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P9La grande voie en terrain d'aventure

Chapitre 38Poser ses protections

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Chapitre 38 — Poser ses protections ​

→ Partie 9 — La grande voie en terrain d'aventure : en grande voie équipée, on hérite d'une chaîne de sécurité ; en terrain d'aventure, on la fabrique.

En grande voie équipée, le point est déjà là : on le regarde, on mousquetonne, on monte. En terrain d'aventure, il n'existe qu'au moment où on le pose, au terme d'une suite de petites décisions : ce rocher est-il sain, quelle forme a-t-il, quelle pièce y entre, vers où tirera la corde, faut-il rallonger. Le chapitre suit cet ordre, puis traite la densité des points et les points trouvés en place.

Le rack a été posé au Ch.37 ; le mousquetonnage de base reste celui du Ch.12. Ce qui change ici, c'est que la qualité du point dépend entièrement de celui qui le pose.

⚡ ALERTE

Ce chapitre décrit des techniques qui engagent directement la sécurité de la cordée. Poser une protection mobile ne s'apprend pas dans un livre : la lecture du rocher et la qualité d'un placement se construisent d'abord au sol, au pied des voies, puis en tête simulée, puis en tête sur des voies nettement en dessous de son niveau, en faisant valider ses poses par un guide de haute montagne, un moniteur breveté ou un grimpeur de terrain d'aventure expérimenté. La lecture ne remplace pas cet apprentissage encadré.


38.1 Lire le rocher avant de poser ​

La meilleure pièce posée dans un rocher pourri ne tient rien. Une protection pousse sur le rocher : un friend écarte les deux lèvres de la fissure, environ deux fois la traction ; un coinceur coincé en coin peut pousser bien davantage. Derrière une écaille, cela suffit à la décoller. Avant de choisir une pièce, on juge donc le support.

Contexte d'usage : à chaque point, avant même de regarder le rack.

Prérequis : connaître les grandes familles de roche et leurs pièges (Ch.31 §31.2).

Matériel : aucun — les mains, les yeux, l'oreille.

Objectif : décider en quelques secondes si le rocher peut porter une protection, et d'où viendra la traction.

Procédure numérotée :

  1. Regarder la forme : fissure parallèle, étranglement, trou, évasement, bloc, arbre.
  2. Taper le rocher autour du plat de la main : un son creux est suspect (pratique courante).
  3. Vérifier qu'aucune des deux lèvres de la fissure n'est une écaille détachée.
  4. Repérer cristaux, bosses, boue, eau, lichen ou poussière là où la pièce portera.
  5. Imaginer la direction de la traction : vers où partira la corde après ce point ?
  6. Si le rocher est douteux, chercher un autre emplacement plutôt que de poser « quand même ».
RocherComportement typiqueConséquence pour la pose
Granite, gneiss sainLe plus fiable en généralFriends et câblés, en surveillant cristaux et feuillets
CalcaireTrès variable : arêtes cassantes, blocs posés, trousTester chaque lèvre ; lunules et becquets à évaluer
Grès à patineCroûte dure sur un cœur tendreSous charge, les cames peuvent percer la croûte et riper : préférer des appuis larges, doubler

Points critiques de sécurité ⚡ : ne jamais protéger dans une écaille creuse ou un bloc douteux, ni avec un friend ni avec un coinceur : le friend écarte les lèvres, le coinceur pousse en coin, et la protection peut arracher l'élément entier. On cherche un placement dans le rocher massif. Un bloc ne se juge pas à son volume : un gros bloc peut être simplement posé.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Poser sur des cristaux ou des bossesCristal qui casse, point qui sauteViser les zones lisses et homogènes
Ignorer l'humidité ou la boueFriend qui glisseNettoyer, ou choisir un coinceur en étranglement
Ne pas anticiper la direction de la cordePoint arraché par une traction latéraleToujours visualiser la ligne de corde avant de poser

Variantes : un bloc qui sonne creux peut, au mieux, servir de prise en poussée, jamais en traction et jamais de support de protection. On ne pose dans un bloc que s'il fait partie de la masse rocheuse.

Limites : le tapotement et l'observation relèvent de la pratique courante ; ils ne dispensent pas de la règle des deux bons points (§38.10).

Nota : cette lecture s'entraîne au pied des voies (§38.4, encadré À PRATIQUER AU SOL).

FACTEUR HUMAIN

En rocher douteux, chaque passage réussi renforce une fausse confiance ([Ch.36 §36.4.2](/lire-et-choisir-une-voie-de-terrain-d-aventure#sec-36-4-2)), et la fatigue ou l'horaire poussent à poser « quand même ». Grimper jusqu'à un meilleur emplacement reste la bonne réponse.

38.2 Choisir la pièce : la forme commande ​

Une protection transforme une forme du rocher en point d'ancrage, selon trois logiques : active (le friend pousse sur les parois grâce à ses ressorts), passive (la pièce se coince parce qu'elle est plus grosse que le passage en dessous d'elle) et naturelle (une sangle entoure une forme du rocher ou un arbre). Le choix ne part donc pas du rack, il part de la forme.

Forme du rocherPremier choixAlternativeÀ éviter
Fissure qui se resserre vers le bas (étranglement)Coinceur câblé, la plus grande taille qui s'ajusteExcentrique en passifFriend si l'étranglement est franc : il serait moins sûr que le coinceur
Fissure parallèleFriend, cames à mi-courseExcentrique en rotation, tricamCoinceur : rien pour le retenir
Fissure évasée vers l'extérieurFriend offset ou à tête étroiteCoinceur offsetFriend standard trop ouvert ; tricam en passif
Trou ou poche (calcaire)Petit friend à tête étroitePetit tricamFriend large qui ne rentre qu'à moitié
Fissure horizontaleFriend, cames extérieures en basTricam, excentrique (sangle sortant par le haut)Coinceur sans opposition
Fente très fineMicro-coinceur laiton, coinceur offsetMicro-friendEn faire son unique point avant un pas dur
Lunule, becquet, arbre, bloc coincéSangleCordeletteCorde passée directement autour
Fissure en rocher douteux, derrière une écailleAucuneGrimper jusqu'à un meilleur emplacementToute pièce : friend (effet d'écartement) comme coinceur (effet de coin)

Une fois la pièce choisie, deux questions restent avant de mousquetonner. Le point doit-il tenir vers le haut ou de côté ? Si oui, on ajoute une opposition ou on choisit un friend (§38.8). Où passera la corde ? La réponse fixe la rallonge (§38.9).

DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE

Sur un rack qui mélange les marques, la correspondance des couleurs entre fabricants piège : devant la fissure, on raisonne en largeur, pas en numéro (Ch.37 §37.2).

Rack de coinceurs mécaniques et de coinceurs câblés alignés sur une fissure de grès rouge
Chaque forme du rocher appelle sa pièce. Le choix se fait en regardant la fissure, pas le baudrier.

38.3 Poser un friend ​

Quatre poses de friend comparées : correcte avec cames à mi-course et tige dans l'axe de la charge, trop ouverte en appui sur la pointe des cames, trop serrée et irrécupérable, tige de travers dans une fissure évasée
Figure 38.1 — Pose d'un friend : correcte, trop ouverte, trop serrée, mal orientée.

Un friend tient par la poussée de ses cames. Il doit être ni trop ouvert — il glisse ou se retourne, comme un parapluie qu'on tirerait dans un encadrement de porte — ni trop fermé — il tient, mais devient irrécupérable. La zone utile se situe aux alentours de la mi-course : ni presque ouvert, ni rentré à fond.

Contexte d'usage : fissures parallèles et horizontales, trous de calcaire pour les petites tailles à tête étroite. Il se pose d'une main : on le garde pour les passages où il faudra poser vite.

Prérequis : savoir lire le rocher (§38.1) ; connaître son rack (Ch.37) ; avoir posé des friends au sol et fait critiquer ses poses par un grimpeur expérimenté.

Matériel : le friend ; une rallonge adaptée (dégaine longue, dégaine extensible ou sangle) ; la clé à coinceurs côté second.

Objectif : poser un friend qui tient, ne bouge pas et se récupère.

Procédure numérotée :

  1. Estimer la largeur de la fissure et choisir la taille dont les cames seront à mi-course.
  2. Rétracter les cames, introduire le friend sans forcer, assez profond pour que les quatre cames soient au contact, sans aller au fond hors de portée.
  3. Relâcher la gâchette et observer : les quatre cames doivent toucher, avec une ouverture comparable.
  4. Orienter la tige dans la direction de la traction prévue — pas dans l'axe de la fissure si la corde part de côté.
  5. En fissure horizontale, mettre les cames extérieures en bas.
  6. Tirer franchement dans la direction de charge pour vérifier qu'il ne glisse ni ne tourne.
  7. Mousquetonner avec une rallonge adaptée (§38.9) pour éviter qu'il « marche ».
À gauche, friend sur dégaine courte qui tourne et se déplace à chaque mouvement de corde partie de côté ; à droite, friend rallongé qui reste dans sa position initiale
Figure 38.2 — Sur dégaine courte, le friend « marche » ; rallongé, il reste en place.

Points critiques de sécurité ⚡ : les quatre points de la check-list ci-dessous. Sur dégaine courte, le friend marche à chaque mouvement de corde : il tourne, remonte ou s'enfonce — il sort, ou devient irrécupérable.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Choisir trop petit pour aller viteFriend trop ouvert, tient malPrendre la taille dont les cames sont à mi-course
Forcer un friend trop grosBloqué, perduPrendre la taille en dessous
Dégaine courte sur un friendIl marche à chaque mouvement de cordeRallonger systématiquement
Fissure sale, humide ou boueuseFriction réduite, le friend glisse à la chuteNettoyer, ou coinceur, excentrique, tricam
Cames extérieures sur l'arrondi de l'entréeLe friend bascule vers l'extérieurPlacer un peu plus profond, cames sur la paroi principale

Variantes :

  • Peu profond : cames extérieures du côté où il y a le plus de rocher.
  • Au-dessus d'un étranglement : le friend ne peut plus marcher vers le bas ; placement très stable.
  • Évasement : légèrement évasée vers le haut, excellente ; fortement évasée vers le haut, rallonger ou passer à un coinceur ; évasée vers l'extérieur ou vers le bas, chercher une section parallèle.
  • Friend offset : petites cames au fond, grandes vers l'extérieur — fissures évasées, trous de pitons.
  • Horizontale : une tige rigide fait levier sur l'arête — la rallonger et l'orienter au mieux.

Limites : le friend est lourd, il peut marcher, il pousse sur les écailles, et il est plus sensible que les pièces passives à la saleté, à l'humidité et au gel. Certains friends se coincent comme un coinceur, en pose passive, mais moins bien qu'un vrai coinceur : dernier recours.

Nota : même pressé, on regarde les quatre cames après avoir relâché la gâchette.

38.3.1 Retirer un friend : ce qui se joue à la pose ​

La récupération se décide à la pose : un friend serré à fond, enfoncé hors de portée ou qui a marché vers le fond faute de rallonge devient irrécupérable. Le geste du second — gâchette, glissement dans l'axe de la pose, clé à coinceurs — est décrit au Ch.40 §40.5.

CHECK-LIST — Friend posé

  • Les quatre cames touchent, à mi-course
  • La tige pointe vers la future traction
  • Le rocher est massif et propre
  • Le point est rallongé

38.4 Poser un coinceur câblé ​

Trois poses de coinceur comparées : correcte dans un étranglement avec contact sur les deux faces, à éviter avec contact sur un seul point en fissure évasée, à éviter avec un étranglement orienté vers le haut qui ne retient rien
Figure 38.3 — Pose d'un coinceur : étranglement, contact, orientation.

Un coinceur tient par la forme du rocher, pas par une force propre. Il lui faut un étranglement : un passage qui se resserre dans la direction de la traction. Plus la surface de contact est grande, plus il est solide : on prend la plus grande taille qui s'ajuste. Placé plutôt dans le bas d'un étranglement, il dépend moins de l'épaisseur de la lèvre.

Contexte d'usage : fissures étroites en étranglement, fentes fines pour les petites tailles. Le coinceur est léger, bon marché et très solide si bien assis ; c'est aussi la pièce des points multidirectionnels par opposition (§38.8).

Prérequis : savoir lire un étranglement et sa direction ; savoir utiliser la clé à coinceurs.

Matériel : le coinceur ; une rallonge ; la clé à coinceurs côté second.

Objectif : poser une pièce passive qui reste en place quand la corde bouge.

Procédure numérotée :

  1. Repérer un étranglement dans la direction de la traction, généralement vers le bas.
  2. Présenter la plus grande taille qui passe au-dessus du resserrement.
  3. La descendre dans le resserrement, faces larges au contact si possible.
  4. Vérifier visuellement le contact des deux côtés.
  5. L'asseoir par une ou deux tractions franches sur la dégaine, dans l'axe de charge.
  6. Le rallonger pour que les mouvements de la corde ne le soulèvent pas.
  7. Si la traction peut venir vers le haut, ajouter une opposition (§38.8).

Points critiques de sécurité ⚡ : un coinceur non assis est soulevé par la corde et sort. Un coinceur tiré hors de son étranglement ne tient rien. Toujours un mousqueton entre câble et sangle (§38.9).

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Ne pas asseoir le coinceurLa corde le soulève et il sortTraction franche dans l'axe
Placer trop petit « parce qu'il rentre facilement »Peu de contact, peu de tenuePrendre la plus grande taille qui s'ajuste
Coinceur derrière une écailleEffet de coin qui écarte l'écailleRocher massif uniquement
Coinceur en fissure diagonale tiré hors de l'étranglementIl glisse de côté et sortVérifier que la chute le pousse dans le resserrement, sinon autre pièce

Variantes : la tête d'un coinceur offre quatre orientations (de face, de côté, chacune dans les deux sens) : si le contact est moyen, essayer une autre orientation avant de changer de taille. Les coinceurs laiton et offset se logent dans les fentes fines ou les trous de piton.

Limites : sans étranglement, pas de coinceur — il ne convient ni en fissure parallèle ni en fissure évasée vers l'extérieur, et il peut sortir si on le tire vers le haut. Les micro-coinceurs ne retiennent que de petites chutes : ce sont des points de confort, à doubler.

Nota : le coinceur doit être entièrement dans la fissure, mais visible et accessible à la clé du second.

38.4.1 Retirer un coinceur : ce qui se joue à la pose ​

Le retrait par le second, par ordre de force croissante — du simple remuement à la traction sur le câble en dernier recours —, est décrit au Ch.40 §40.5.

À PRATIQUER AU SOL

  • Promenade de pose : longer le pied de la falaise, poser le plus de protections différentes possible, puis les faire critiquer par un grimpeur expérimenté — surface de contact, sens de traction, retrait possible.
  • Test à la traction : poser un câblé ou un friend, se suspendre à 30 cm du sol avec une longe — la pièce tient-elle dans le sens prévu ?
  • Test de secousse : sur une sangle ou un câblé posé, tirer dans l'axe de charge puis secouer comme le ferait la corde.

38.5 Poser un excentrique ou un tricam ​

Excentrique en trois situations : en came avec le câble sortant en diagonale qui fait tourner la pièce, à plat dans un étranglement comme un gros coinceur, à éviter dans une fissure évasée vers le bas où rien ne bloque
Figure 38.4 — Excentrique : en came, à plat dans un étranglement, à éviter en fissure évasée.

L'excentrique et le tricam se posent en passif, comme un gros coinceur, ou en actif, en rotation : la traction fait tourner la pièce, qui se bloque entre les deux lèvres.

Contexte d'usage : pour l'excentrique, fissures moyennes à larges en étranglement, où il est léger pour les grandes tailles ; pour le tricam, trous calcaires et fissures horizontales, où il est parfois la seule solution.

Prérequis : savoir poser un coinceur (§38.4) ; avoir manipulé ces pièces au sol.

Matériel : excentriques et tricams ; rallonge ; clé à coinceurs.

Objectif : poser une pièce passive, ou bloquée par sa propre rotation, qui reste en place quand la corde bouge.

Tricam en trois situations : pose active avec la pointe dans un creux et la traction qui fait pivoter la pièce contre la paroi, pose passive à plat sur un étranglement, à éviter sur une paroi lisse et évasée où la pièce bascule
Figure 38.5 — Tricam : pose active en came, pose passive, pose à éviter.

Procédure numérotée :

  1. En passif : poser comme un gros coinceur, dans un étranglement.
  2. En actif, excentrique : appuyer les faces opposées contre les deux lèvres, faire sortir la sangle en diagonale vers le bas, de façon que la traction fasse tourner la pièce pour la bloquer. Un léger étranglement aide ; ajuster serré et essayer plusieurs orientations.
  3. En actif, tricam : poser la pointe dans un creux et la sangle dans la gouttière, puis tirer fort pour l'asseoir.
  4. En fissure horizontale, faire sortir la sangle par le haut pour qu'elle ne frotte pas sur l'arête.
  5. Rallonger et vérifier par une traction dans l'axe de charge.

Points critiques de sécurité ⚡ : un tricam actif sans creux pour sa pointe ripe et sort. Un tricam posé en passif dans une fissure évasée remonte à la chute. Un excentrique posé dans un évasement, sans rotation possible, n'est retenu par rien.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Tricam actif sans creux pour la pointeLa pointe ripe, la pièce sortChercher une cupule, ou poser en passif dans un étranglement

Variantes : un gros excentrique sert aussi à lester une sangle de becquet (§38.7). Le retrait d'une pièce bloquée par rotation — et le tricam qu'on ne tire pas par sa sangle — relève du second (Ch.40 §40.5).

Limites : pose plus lente que celle d'un friend, et moins polyvalente pour l'excentrique ; retrait parfois délicat pour le tricam.

Nota : excentriques et tricams sont moins sensibles que les friends à la saleté, à l'humidité et au gel : la pointe du tricam mord même un rocher tendre ou mouillé.

POUR LES GRIMPEURS QUI DÉBUTENT EN TERRAIN D'AVENTURE

La section suivante traite de deux pièces spécialisées, à n'envisager qu'une fois friends et coinceurs maîtrisés. On peut passer directement aux protections naturelles, §38.7.

38.6 Ball nuts et Big Bros (⊕) ​

La ball nut comble le vide sous le plus petit friend : une bille roule sur une rampe et, à la charge, la pièce s'élargit — il lui faut de la course en réserve. Le Big Bro, tube télescopique bloqué en travers d'une fissure large, tient par un coincement asymétrique : la chute fait pivoter le tube jusqu'à ce que l'extrémité haute fasse coin. On les emporte quand le topo annonce la fente très fine en rocher dur ou la fissure large qui les justifient (Ch.37).

Ball nut correctement posée avec la bille dans le quart inférieur de la palette rainurée, et ball nut à éviter avec la bille en bout de course
Figure 38.6 — Ball nut : bille dans le quart inférieur de la palette ; bille en bout de course à éviter.
Big Bro bloqué en travers d'une fissure large, tube télescopique légèrement incliné, extrémité haute qui fait coin à la chute, extrémité basse portant la sangle, bague de blocage vissée à fond
Figure 38.7 — Big Bro : tube légèrement incliné, extrémité haute qui fait coin à la chute, bague vissée.
Ball nutBig Bro
Contexte d'usageFente très fine, rocher dur et rugueux, de préférence légèrement resserrée vers le basFissure large (poing et plus), cheminée étroite, section parallèle
ProcédureGâchette tirée, introduire, relâcher ; bille et palette au contact des deux lèvres ; tirer vers le bas pour asseoir, bille dans le quart inférieur ; rallongerExtrémité intérieure contre une paroi ; laisser le tube s'ouvrir sans forcer ; extrémité portant la sangle plus basse ; visser la bague à fond ; rallonger, tirer dans l'axe de chute
Points critiques ⚡Bille trop haute : à la charge, elle dépasse la rainure et la pièce sortBague non vissée : le tube se referme sous charge
Erreurs, limitesBille forcée tout en bas : irrécupérable ; rocher lisse, mouillé ou tendre : glissement ; pose délicate, pièce qui tourneTube à plat, extrémités au même niveau : il tourne et tombe ; pose lente, médiocre en évasé
RetraitGâchette tirée, sortir dans l'axe ; coincée, pousser la bille vers le bas à la cléDesserrer la bague, comprimer le tube jusqu'au verrouillage

38.7 Utiliser les protections naturelles ​

Trois protections naturelles : sangle en tête d'alouette à la base d'un arbre, sangle basse passée bien derrière un becquet, anneau de sangle passé dans un pont de rocher formant une lunule
Figure 38.8 — Protections naturelles : arbre, becquet, lunule.

Les arbres, les becquets et les lunules ont été présentés comme ressources de relais et de rappel au Ch.31 §31.4. En terrain d'aventure, ils deviennent aussi des points de progression, et ils subissent alors les mouvements de la corde pendant toute la longueur : une sangle posée haut peut se soulever et sauter.

Contexte d'usage : lunules, becquets, arbres, blocs coincés ; et, dans le facile, chaque fois qu'on veut garder les pièces mobiles pour plus haut (§38.10.2).

Prérequis : savoir tester une forme de rocher (§38.1) ; connaître la tête d'alouette et le nœud simple sur sangle (Ch.11).

Matériel : sangles de plusieurs longueurs, cordelette Dyneema ou Kevlar pour les lunules fines et profondes, mousquetons.

Objectif : transformer une forme du rocher ou un arbre en point fiable avec une sangle.

ProtectionCritère de soliditéComment poserErreur typique
Lunule (pont de rocher)Au moins l'épaisseur d'un bras au point le plus fin, sans fissureSangle ou cordelette passée et fermée en anneau, sans tête d'alouetteLunule fine ou fissurée ; tête d'alouette qui glisse
Becquet (tête de rocher)Solidaire de la paroi, ne bouge pas, ne sonne pas creuxSangle placée bas et bien derrière ; la doubler ou la lester pour que la corde ne la soulève pasSangle haute qui se soulève et saute
ArbreVivant, au moins l'épaisseur d'une jambe, bien enracinéSangle en tête d'alouette au pied du tronc ; jamais la corde directement autourArbre mort ou arbuste ; sangle haute (bras de levier)
Bloc coincéNe bouge pas, coincé dans la direction de la tractionSangle en tête d'alouette autour du bloc, d'un côté seulement, là où il est bloquéSangle au milieu du bloc : la chute peut le faire basculer
Bloc poséGros, large, à base plate et bien caléSangle basse, en évitant les lignes de fractureBloc sur des débris ou à base arrondie : refuser

Procédure numérotée :

  1. Tester la forme : taper, pousser, observer les fissures à la base.
  2. Choisir la longueur de sangle qui permet de la placer au plus bas.
  3. Poser selon le tableau : anneau pour la lunule, tête d'alouette pour l'arbre.
  4. Vérifier que la sangle ne passe pas sur une arête vive.
  5. Tester : tirer dans l'axe de charge, puis secouer la sangle pour simuler les mouvements de corde ; elle ne doit ni remonter ni glisser.
  6. Rallonger si nécessaire pour que la corde ne soulève pas la sangle.
  7. Becquet petit ou arrondi : doubler par une autre protection, ou coincer la sangle avec une pièce, ou la lester avec un gros excentrique.

Points critiques de sécurité ⚡ : jamais la corde directement autour d'un arbre — toujours une sangle et un mousqueton. Une sangle sur arête vive peut se couper à la chute.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Faire confiance à un becquet sans le testerLe bloc part avec le grimpeurTaper, pousser, observer la base
Sangle sur arête viveCoupure de la sangle à la chuteDéplacer la sangle ou protéger l'arête

Variantes : sur un arbre, avec un anneau long, réunir les deux extrémités dans le mousqueton, ou les nouer par un nœud simple, plutôt qu'une tête d'alouette : meilleure résistance et redondance. Pour réunir deux brins de sangle sur un mousqueton, garder un angle en V inférieur à 60° environ, afin de ne pas charger le mousqueton en travers.

Limites : tout dépend de la qualité du rocher ou de l'arbre ; les cas de refus sont dans la dernière colonne du tableau.

Nota : sans sangles de plusieurs longueurs, lunules, becquets et arbres restent inutilisables.

🏔️ TERRAIN

En calcaire partiellement équipé — Verdon, Calanques, Vercors, Préalpes — on rencontre des trous, des lunules, des becquets, des fissures irrégulières et de vieux pitons : le rack y compte beaucoup d'anneaux et de cordelette (Ch.37 §37.8).

38.8 Opposition et effet fermeture éclair ​

À gauche, assureur loin de la paroi : la corde tire les points bas vers l'extérieur et les arrache l'un après l'autre ; à droite, assureur près de la paroi et premier point fait de deux coinceurs en opposition, multidirectionnel
Figure 38.9 — Effet fermeture éclair et premier point multidirectionnel.

La corde ne tire pas toujours vers le bas. Quand elle fait un angle au-dessus d'un point bas, elle le tire vers le haut et vers l'extérieur. Si les premiers points ne tiennent que vers le bas, une chute peut les arracher l'un après l'autre : c'est l'effet fermeture éclair. On le prévient en orientant bien les premiers points, en rendant le premier point multidirectionnel et en rallongeant pour garder la corde alignée. L'assureur se place près du pied de la paroi.

Contexte d'usage : le premier point de la longueur ; tout point bas sur lequel la corde fera un angle ; les fissures horizontales où un coinceur seul sortirait.

Prérequis : savoir poser un coinceur (§38.4) ; connaître le nœud de cabestan (Ch.11).

Matériel : deux coinceurs, une sangle, des mousquetons.

Objectif : faire en sorte que le point travaille dans la direction réelle de la chute, quelle qu'elle soit.

Deux coinceurs en opposition : en fissure verticale, un coinceur tient vers le bas et un autre vers le haut, reliés en tension par une sangle ; en fissure horizontale, deux coinceurs entrés par les parties larges, glissés vers le rétrécissement central et tirés l'un vers l'autre
Figure 38.10 — Coinceurs en opposition, reliés en tension.

Procédure numérotée (pratique courante) :

  1. Poser un premier coinceur tenant vers le bas.
  2. Poser un second coinceur tenant vers le haut, en dessous ou à côté.
  3. Relier les deux par une sangle, ou par un nœud de cabestan sur une sangle, en tension l'un vers l'autre.
  4. Mousquetonner la corde au point de liaison.
  5. Vérifier que l'ensemble ne se détend pas quand on tire dans plusieurs directions.

Points critiques de sécurité ⚡ : c'est la liaison, pas l'un des coinceurs, qui reçoit la corde ; une opposition qui se détend ne fait plus son travail.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Premier point bas tenant seulement vers le basArraché par la corde qui remonte : effet fermeture éclairOpposition ou friend bien orienté, rallonge
Assureur loin du pied de paroiTraction latérale et vers l'extérieur sur les premiers pointsAssureur près de la paroi
Mousqueton mousquetonné à l'enversCorde qui sort par le doigtLa corde sort du côté opposé au rocher ; en traversée, doigt à l'opposé du sens de progression (Ch.12)
Ne pas tenir compte de la traverséePoints tirés de côté, qui tournentOrienter la tige ou la pièce vers la ligne de corde

Variantes : en fissure horizontale, on entre chaque coinceur par une partie large et on le fait glisser vers un rétrécissement, de sorte que la liaison les tire l'un vers l'autre, chacun contre son étranglement. Quand la fissure le permet, un friend bien orienté répond aussi à une traction qui ne vient pas d'en bas.

Limites : l'opposition mobilise deux pièces et une sangle ; sa place prioritaire est le premier point de la longueur.

Nota : en quittant le relais, ce premier point évite aussi une chute de facteur 2 sur le relais. Son articulation avec le relais est traitée au Ch.39.

38.9 Rallonger et gérer le tirage ​

Deux longueurs comparées : à gauche, dégaines courtes et corde en zigzag qui crée du tirage et fait marcher les friends ; à droite, points rallongés et corde en ligne droite
Figure 38.11 — Rallonger les points pour garder la corde droite.

Chaque angle de corde crée du tirage et soulève les points. En terrain d'aventure, les longueurs sont rarement rectilignes : la rallonge est la règle, pas l'exception.

Pourquoi rallonger. Pour réduire le tirage d'un itinéraire sinueux ; pour stabiliser le point (le câblé n'est plus soulevé, le friend ne marche plus, la sangle de becquet ne glisse plus) ; pour sortir le mousqueton d'un fond de fissure ou d'un toit ; pour écarter la corde d'une arête vive, d'un bloc instable ou d'une fissure « mangeuse de corde » ; pour supprimer le porte-à-faux d'un mousqueton sur une arête.

Combien rallonger. Juste assez pour que la corde passe droit du point précédent au suivant, sans plus : chaque centimètre de rallonge s'ajoute à la hauteur de chute.

SituationRallonge
Point dans l'axeDégaine extensible en forme courte
Décalage modéréDégaine extensible allongée (60 cm)
Décalage fort, toit, traverséeAnneau de 120 cm

Contexte d'usage : chaque point mobile, et tout point décalé de la ligne de corde.

Prérequis : savoir monter et utiliser une dégaine extensible (Ch.37).

Matériel : dégaines extensibles, anneaux de 60 et 120 cm, cordelette, mousquetons.

Objectif : garder la corde la plus droite possible, pour limiter tirage et déplacement des points.

Procédure numérotée :

  1. Avant de poser, regarder où se trouvent le point précédent et le prochain passage probable.
  2. Choisir la rallonge selon le décalage (tableau ci-dessus) ; toujours rallonger un friend ou un coinceur, même dans l'axe, pour éviter qu'il marche.
  3. Sous un toit ou après un angle, rallonger le point situé juste avant l'angle.
  4. En corde à double, affecter un brin par côté — un brin à gauche, l'autre à droite (pratique courante) — et ne pas les croiser.
  5. Si le tirage devient fort, faire un relais intermédiaire plutôt que forcer.
  6. Point horizontal profond où le mousqueton porterait sur l'arête : passer une cordelette dans la pièce et réunir ses deux brins dans un mousqueton à l'extérieur. Une cordelette pliée sur une arête perd une grande part de sa résistance : à réserver à ce cas.

Points critiques de sécurité ⚡ : ne jamais relier une sangle directement au câble d'un coinceur par une tête d'alouette — la sangle peut se couper à la chute ; toujours un mousqueton entre câble et sangle. Un mousqueton en appui sur une arête est chargé en travers : rallonger, ou cordelette passée dans la pièce (étape 6).

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Dégaines courtes partoutTirage, points qui sortent, chute plus longueRallonger chaque point décalé
Point sous un toit sans rallongeCorde coincée, tirage extrêmeRallonger avant le toit

Variantes : sous un toit et en traversée, §38.9.1 ; la corde à double est traitée au Ch.40 §40.3.

Limites : la rallonge allonge la chute ; quand elle ne suffit plus, on coupe la longueur (étape 5).

Nota : un point dans l'axe se rallonge aussi, pour la stabilité de la pièce plus que pour le tirage.

38.9.1 Toit et traversée ​

Point sous un toit : à gauche, dégaine courte au fond du toit, corde pliée sur la lèvre, tirage fort et point soulevé ; à droite, point rallongé par une sangle longue jusqu'à la lèvre, corde presque droite
Figure 38.12 — Sous un toit, rallonger le point jusqu'à la lèvre pour que la corde passe droit.
  1. Avant de quitter le dernier point sous le toit, regarder où ira la corde après la lèvre.
  2. Rallonger ce point avec un anneau assez long pour amener le mousqueton près de la lèvre, dans la ligne de la suite.
  3. Juste après la lèvre, poser un point rallongé lui aussi, pour que la corde ne frotte pas sur l'arête.
  4. En traversée, rallonger les points pour que la corde reste presque horizontale ; avec une corde à double, garder un brin pour les points de la traversée et l'autre pour les points hauts (pratique courante).
  5. Après une traversée, vérifier que les points du second ne lui imposent pas un pendule (§38.10.1).
Corde qui file dans la paroi calcaire entre les points
Une corde droite ne se remarque pas. Une corde en zigzag se fait sentir à chaque geste, jusqu'au relais.

38.10 Où et quand protéger ​

La plupart des chutes mettent 2 à 5 kN sur le point le plus haut. Un point moyen bien posé tient donc largement : le facteur limitant est presque toujours le placement ou le rocher, et pour les micro-pièces leur faible résistance.

La règle qui décide de la densité : avoir en permanence au moins deux bons points entre soi et l'accident, car un point mobile peut sortir. Un repère utile : environ deux bons points mobiles là où une voie équipée de difficulté comparable aurait un point.

On densifie quand les placements à venir sont rares, loin ou douteux ; quand le dernier point est moyen ; quand la chute possible est longue (plus de force, plus de risque de casser le rocher) ; quand un pas dur approche ; quand une vire, une écaille ou un becquet se trouve dessous ; quand la fatigue ou le rocher humide rendent la chute probable ; quand on traverse. Le terrain « facile », souvent fait de vires, de blocs et de dalles couchées, ne se sous-protège pas : une chute courte y est déjà grave. On protège selon ce qu'il y a dessous, pas selon la cotation.

Contexte d'usage : toute la longueur, depuis le départ du relais jusqu'au relais suivant.

Prérequis : savoir poser chaque famille de pièces ; mousquetonnage en tête (Ch.12) ; longueur lue depuis le relais (Ch.36).

Matériel : le rack complet, en réservant les tailles du crux (§38.10.2).

Objectif : placer les points là où ils évitent les chutes graves, pas seulement là où c'est facile.

Procédure numérotée :

  1. En quittant le relais, poser un point dès que possible pour éviter une chute de facteur 2 sur le relais.
  2. Protéger serré en bas de longueur : on est près du relais ou du sol, une chute serait brutale.
  3. Repérer, depuis un repos, le pas dur suivant et l'emplacement des points avant et après.
  4. Poser avant le crux depuis une position confortable, plutôt que dans le pas : un ou deux bons points le plus haut possible depuis le repos permettent de s'engager plus sereinement, à condition que la chute en dessous reste « propre » — rien à heurter.
  5. Si le point disponible est petit ou douteux, en ajouter un second à côté.
  6. En traversée, poser aussi après le pas difficile, pour protéger le second d'un pendule (§38.10.1).
  7. Sur un point douteux, demander un assurage dynamique pour réduire la charge (Ch.19).

Points critiques de sécurité ⚡ : un seul bon point entre soi et une vire, et s'il sort, la chute va jusqu'à la vire ou au relais.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Poser au milieu du cruxÉpuisement, chute pendant le mousquetonnagePoser depuis le repos précédent
Un seul micro-point avant le pas durRupture possible sur une grosse chuteDoubler les petits points

Variantes : chaque section se classe selon la chute qu'elle autorise — acceptable, à éviter, interdite (Ch.36 §36.5) ; la densité des points suit ce classement.

Limites : le temps de pose rend une voie de terrain d'aventure bien plus dure que la même cotation en sportif (Ch.36 §36.3).

Nota : savoir désescalader de deux ou trois mouvements complète ces réflexes.

38.10.1 Protéger le second en traversée ​

Ce qui se décide en posant : un point posé seulement avant le pas clé laisse le second tiré en pendule au moment où il le franchit. Le leader pose donc aussi un point après le pas clé, le rallonge pour limiter le tirage et, si la traversée est longue, pose régulièrement : chaque point réduit le pendule du second. Le choix des brins, l'endroit où arrêter la longueur et le décrochage par le second relèvent de la cordée (Ch.40 §40.4).

38.10.2 Gérer l'économie de matériel ​

L'économie se prépare au relais, avant la longueur : repérer les tailles qu'exigeront le crux et le relais suivant, les réserver, garder de quoi construire ce relais (Ch.40 §40.7). En posant, elle se traduit ainsi :

  1. Dans le facile, préférer les protections naturelles et les coinceurs, et garder les friends pour les passages où il faudra poser vite.
  2. Ne pas « dépenser » plus bas les pièces réservées au crux.
  3. Utiliser les points en place fiables quand ils existent, après évaluation (§38.11).
  4. Si le rack s'épuise, faire un relais plus tôt plutôt que d'espacer dangereusement les points (Ch.39).

CHECK-LIST — En cours de longueur

  • Un point juste au-dessus du relais
  • L'endroit où protéger avant le prochain pas dur est repéré
  • Les petits points sont doublés
  • Le second est protégé dans les traversées
  • Il reste de quoi protéger le crux et faire le relais

38.11 Points en place : vieux pitons, vieux spits ​

Examen d'un vieux piton en coupe : œil contre le rocher, enfoncement, rouille, lame fissurée ou tordue, rocher fissuré autour ; puis doublage par un coinceur ou un friend posé à côté, les deux reliés par une sangle sur un mousqueton à vis
Figure 38.13 — Vieux piton : ce qu'on regarde et comment le doubler.

Les types de points ont été décrits au Ch.31 §31.3 et leur évaluation rapide au §31.5. Ce qui change en terrain d'aventure, c'est qu'on a de quoi les doubler.

Un point ancien ne s'utilise jamais seul sans examen. Les pitons montrent des résistances de 2 à 25 kN selon le matériau et la pose, et l'acier doux, fréquent dans les vieux pitons européens, est le moins résistant. Le test « au son » donne une indication, mais il n'est pas fiable dans tous les cas : un piton se considère comme une protection posée, pas comme un ancrage durable. Côté spits, les vieilles chevilles de petit diamètre sont dangereuses en rocher tendre — calcaire, grès — et peuvent sortir avec peu d'effort.

CritèreVert : utilisable (et doubler)Orange : à renforcerRouge : ne pas s'y fier
Piton : enfoncementEnfoncé jusqu'à l'œilDépasse : cravater au ras du rocherRessort, bouge à la main
Piton : étatPeu de rouille, œil intactRouille de surfaceRouille profonde au ras du rocher, œil fissuré ou tordu
Piton : orientationFissure horizontaleFissure verticale (il peut tourner)Fissure évasée, piton à moitié sorti
Piton : rocherSain, sonne pleinPetites fissures autourÉcaille, bloc, rocher qui sonne creux
Piton : son au mousqueton (indicatif)Son clairSon matSon creux, piton qui vibre
Spit : fixationNe tourne pas, plaquette plaquéeLéger jeuSpit qui tourne (écrou perdu), plaquette décollée
Spit : matérielModèle récent, plaquette industrielleAncien modèle en rocher durPetit diamètre en calcaire ou grès ; plaquette artisanale ou modèle rappelé
Spit : corrosionAucuneLégèreMarquée ; métaux différents entre plaquette et goujon
Sangle en place——Toujours : pelucheuse, décolorée ou d'âge inconnu, à remplacer

Contexte d'usage : tout point trouvé dans la voie, en progression comme au relais.

Prérequis : connaître les types d'équipement fixe (Ch.31) ; savoir poser une protection mobile à côté.

Matériel : une sangle pour cravater, des pièces mobiles pour doubler, sa propre sangle pour remplacer une sangle en place.

Objectif : décider si un point trouvé dans la voie peut servir, et comment.

Procédure numérotée :

  1. Regarder le point avant de mousquetonner : type, état, rocher autour.
  2. Tester à la main : jeu, rotation, son en le tapant avec un mousqueton (indicatif seulement).
  3. Classer le point en vert, orange ou rouge selon le tableau.
  4. Vert : mousquetonner, en orientant la dégaine pour éviter le porte-à-faux du mousqueton, et doubler dès qu'une protection mobile est possible.
  5. Orange : cravater un piton qui dépasse avec une sangle en tête d'alouette au ras du rocher pour réduire le bras de levier, et doubler.
  6. Rouge : ne pas le considérer comme un point — au mieux une protection de confort ; poser une protection mobile à côté ou grimper prudemment jusqu'au point suivant.

Points critiques de sécurité ⚡ : pour un relais, ne jamais se contenter d'un seul vieux point — au moins deux points reliés, idéalement trois si les points sont très anciens (Ch.31 §31.3, Ch.39). Une sangle abandonnée ne porte jamais le grimpeur.

Erreurs fréquentes :

ErreurConséquenceCorrection
Se fier au son seulFaux sentiment de sécuritéCombiner son, jeu, rouille, rocher, et doubler
Dégaine sur un piton qui dépasseBras de levier, piton qui plie ou sortCravater au ras du rocher

Variantes : pour doubler, la pièce mobile se pose à côté et les deux se relient par une sangle sur un mousqueton à vis (figure 38.13).

Limites : l'inspection ne voit pas tout : même un point classé vert se double dès que possible.

Nota : signaler les points très dégradés — topo, site communautaire — sans intervenir soi-même là où la réglementation l'interdit (Ch.35 §35.4). Les pitons en place ne se retirent pas : ils servent aux suivants, et un piton dangereux ne s'enlève que s'il est remplacé (pratique courante).

À PRATIQUER AU SOL

Au pied des voies, examiner des pitons et des spits en place et les noter — bon, douteux, à fuir — en regardant la rouille, le jeu et le rocher autour.

38.12 Pitonner (⊕) ​

Le pitonnage abîme le rocher et il est encadré dans certains espaces protégés : dans les Calanques, toute intervention sur l'équipement est soumise à l'autorisation du Parc national. Il reste une compétence utile dans quelques voies anciennes de calcaire. Les consignes ci-dessous relèvent de la pratique courante et s'apprennent avec un encadrement.

Contexte d'usage et prérequis : voies anciennes de calcaire peu équipées, quand la voie et la réglementation le justifient ; protections mobiles maîtrisées. Retaper un piton en place est acceptable ; pitonner une voie protégeable aux coinceurs ne l'est pas (pratique courante).

Matériel et objectif : marteau, pitons adaptés (lames pour les fentes fines, universels ou cornières pour les fissures plus larges), de quoi garder le piton attaché ; poser et retirer un piton proprement.

Procédure numérotée (pratique courante) :

  1. Choisir un piton dont la forme correspond à la fissure.
  2. L'enfoncer à la main sur un tiers à la moitié de sa longueur.
  3. Le frapper franchement : un son qui monte vers l'aigu est un bon signe, un son mat ou un piton qui ressort est mauvais.
  4. Viser un œil proche du rocher, piton orienté légèrement vers le bas ; s'il dépasse, le cravater au ras du rocher.
  5. Pour le retirer, le frapper alternativement d'un côté et de l'autre dans l'axe de la fissure, en le gardant attaché.

Points critiques, erreurs, limites ⚡ : jamais dans un rocher fracturé, qui éclate ; jamais dans le grès ; jamais là où c'est interdit. La résistance d'un piton reste très variable.

Nota : une voie de terrain d'aventure se grimpe comme elle a été ouverte : le marteau ne sort que dans les voies qui l'exigent, là où c'est permis.

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