé ; le frapper par-dessous avec un objet plus lourd, comme un gros excentrique (usage répandu, en ménageant le rocher) ; en dernier recours seulement, tirer vers le haut par le câble, qui s'abîme.
- Friend : tirer la gâchette et le faire glisser dans l'axe de la pose. Pour passer un resserrement, le tortiller doucement, cames rétractées. S'il est trop serré, décoller les cames une par une avec la clé ; gâchette hors d'atteinte, la crocheter avec la clé.
- Pièce qui a tourné en se bloquant : la tourner en sens inverse. Un tricam ne se tire pas par sa sangle, qui le revisse : le faire pivoter à la clé.
- Pièce qui résiste plus de deux à trois minutes (repère d'usage répandu) : prévenir le leader, décider ensemble de l'abandonner.
- Ne jamais lâcher une pièce sans l'avoir mousquetonnée au baudrier ; ranger au fil de la montée — coinceurs ensemble, friends par taille, sangles en bandoulière.
Points critiques ⚡ : protection d'abord, dégaine en dernier ; en traversée, garder le point du brin qui va vers l'avant (§40.4).
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Dégaine décrochée avant la protection | Pièce lâchée, perdue | Protection d'abord |
| Tirer dans tous les sens sur un câblé | Pièce plus coincée, câble abîmé | Sens inverse de la pose, puis clé |
| S'acharner seul sans prévenir | Perte de temps, cordée refroidie | Annoncer, fixer une limite de temps |
| Matériel rangé en vrac | Échange au relais long et risqué | Ranger par famille |
Variantes : une dégaine extensible allongée se remet en forme courte au relais ou passe en bandoulière.
Limites : une pièce mal posée peut rester irrécupérable — friend serré à fond, ou qui a « marché » vers le fond d'une fissure faute de rallonge. La récupération commence à la pose.
Nota : en déséquipant, le second juge chaque pose avant de la retirer : l'aurait-il posée pareil ?
DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE
Le second range le rack pendant la montée dans l'ordre qui facilitera l'échange au relais. La bandoulière passe alors entière, déjà rangée.
40.6 Échanger le rack au relais
En terrain d'aventure, c'est tout le rack qui change de baudrier — coinceurs, friends, rallonges, matériel de relais —, sur un relais souvent étroit. C'est le moment où une pièce se perd.
Contexte d'usage : chaque changement de leader, et chaque relais en leader fixe. Prérequis : organisation du départ (Ch.13 §13.6), transitions (Ch.18). Matériel nécessaire : bandoulière ; un mousqueton « étagère » sur le relais. Objectif : transférer vite, sans rien lâcher, et faire partir le leader avec ce qu'il faut pour la longueur et pour le relais suivant.
Le choix entre alterner les longueurs (réversible) et enchaîner (en blocs) se fait au pied ; il pèse davantage ici, parce qu'il décide de combien de fois le rack change de main.
| Critère | Réversible | En blocs |
|---|---|---|
| Rapidité au relais | Plus rapide : corde dans le bon sens, matériel sur le nouveau leader | Plus lent : retourner la corde, transférer le matériel |
| Fatigue | Repos partagé | Le leader reste « dans sa voie » |
| Écart de niveau, cordée de trois | Peu adapté | Adapté : le plus fort mène les longueurs clés |
Procédure :
- Le second, vaché, annonce ce qu'il a récupéré ; le futur leader dit ce qu'il veut emporter. Le topo et la vue de la longueur décident.
- Rack sur sangle : le second passe la bandoulière entière, déjà rangée. C'est la méthode la plus rapide.
- Rack au baudrier : pièce par pièce, chaque pièce clippée sur le porte-matériel du receveur avant d'être décrochée de celui du donneur.
- Relais encombré : clipper les pièces sur un mousqueton du relais (« étagère »), le leader se sert.
- En blocs : retourner la pile ou les boucles de corde pour que le brin du leader soit dessus.
- Inventaire avant départ : coinceurs, friends, dégaines longues, sangles, et de quoi construire le relais suivant.
⚡ ALERTE — Une pièce est toujours attachée
Une pièce est toujours mousquetonnée à quelque chose : un baudrier, une sangle, le relais. Elle ne passe jamais de main en main sans attache. Et personne ne se délonge pour « gagner de la place » : on ajuste la longueur de son cabestan.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Pièce tendue de la main à la main | Pièce perdue dans la face | Clipper chez le receveur avant de décrocher |
| Leader parti avec tout le matériel de relais | Relais suivant impossible | Garder de quoi faire un relais complet |
| Oublier de retourner la corde en blocs | Emmêlements au départ | Retourner la pile |
| Démonter le mode guide avant d'avoir vérifié le vachage du second | Le second n'est plus attaché à rien | Vachage vérifié avant tout démontage |
Ordre des opérations : celui du Ch.13, sans variante. Le second se vache, le leader vérifie ce vachage, puis seulement démonte le mode guide (§13.5) ; vient ensuite l'échange du rack et la vérification mutuelle (§13.6) ; enfin l'assureur installe le renvoi et son appareil avant que le leader ne se dévache (§13.7).
Variantes : aucune pour l'ordre des opérations, qui reste celui du Ch.13.
Limites : la bandoulière accélère l'échange mais n'organise rien : un rack rangé en vrac passe en vrac.
Nota : l'échange se fait pendant que l'assureur prépare son appareil ; boire, manger et relire le topo aussi. Chaque minute gagnée se multiplie par le nombre de longueurs.
40.7 Économiser le matériel sur une longueur
Une longueur de terrain d'aventure se protège avec ce qui reste sur le baudrier au moment où l'on en a besoin, et le relais du haut se construit avec ce qui reste à la fin. L'économie se décide donc au relais, avant de partir.
Contexte d'usage : chaque longueur, surtout quand le crux ou le relais demandent des tailles précises. Prérequis : lecture de la voie (Ch.36), composition du rack (Ch.37), économie de matériel côté leader ([Ch.38 §38.10.2](/poser-ses-protections#sec-38-10-2)). Matériel nécessaire : le rack après échange. Objectif : ne jamais manquer de la pièce du passage décisif ni de quoi faire le relais.
Procédure :
- Repérer sur le topo et depuis le relais les passages qui exigeront des tailles précises : fissure du crux, relais à construire.
- Réserver les pièces correspondantes : ne pas les « dépenser » plus bas.
- Dans le facile, préférer protections naturelles et coinceurs ; garder les friends pour les passages où il faudra poser vite.
- Utiliser les points en place fiables, après évaluation (Ch.38 §38.11).
- Garder de quoi faire le relais : deux ou trois pièces adaptées, ou les points en place connus.
- Si le rack s'épuise, faire un relais plus tôt plutôt que d'espacer dangereusement les points.
⚡ ALERTE — L'économie ne se fait pas sur la protection
La règle qui décide reste d'avoir en permanence au moins deux bons points entre soi et l'accident, car un point mobile peut sortir. Le terrain facile, fait de vires, de blocs et de dalles couchées, ne se sous-protège pas : une chute courte y est déjà grave. Économiser, c'est choisir quelle pièce poser, pas poser moins.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Tailles du crux dépensées plus bas | Rien d'adapté au moment décisif | Repérer et réserver |
| Sous-protéger le facile | Chute courte mais grave | Protéger selon ce qu'il y a dessous |
| Un seul kit de relais pour la cordée | Relais suivant impossible | Deux kits relais |
Variantes, limites : un rack trop maigre pour la voie ne s'économise pas : cela se règle au pied, en le composant (Ch.37).
Nota : le point pour le second en traversée (§40.4) fait partie du budget de la longueur.
40.8 Renoncer et descendre sur matériel abandonné
En terrain d'aventure, la ligne de rappel n'existe pas toujours : il faut la fabriquer avec du matériel qu'on laisse derrière soi. La meilleure réchappe est celle que l'on décide tôt, avec du temps, du matériel et de l'énergie.
40.8.1 Décider de renoncer
La décision est traitée au Ch.28. Le terrain d'aventure y ajoute quelques points :
- Signaux propres : une longueur qui prend deux fois plus que prévu, un rocher plus mauvais que prévu, un matériel insuffisant faute de pièces de la bonne taille.
- Décider au relais, à chaque relais, au calme, par rapport à l'heure limite fixée au pied.
- Monter est parfois plus sûr que descendre : une sortie proche et facile vaut mieux que dix rappels sur matériel abandonné.
- Se méfier de la traînée de réchappe : des ancrages abandonnés hors itinéraire indiquent que d'autres se sont perdus là.
- Le matériel se rachète : refuser de l'abandonner retarde la cordée et pousse à la prise de risque.
| Situation | Méthode | Où |
|---|---|---|
| Leader en pleine longueur | Retraite du leader | §40.10 |
| Terrain facile en dessous | Désescalade assurée | Ci-dessous |
| Relais équipé en bon état | Rappel, mousqueton ou maillon ajouté | Ch.14, Ch.15 |
| Relais en place douteux | Renforcer, relais de secours retiré par le dernier | §40.11 |
| Arbre, becquet, lunule sains | Rappel sur sangle ou cordelette abandonnée | §40.8.2 |
| Rien de tout cela | Rappel sur coinceurs ou pitons abandonnés | §40.8.2 |
Désescalade assurée. Sur terrain facile, elle est souvent plus rapide et n'abandonne rien. Le premier descend assuré du haut en posant des protections, monte un relais sûr en bas et assure le second ; le dernier, le plus fort, descend en récupérant les pièces, protégé par le haut. Dans les voies engagées, on ne grimpe pas ce que l'on ne saurait pas désescalader.
40.8.2 Quoi abandonner selon l'ancrage
Un rappel régulier charge l'ancrage toujours vers le bas : il n'a pas besoin d'être multidirectionnel, mais doit rester solide, redondant, sans allongement. Rebonds, sauts et balancements créent des pics de charge : on descend souplement.
| Situation | Ce qu'on abandonne | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Relais sur goujons en bon état | Un mousqueton ou un maillon | Corde jamais directement dans une plaquette |
| Relais en place avec sangles anciennes | Une cordelette neuve et un mousqueton | UV, abrasion, fusion, rongeurs, raideur : supposer le pire |
| Arbre gros et bien enraciné | Sangle ou cordelette au pied de l'arbre, mousqueton ou maillon | Jamais la corde autour du tronc : impossible à rappeler |
| Becquet solide | Sangle ou cordelette à la base | Tester le becquet, vérifier que la sangle ne peut pas glisser |
| Lunule saine | Cordelette nouée en anneau | Pourquoi le trou existe-t-il ? Vérifier la roche autour |
| Coinceurs uniquement | Deux coinceurs, câblés de préférence, et une cordelette | Deux points minimum ; les câblés coûtent moins cher que les friends |
| Piton en place ou planté | Le piton, cordelette ou mousqueton | Doubler par un coinceur ; tête rouillée, intérieur pire |
| Dernier recours | Une partie de la corde | Uniquement si rien d'autre n'est possible |
⚡ ALERTE — Jamais la corde sur la sangle
La corde frotte toujours sur du métal — maillon rapide, mousqueton —, jamais directement sur une sangle ou une cordelette : nylon contre nylon, la friction du rappel fait fondre la sangle. Un mousqueton simple abandonné se neutralise (doigt bloqué au ruban adhésif, ou deux mousquetons doigts opposés) : c'est l'élément unique qui porte la corde.
Procédure — rappel sur coinceurs abandonnés :
- Rester vaché pendant toute l'installation. Vaché sur une sangle Dyneema, ne jamais monter au-dessus du point de vachage : une petite chute sur une sangle statique peut la rompre.
- Placer deux points proches et indépendants, par exemple un coinceur et un piton.
- Passer une cordelette de 2 à 3 m dans les deux points, former un U, nouer les deux brins par un nœud de bout plat, queues d'au moins 8 cm.
- Créer le point central par un nœud simple, y placer un mousqueton à vis ou un maillon.
- Passer la corde, la centrer, nœud en bout de chaque brin, puis rappel comme au Ch.14.
Un relais de réchappe se monte rarement au bon endroit pour la corde. S'il est bas et loin du bord, la corde fait un angle droit sur l'arête et le nœud se plante : on le prolonge avec une cordelette par-dessus le bord, ou on fait un premier rappel court. Le premier descendu teste le tirage avant que le dernier quitte le relais. Si la corde reste coincée, la résolution est au Ch.23 ; la méthode préférée est de regrimper en tête sur le brin récupéré, en posant des protections.
Points critiques ⚡ : corde sur du métal ; nœud en bout de chaque brin ; ne pas économiser au détriment de la solidité — abandonner ce qu'il faut.
Limites : quand aucun ancrage fiable n'existe pour descendre, appeler les secours (112), sans attendre.
40.9 Autosecours : ce que le terrain d'aventure change
Bloquer l'appareil, se dégager, hisser, remonter sur la corde : ces manips sont décrites aux Ch.20, Ch.21 et Ch.22. Elles s'appliquent telles quelles, à une différence près : elles reposent sur un relais construit par la cordée, dont la tenue dans la nouvelle direction de charge doit être vérifiée avant toute manip.
| Manip | Ce que le terrain d'aventure change | Réflexe |
|---|---|---|
| Se dégager du système | La traction change de direction ; un relais avec une seule pièce tenant vers le haut doit être complété | Renforcer le relais pour la future direction de traction avant de commencer |
| Second en mode guide | L'assureur est déjà presque dégagé | Bloquer l'appareil par une mule et sa clé |
| Hisser, mouflage | L'effort sur le relais est multiplié ; un autobloquant coincé dans une fissure le fait exploser | Renforcer avant de hisser ; système simple, rectiligne, sans frottement inutile |
| Matériel disponible | Le leader peut avoir tout le rack sur lui | Réorganiser pièces et cordelette ; chacun porte son kit |
| Remonter sur la corde | Ne remonter que sur une corde réellement amarrée | Nœuds de sauvegarde au pontet, renouvelés |
| Auto-assurage pour rejoindre un partenaire | Technique à part entière, avec ses propres dangers | Ne pas l'improviser |
RAPPEL
Avant d'agir, faire un plan et se demander de combien la manip augmente le risque. Il existe souvent plus simple : descendre le second sur une vire, ou lui faire remonter la corde aux autobloquants. Appeler les secours (112) sans attendre en cas de doute sur sa capacité à régler le problème, sans ancrage fiable pour descendre, ou si l'état du partenaire dépasse ce que les techniques connues permettent de gérer.
Check-list — Kit de réchappe porté sur soi
- 10 m de cordelette de 6 mm par personne, un couteau
- 2 maillons ou mousquetons à abandonner, du ruban adhésif
- Deux autobloquants personnels, dont un autobloc pour le rappel
- Une sangle courte et une sangle longue, 4 mousquetons simples standards
- Un bloqueur à poulie, seulement si l'on maîtrise son usage
- Frontale, téléphone chargé (112)
POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LES GRANDES VOIES
Les sections suivantes s'adressent aux leaders expérimentés — retraite du leader en pleine longueur, rappels sur ancrages douteux, corde tendue. On peut passer directement au chapitre 41 — Grimper les fissures.
40.10 Retraite du leader en milieu de longueur (⊕)
Contexte d'usage : le leader est bloqué en pleine longueur — passage trop dur, rocher pourri, orage — et ne peut ni avancer ni rejoindre un relais. En terrain d'aventure, il redescend sur ses propres pièces.
Prérequis : rappel (Ch.14), relais sur protections mobiles (Ch.39). Matériel nécessaire : pièces à abandonner, de quoi monter un relais intermédiaire, une sangle pour se longer, idéalement une seconde corde. Objectif : ramener le leader sans jamais mettre son poids sur une seule pièce douteuse.
Cas simples d'abord : désescalader jusqu'au dernier bon point ou au relais ; à moins d'une demi-longueur de corde de l'assureur, se faire descendre en moulinette sur le point le plus haut, doublé ; rejoindre un relais proche en tirant sur le matériel, en artif ou en pendule.
Procédure — plus d'une demi-corde, une seule corde :
- Doubler le point le plus haut (seconde pièce égalisée, ou pièces laissées juste en dessous).
- Se faire descendre jusqu'à un endroit où un relais peut être monté ; le monter et s'y longer avec une sangle.
- Ravaler de la corde à travers ce relais, faire un huit sur ganse et le clipper au pontet.
- Se désencorder du bout, tirer le bout à travers le point du haut et le relais, se réencorder.
- Défaire le huit ; l'assureur reprend le mou ; se délonger et se faire descendre en moulinette jusqu'à l'assureur ou à un autre relais.
Procédure — deux cordes : clipper le milieu de la seconde corde dans la plus haute pièce fiable ; descendre en rappel sur ce brin double en restant assuré sur l'autre corde, en récupérant les protections ; au plus d'une demi-longueur de cette corde, monter un relais et recommencer.
Points critiques ⚡ : point de moulinette doublé ; longe au relais et huit au pontet avant de défaire l'encordement ; nœud en bout de corde côté assureur.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Moulinette sur une seule pièce douteuse | Arrachement, chute jusqu'au relais | Point haut doublé |
| Se désencorder avant d'être longé et sauvegardé | Chute | Sangle au relais et huit au pontet d'abord |
| Descendre au-delà de la demi-corde | Le bout passe dans l'assurage | Nœud en bout côté assureur, compter |
| Pendu loin du rocher en dévers | Impossible de rejoindre un relais | Sangle reliée à la corde |
Variantes : en traversée ou en dévers, rester relié à la corde par une sangle pour ne pas pendre loin du rocher.
Limites : chaque point doublé et chaque relais intermédiaire sont des pièces abandonnées ; sur une longue retraite, le rack diminue à chaque étape.
Nota : le matériel coûte toujours moins qu'une blessure ; il pourra parfois être récupéré plus tard, par le haut.
40.11 Ancrages de rappel douteux : le point de secours retiré par le dernier (⊕)
Contexte d'usage : le relais trouvé ou construit pour descendre n'inspire pas confiance — pitons rouillés, sangles délavées, vieux maillons. Prérequis : §40.8. Matériel nécessaire : une pièce indépendante pour le secours, de quoi renforcer. Objectif : tester le relais principal avec un filet, et ne récupérer ce filet que si rien n'a bougé.
Quatre options, dans l'ordre : désescalade assurée si le terrain le permet (§40.8.1) ; renforcer, en ajoutant ses propres points à ce qui existe plutôt qu'en remplaçant ; relais de secours retiré par le dernier ; sur rocher instable, rappels en zigzag, par une petite traversée ou un pendule, pour que le relais suivant ne soit pas dans l'axe des pierres que la corde fait tomber.
Procédure — relais de secours :
- Installer le rappel sur le relais principal, aussi bon que possible.
- Poser un point de secours indépendant (coinceur, piton, becquet), orienté pour tenir dans toutes les directions possibles.
- Le relier à la corde ou au relais principal avec un léger mou : il ne travaille pas tant que le principal tient.
- Le plus lourd descend en premier, secours en place ; celui qui reste observe le relais principal pendant toute la descente.
- Si rien n'a bougé, le dernier retire le point de secours et descend le plus souplement possible.
- Si quelque chose a bougé : ne pas retirer le secours ; renforcer encore, ou l'abandonner.
Points critiques ⚡ : secours indépendant et non tendu ; le plus lourd d'abord ; le dernier sans rebond.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Point de secours tendu | Il partage la charge et masque la faiblesse du principal | Léger mou |
| Le plus léger descend en premier | Test non représentatif | Le plus lourd d'abord |
| Remplacer au lieu d'ajouter | On perd un point existant | Ajouter ses points aux anciens |
| Dernier qui rebondit | Pic de charge sur un relais douteux | Descente lente et régulière |
Variantes, limites : le dernier descend seul sur le relais principal ; sa seule marge est la souplesse de sa descente.
Nota : abandonner le point de secours quand le doute persiste fait partie de la procédure.
40.12 La corde tendue (⊕)
En corde tendue, les deux grimpeurs avancent en même temps, encordés, avec des protections entre eux : le premier pose, le dernier nettoie. La cordée gagne beaucoup de temps, au prix d'un risque majeur : plus aucun assurage dynamique entre les deux grimpeurs. Elle se réserve aux terrains faciles et aux grimpeurs expérimentés.
⚡ ALERTE — Une chute du second arrache le premier
En corde tendue, une chute du second tire le premier violemment vers son dernier point, sans assurage dynamique, et le point peut céder. Ce n'est pas un mode d'escalade par défaut. Elle suppose un terrain nettement en dessous du niveau des deux grimpeurs, où la chute est très improbable ; un rocher sain ; une pose de protections et des relais maîtrisés ; une bonne pratique de l'autosecours. À éviter avec un débutant, sur rocher instable, en terrain mal protégeable, ou là où une chute entraînerait l'autre dans le vide. En terrain d'aventure, c'est une technique avancée.
Contexte d'usage : longue voie facile où la vitesse est une sécurité (orage annoncé, risque de bivouac) ; approche ou descente exposée où la chute est peu probable mais grave ; tronçon à peine plus long que la corde, pour éviter un relais inconfortable.
Prérequis : pose et relais maîtrisés (Ch.38, Ch.39), autosecours pratiqué (§40.9). Matériel nécessaire : le rack, et de quoi faire un relais à tout moment. Objectif : progresser ensemble sans jamais moins de deux points entre les grimpeurs.
Procédure (version alpine) :
- Le second prend quelques anneaux de buste, arrêtés par un nœud mousquetonné au pontet, pour régler la distance (usage répandu) : courte, de quelques mètres à une quinzaine, en arête et terrain facile.
- Le premier pose régulièrement et veille à ce qu'il y ait toujours au moins deux protections entre les grimpeurs ; le second n'enlève une pièce que si une autre est en place plus haut.
- Utiliser le relief : faire passer la corde derrière un becquet ou de l'autre côté d'une arête offre un ancrage naturel.
- Avancer au même rythme pour éviter l'effet accordéon ; si le premier s'arrête pour poser, le second s'arrête à un bon endroit.
- Le premier garde toujours de quoi faire un relais. Dès que le terrain se raidit ou devient douteux, il repasse en assurage classique.
Points critiques ⚡ : deux points minimum entre les grimpeurs en permanence ; critère de retour à l'assurage convenu avant de partir.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Moins de deux points entre les grimpeurs | Une chute du second arrache le premier | Toujours au moins deux protections |
| Le second retire un point avant que le suivant soit posé | Plus rien ne retient la cordée | Retirer seulement si un point est en place plus haut |
| Bloqueur sur un point rallongé ou douteux | Arrachement ou retournement du bloqueur | Point solide, multidirectionnel, sans rallonge |
| Corde tendue sur un passage difficile « pour gagner du temps » | Chute probable aux conséquences graves | Repasser en assurage |
| Effet accordéon | Chute plus longue, choc plus fort | Même rythme, s'arrêter ensemble |
| Euphorie de la vitesse | Prise de risque croissante | Le premier annonce le plan et surveille le second |
Variantes : un bloqueur de progression, posé directement sur un point multidirectionnel solide — idéalement un ancrage fixe, sans rallonge —, laisse filer la corde vers le premier et la bloque si le second tombe ; on en pose un nouveau avant que le second ne retire l'ancien. Son usage s'apprend en formation.
Limites : le bloqueur charge fortement la corde et le point, peut se retourner sur un tracé sinueux ou sur rallonge, fonctionne mal sur corde mouillée ou gelée ; si le premier désescalade, le second ne peut pas reprendre le mou.
Nota : la corde tendue ne se justifie que sur un terrain où la chute est très improbable ; dès que le terrain se raidit ou devient douteux, on repasse en assurage classique.
🏔️ TERRAIN — Corde tendue courte ou longue
En France et dans les Alpes, la corde tendue se pratique surtout en terrain d'alpinisme facile, corde courte, anneaux de buste tenus en main, en s'appuyant sur le relief et quelques points ou bloqueurs. La pratique britannique et nord-américaine décrit une corde tendue « longue » — une trentaine de mètres entre les grimpeurs, un appareil à freinage assisté sur chacun — pour enchaîner de grandes voies faciles. Ce sont deux techniques différentes.

À PRATIQUER AU SOL
- Blocage d'appareil : nœud de mule et clé sur la plaquette, sous charge, puis le défaire — mains libérées sans perdre le grimpeur.
- Dégagement du système avec un sac lesté en guise de grimpeur — ordre des étapes, aucun relâchement prématuré.
- Relais chronométré sur deux ou trois points, contrôlé par un tiers — points indépendants, répartition, solidité.
- Promenade de pose (Ch.38), en ajoutant le retrait de chaque pièce comme le ferait le second — retrait possible sans forcer.
- Remontée sur corde, mouflage, frein à mousquetons au pied d'une falaise, sous moulinette.
Toujours avec un partenaire, et un système doublé tant que la technique n'est pas acquise : c'est la répétition physique qui permet d'improviser le jour venu.
