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P9La grande voie en terrain d'aventure

Chapitre 37Le rack

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Chapitre 37 — Le rack ​

→ Partie 9 — La grande voie en terrain d'aventure : en grande voie équipée, on hérite d'une chaîne de sécurité ; en terrain d'aventure, on la fabrique.

En grande voie équipée, le baudrier porte des dégaines et deux kits relais : tout le reste est déjà dans la paroi. En terrain d'aventure, chaque point de la longueur sort du baudrier du leader. Le rack n'est plus un accessoire de la progression : c'est la matière première de la chaîne de sécurité. Ce chapitre décrit ce qu'on y met, pourquoi, comment on l'adapte à une voie et à un rocher, comment on le range pour sortir la bonne pièce d'une main, et comment on le constitue sans se ruiner ni se tromper. La pose elle-même fait l'objet du Ch.38.

Coinceurs mécaniques et coinceurs câblés alignés devant une fissure de grès rouge
Chaque pièce du rack est un point en puissance. Encore faut-il savoir laquelle porter, et où la trouver sur le baudrier.

⚡ ALERTE

Ce chapitre décrit du matériel dont dépend directement la sécurité de la cordée en terrain d'aventure. Connaître le rack ne veut pas dire savoir protéger une longueur. La lecture ne remplace pas l'apprentissage encadré et la pratique supervisée sous la direction d'un guide de haute montagne, d'un moniteur breveté ou d'un grimpeur de terrain d'aventure expérimenté reconnu compétent. Les notices des fabricants priment sur tout ce qui est écrit ici.

RAPPEL

Le matériel de base de la grande voie (corde à double, baudrier, casque, mousquetons, appareil d'assurage, longe, cordelettes) est présenté en Ch.3 et détaillé en Ch.5. Ce chapitre ne reprend que ce que le terrain d'aventure ajoute ou modifie.


37.1 Ce que le rack remplace ​

Une protection transforme une forme du rocher en point d'ancrage : une fissure, un étranglement, un trou, un bloc coincé, un becquet, un arbre. Le rack est l'ensemble des pièces qui permettent cette transformation. Trois logiques coexistent, et il faut les distinguer avant d'acheter ou de porter quoi que ce soit.

  • Actif. La pièce pousse sur les parois de la fissure grâce à des ressorts : ce sont les friends (coinceurs mécaniques). Ils tiennent dans une fissure parallèle, mais ils poussent aussi le rocher vers l'extérieur.
  • Passif. La pièce se coince parce qu'elle est plus large que le passage situé sous elle : coinceurs câblés, excentriques posés à plat, tricams posés en coin.
  • Naturel. On entoure une forme du rocher ou un arbre avec une sangle ou une cordelette : lunule, becquet, bloc coincé, tronc.

S'y ajoutent les points en place (vieux pitons, vieux spits, sangles abandonnées), qu'on évalue et qu'on complète sans jamais leur faire confiance d'office, et le pitonnage, réservé à certaines voies anciennes de calcaire quand le règlement du site le permet. L'évaluation des points en place et des protections naturelles est traitée en Ch.38 ; les principes mécaniques des protections naturelles ont été posés en Ch.31 §31.4.

FamilleLogiquePoint fortPoint faibleOù elle excelle
Friends double axeActifPose rapide d'une main, large plage par pièceLourd, peut « marcher » dans la fissure, pousse sur les écaillesFissures parallèles, granite, gneiss
Friends à tête étroiteActifTient dans les trous peu profonds et évasésPetites tailles peu résistantesCalcaire à trous, fissures évasées
Coinceurs câblésPassifLéger, bon marché, très solide s'il est bien assisExige un étranglement, peut sortir s'il est tiré vers le hautFissures étroites qui se resserrent
Micro-coinceursPassifMord dans les fentes très finesNe retient que de petites chutesDernier recours, fentes fines
ExcentriquesPassif ou rotationLéger pour les grandes taillesPose plus lente, moins polyvalentFissures moyennes à larges en étranglement
TricamsPassif ou rotation sur pointeSeule solution dans certaines pochesPose lente, retrait parfois délicatTrous calcaires, fissures horizontales
Sangles et cordeletteNaturelTrès polyvalent, peu coûteuxVaut ce que vaut le rocher ou l'arbreLunules, becquets, arbres, rallonges

Le chiffre le plus utile du chapitre tient en une phrase : une chute en tête ordinaire met le plus souvent 2 à 5 kN sur le point le plus haut, alors qu'un friend de taille moyenne est certifié autour de 10 à 14 kN. Le métal casse rarement. Ce qui cède, presque toujours, c'est le placement ou le rocher. Un rack complet ne protège donc rien par lui-même : il offre des options à qui sait lire la fissure (§37.10).


37.2 Les friends ​

Schéma d'un friend vu de face : lobes, axe, gâchette, câbles de gâchette, tige et sangle d'attache
Figure 37.1 — Anatomie d'un friend. La tige s'oriente dans la direction de la traction prévue.

Un friend (coinceur mécanique, SLCD en anglais) est une protection active : ses lobes (les cames), montés sur un axe et rappelés par des ressorts, poussent sur les parois de la fissure. On tire la gâchette, reliée aux lobes par des câbles de gâchette, on introduit la pièce, on relâche : les quatre cames doivent toucher. La tige, rigide ou souple, s'oriente dans la direction de la traction prévue et porte la sangle d'attache, où l'on clippe la dégaine.

Trois caractéristiques décident de l'usage d'un friend.

La plage d'utilisation. Chaque friend couvre une plage de largeurs de fissure, exprimée en millimètres par le fabricant. Les friends double axe standard offrent une large plage par pièce.

La tête. Une tête étroite tient dans des trous peu profonds et des fissures évasées, typiques du calcaire ; certains modèles à tige souple permettent une pose sur deux lobes. Les modèles offset sont faits pour les fissures évasées dont les deux lèvres ont des largeurs différentes.

La tige. Dans une fissure horizontale, une tige souple se plie sur l'arête sans dommage, alors qu'une tige rigide fait levier sur l'arête et peut s'abîmer (Ch.38). Certains modèles intègrent une sangle extensible, qui limite le nombre de dégaines et le tirage.

ChoixQuand le préférerExemples de modèles
Double axe standardFissures parallèles, granite, besoin d'une large plage par pièceCamalot C4, Dragon, Friend Wild Country
Tête étroite, tige soupleTrous calcaires peu profonds, fissures évasées, pose sur deux lobesTotem Cam, Z4
OffsetFissures évasées aux lèvres de largeurs différentesZ4 Offset, Dragon Offset
Sangle extensible intégréeLimiter le nombre de dégaines et le tirageDragon

Lire les plages en millimètres, pas les numéros. Le code couleur de Black Diamond (gris, violet, vert, rouge, or, bleu, gris pour les tailles 0.4 à 4) est devenu un quasi-standard, repris par certaines marques et décalé d'un cran chez d'autres. Un numéro ne désigne donc pas la même plage d'une marque à l'autre : un Camalot C4 n°1, un Dragon n°3 et un Friend Wild Country n°1 couvrent à peu près la même largeur. Sur un rack qui mélange les marques, seul le millimètre permet de savoir où sont les doublons et où sont les trous.

Résistance : ce qui compte pour décider. Les tailles moyennes sont certifiées autour de 10 à 14 kN (§37.1). Les plus petites, sous 15 mm environ, descendent entre 5 et 10 kN, et les micro-coinceurs en laiton encore moins : un micro-point retient une petite chute, pas forcément une grosse. Le chiffre gravé sur la pièce est une résistance de laboratoire, chargée dans l'axe et dans un logement idéal ; il ne dit rien de la tenue du rocher.

⚡ ALERTE — Petites pièces

Un micro-friend ou un micro-coinceur n'est pas un point comme les autres. Il retient une petite chute, mais il ne doit jamais être le seul rempart avant une grosse chute. On le traite comme un point de confort, et on le double.

Erreur fréquenteConséquenceCorrection
Acheter des micro-friends en premierPoints faibles mal posés, fausse confianceCommencer par les tailles moyennes, les plus fiables
Raisonner en numéros entre marquesDoublons, trous dans la gamme, mauvaise pièce sortie dans le pas durNoter la plage en mm de chaque pièce sur une fiche
Ne porter que des friendsRack lourd, étranglements fins non protégésCompléter par un jeu de coinceurs câblés
Négliger l'entretien (sable, sel, ressorts)Cames qui collent, ressorts faiblesRincer, sécher, lubrifier selon la notice

37.3 Coinceurs, excentriques, tricams ​

Trois protections passives : coinceur câblé avec sa tête, son manchon et son câble ; excentrique à faces inégales posé à plat ou en came ; tricam avec sa pointe, ses rails et sa sangle
Figure 37.2 — Les protections passives : coinceur câblé, excentrique, tricam.

Les coinceurs câblés (nuts, stoppers) sont la base de tout rack : une tête en forme de coin, un manchon, un câble. Ils sont légers, peu coûteux et très solides quand ils sont bien assis dans un étranglement. Leur limite : sans étranglement, ils ne tiennent pas, et une traction vers le haut peut les extraire. Les coinceurs en aluminium forment le jeu de base ; les coinceurs en laiton (micro-coinceurs) et les formes offset mordent dans les fentes très fines et dans les fissures de pitons du calcaire. Les micro-coinceurs tiennent peu.

La clé à coinceurs (décoinceur) n'est pas un accessoire : elle est indispensable pour récupérer les pièces bien assises. Elle se porte en permanence sur le baudrier du second, reliée par une cordelette ou un mousqueton pour ne pas la lâcher. Sans clé, la cordée abandonne des pièces et le second reste bloqué.

Les excentriques (hexas) ont des faces de largeurs inégales et se posent à plat ou en came. Légers pour les grandes tailles, plus lents à poser et moins polyvalents, ils servent dans les fissures moyennes à larges en étranglement. Ils sont rares en France (voir l'encadré TERRAIN en fin de chapitre).

Les tricams associent une pointe, des rails et une sangle ; ils se posent en coin ou en rotation sur la pointe. Lents à poser, parfois délicats à retirer, ils sont la seule solution dans certaines poches calcaires et sont utiles dans les fissures horizontales. Les petites tailles (0.5 rose et 1 rouge) sont celles qu'on porte en calcaire.

Une remarque de stratégie, qui influence la composition du rack : les coinceurs sont plus légers et moins chers, on peut donc en porter davantage ; les friends se posent plus vite et d'une main, ce qui les rend précieux quand les bras fatiguent. Une règle simple : chercher d'abord un coinceur, prendre un friend quand le coinceur ne va pas ou quand le temps manque. Le Ch.38 détaille cette logique au moment de la pose.

Erreur fréquenteConséquenceCorrection
Oublier la clé à coinceursPièces abandonnées, second bloquéClé attachée en permanence au baudrier du second
Traiter un micro-coinceur comme un point normalRupture possible sur une grosse chuteLe doubler, le considérer comme point de confort
Passer aux micro-pièces, offsets et tricams trop tôtPoints faibles mal posés, fausse confianceMaîtriser d'abord la pose des pièces standard
Paroi calcaire verticale traversée par un dièdre
Un dièdre, une fissure au fond, des trous sur les faces : chaque forme appelle une famille de pièces différente.

POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LES GRANDES VOIES

La section suivante présente deux pièces rares, réservées aux voies de fissure qui les demandent explicitement. Elles n'ont pas leur place dans un premier rack. On peut passer directement à la section 37.5 sur les sangles.

37.4 Ball nuts et Big Bros (⊕) ​

Ce sont des pièces de complément, à n'envisager qu'une fois friends et coinceurs maîtrisés. Leur pose est décrite en Ch.38.

La ball nut associe une palette rainurée et une bille aplatie qui coulisse dans la rainure grâce à une gâchette. Elle comble le vide sous le plus petit friend, dans des fentes trop fines ou trop parallèles pour un micro-coinceur. Elle préfère un rocher dur et rugueux et une fente qui se resserre légèrement ; en rocher lisse, mouillé ou tendre, elle glisse ou la bille s'enfonce. Dans un vrai étranglement, un micro-coinceur reste meilleur.

Le Big Bro est un tube télescopique à ressort qu'on bloque en travers d'une fissure large. Plus léger et plus compact qu'un très gros friend, il est plus long à poser, ne peut pas être poussé au fil de la progression et tient mal en fissure évasée.

PièceLa prendre si…La laisser si…
Ball nutLe topo signale des fentes très fines en rocher durCalcaire à trous, rocher tendre, pose encore hésitante
Big BroFissure large ou cheminée étroite annoncée, gros friends trop lourds pour la courseAucune fissure large, fissures très évasées, rocher friable

Le piège commun : les acheter pour « compléter » un rack. Une ball nut posée sans maîtriser les micro-coinceurs donne une fausse confiance ; un Big Bro porté « au cas où » n'est que du poids. Une ball nut ne devient pas le point principal avant un pas dur : on la double, on la rallonge.


37.5 Sangles et cordelette ​

Trois vignettes : tête d'alouette autour d'un arbre ; anneau autour d'un tronc avec brins presque parallèles comparé à un anneau trop court à angle très ouvert ; deux anneaux reliés en tête d'alouette comparés à deux anneaux reliés par un mousqueton
Figure 37.3 — Sangles : tête d'alouette, angle des brins, liaison de deux anneaux.

En terrain d'aventure, les sangles sont un matériel de protection à part entière : sans elles, lunules, becquets et arbres restent inutilisables. Elles servent à trois choses : rallonger les points pour limiter le tirage et éviter qu'une pièce ne bouge, cravater un piton, une lunule, un becquet ou un arbre, et construire un relais (voir Ch.39). En calcaire, on porte volontiers autant de sangles que de friends.

Deux règles décident de tout.

La première : relier deux anneaux par une tête d'alouette peut diviser leur résistance par deux. On préfère un anneau plus long, ou un mousqueton entre les deux.

La seconde : autour d'un arbre ou d'un becquet, l'angle entre les brins reste étroit, moins de 60° environ. Plus l'anneau est court et l'angle ouvert, plus chaque brin reprend la totalité de la charge.

Nylon ou Dyneema. Les deux matériaux cohabitent sur un rack, avec des usages distincts.

CritèreNylon (polyamide)Dyneema
EncombrementPlat, large, plus lourdFin, très léger, passe dans les lunules étroites et derrière un piton
AllongementNet : amortit un peuPresque nul : se comporte comme un câble en cas de chute directe dessus
ÉchauffementPoint de fusion plus élevéPoint de fusion bas, sensible au frottement
NœudsTient bien le nœud de sangleGlissant : nœud de sangle à proscrire
VieillissementLentPlus rapide, surtout s'il reste noué ou plié
Eau, gelAbsorbe l'eauN'absorbe pas l'eau

Règles pratiques.

  1. Pour rallonger et pour les relais, les deux conviennent : le Dyneema est plus pratique, le nylon plus tolérant.
  2. Pour cravater un piton ou passer une lunule étroite : Dyneema fin.
  3. Pour abandonner une sangle en retraite : nylon ou cordelette, moins chers.
  4. Pour nouer une sangle : nœud de sangle sur nylon plat, queues longues ; sur Dyneema, triple nœud de pêcheur serré et vérifié à chaque usage. En pratique, on préfère des anneaux cousus. Les nœuds sont traités en Ch.11.
  5. Pour le premier point au-dessus du relais, une rallonge en nylon absorbe un peu mieux qu'une sangle Dyneema, sans dispenser d'un assurage dynamique.

⚡ ALERTE — Longe en Dyneema

On ne se longe jamais court sur une sangle Dyneema en montant au-dessus de son point d'attache. Une chute directe sur une sangle, sans élément dynamique, produit un choc très violent qui peut rompre la sangle ou l'ancrage. Au relais, on reste sous le point et on se vache avec la corde (Ch.13, Ch.5 §5.4).

Le vieillissement du textile. Un anneau Dyneema se réforme après environ trois ans d'usage, cinq au maximum ; tout anneau pelucheux ou décoloré se réforme immédiatement. Le Dyneema noué ou plié vieillit plus vite : on dénoue après usage. Conséquence pratique : on date chaque anneau au marqueur ou par une étiquette, et on les renouvelle par lots. Les sangles abandonnées en place sur les lunules, les becquets et les relais de rappel ont un âge inconnu et peuvent être dégradées par les UV : on les double ou on les remplace par les siennes.

ÉlémentRôleQuantité indicativePoint d'attention
Dégaines extensibles ou longuesRallonger sans tirage6 à 10Voir §37.6
Anneaux de 60 cmRallonges, lunules4 à 6Dater l'achat
Anneaux de 120 cmBecquets, arbres, relais2 à 3Portés en bandoulière, voir §37.9
Mousquetons à verrouillageRelais, cravatage, rappel3 à 4Un HMS pour l'assurage
Mousquetons simples libresOpposition, coinceurs, sangles4 à 6Distincts de ceux des dégaines
Cordelette de 5 à 7 mmLunules fines, abandon en retraite3 à 5 mAvec un couteau

Ces quantités sont indicatives (pratique courante) ; le topo et le rocher les modulent (§37.8).

Erreur fréquenteConséquenceCorrection
Garder les mêmes anneaux Dyneema dix ansRésistance largement sous la normeDater, réformer selon l'âge et l'aspect
Relier deux sangles en tête d'alouettePerte de résistance pouvant atteindre la moitiéAnneau plus long ou mousqueton entre les deux
Nœud de sangle sur du DyneemaLe nœud glisse et se défaitAnneau cousu, ou triple nœud de pêcheur vérifié
Faire confiance à une sangle trouvée en placeSangle dégradée, ruptureLa doubler ou la remplacer
Ranger le Dyneema contre les velcros des chaussonsPeluchage, usure rapideRanger à part

37.6 La dégaine extensible ​

Quatre étapes de la dégaine extensible : clipper deux mousquetons sur un anneau de 60 cm, former la version courte à trois brins, décrocher deux brins, tirer le mousqueton du bas jusqu'à l'extrémité ; vignette à éviter avec le mousqueton sur un seul brin
Figure 37.4 — Dégaine extensible : montage, passage en forme longue, et l'erreur à éviter.

Contexte. En terrain d'aventure, les points ne sont pas alignés comme les spits d'une voie équipée : ils suivent les fissures, les trous et les becquets. Sans rallonge, la corde zigzague et le tirage augmente ; une dégaine courte sur un friend le fait « marcher », et un point tiré de côté ou vers le haut peut sortir. La dégaine extensible (dite « alpine ») répond à ce problème avec une seule pièce qui sert, au choix, de dégaine courte ou de rallonge de 60 cm. C'est la pièce la plus utilisée pour rallonger friends et coinceurs.

Prérequis. Savoir mousquetonner proprement (Ch.12) ; avoir compris pourquoi on rallonge, ce que le Ch.38 développe.

Matériel. Un anneau cousu de 60 cm et deux mousquetons à doigt droit. On distingue le mousqueton A, côté protection, et le mousqueton B, côté corde, de couleurs différentes de préférence (pratique courante).

Objectif. Passer de la dégaine courte à la rallonge de 60 cm sans décrocher la pièce de la protection.

Procédure — montage.

  1. Passer les deux mousquetons sur l'anneau.
  2. Faire passer le mousqueton A à travers le mousqueton B, ou faire glisser l'anneau, pour obtenir trois brins égaux entre A et B.
  3. Clipper dans B les deux brins libres restés de son côté : B tient alors trois brins, A tient la boucle d'extrémité.
  4. Tirer fort entre A et B : rien ne doit glisser ni se défaire.
  5. Ranger sur le baudrier comme une dégaine ordinaire.

Procédure — utilisation.

  1. Clipper A dans la protection.
  2. Version courte : clipper la corde dans B directement.
  3. Version longue : décrocher de B deux des trois brins, puis tirer B vers le bas ; il coulisse jusqu'à l'extrémité de l'anneau.
  4. Contrôler du regard que B entoure bien la boucle d'extrémité avant de clipper la corde.
  5. Le second récupère la dégaine allongée et la remet en forme courte au relais, ou la passe en bandoulière.

Points critiques ⚡

  • ⚡ B doit entourer la boucle, pas un seul brin. Si B ne tient qu'un brin libre, il sort de la sangle à l'allongement : le point n'est plus relié à la corde. C'est l'erreur de la vignette « à éviter » de la figure 37.4, et elle ne se voit pas si on ne la regarde pas.
  • ⚡ Aucun élastique de maintien (type « string ») sur une dégaine extensible : B pourrait se retrouver tenu par l'élastique seul, hors de la sangle.
  • ⚡ Contrôle visuel après chaque allongement, même pressé.
Erreur fréquenteConséquenceCorrection
B clippé sur un seul brinLe mousqueton corde sort de la sangleVérifier que B entoure la boucle, à chaque usage
Élastique ajouté sur la sangleB tenu par l'élastique seulPas d'élastique sur ce montage
Sangle vrilléeBrins qui frottent à la chute, montage illisibleDémêler au montage
Mousquetons A et B identiquesLe mousqueton marqué par le rocher passe côté corde et l'abîmeCouleurs distinctes

Variantes. Dans l'axe, la dégaine extensible reste en forme courte ; pour un décalage modéré, on l'allonge à 60 cm ; pour un décalage fort, un toit ou une traversée, on passe à un anneau de 120 cm. Certains friends intègrent une sangle extensible qui remplit la même fonction.

Limites. Chaque centimètre de rallonge s'ajoute à la hauteur de chute. On rallonge juste assez pour que la corde passe droit d'un point au suivant, sans plus, comme le Ch.38 le détaille.

Nota. La dégaine extensible réduit le nombre de sangles à porter : elle fournit l'essentiel des rallonges du tableau du §37.5.

DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE

Des mousquetons A d'une couleur neutre et des mousquetons B d'une autre couleur (pratique courante) : au premier coup d'œil, on sait quel côté va dans le point et quel côté reçoit la corde. Le mousqueton marqué par le rocher ne passe jamais côté corde.


37.7 Corde à double et casque : ce qui change en terrain d'aventure ​

RAPPEL

La configuration de référence du livre, deux brins de corde à double de 50 m minimum, est posée en Ch.5 §5.2, avec les critères d'état de la corde et du casque. Ce qui suit ne reprend que les différences propres au terrain d'aventure.

La corde à double, outil naturel du terrain d'aventure. Les points suivent les formes du rocher, rarement une ligne droite : en mousquetonnant chaque brin séparément, un brin à gauche, l'autre à droite selon la position des pièces (pratique courante), on garde moins de tirage dans les voies sinueuses. Les deux brins offrent aussi une redondance si l'un est coupé sur une arête, permettent des rappels pleine longueur, et donnent la possibilité de protéger le second dans une traversée. La rallonge des points est développée en Ch.38 §38.9, la gestion des deux brins en Ch.40 §40.3.

Une limite à garder en tête : un brin de demi-corde peut tenir une chute seul, mais pas plusieurs grosses chutes. On ne construit pas sa progression sur un seul brin ; les deux brins travaillent ensemble.

Le casque, sans exception. En terrain d'aventure, les pierres tombent plus souvent qu'en falaise équipée : rocher moins purgé, cordées au-dessus, corde qui frotte sur des blocs. Le casque protège aussi la cordée entière : un assureur assommé ne peut plus assurer, un grimpeur qui se retourne en chute peut heurter la paroi de la tête. La règle du Ch.5 §5.2 s'applique sans exception : casque pour les deux, dès le pied de la voie.

TypeConstructionPoint fortPoint faible
Coque rigideCoque plastique dure et suspension intérieureRobuste, supporte d'être bousculé dans le sacPlus lourd, protection latérale souvent moindre
Coque en mousseMousse expansée moulée, coque fineLéger, aéré, bonne absorptionFragile : se marque ou se fend s'il est écrasé

Le choix se fait à l'essayage : l'ajustement prime sur le poids. Tête penchée en avant et sur les côtés, le casque ne doit pas bouger ; il doit rester réglable avec un bonnet, et porter des clips de frontale pour les sorties tardives. On le transporte sur le dessus du sac ou à l'extérieur, jamais écrasé sous le rack. Un casque en mousse qui a subi un choc franc est remplacé, même sans dommage visible important.


37.8 Composer le rack d'une voie ​

Contexte. Il n'existe pas de rack universel. Un rack de granite emporté dans un calcaire à trous laisse des formes sans réponse ; un rack « complet » emporté par sécurité apporte fatigue, lenteur et désordre sur le baudrier. Les topos donnent plus souvent des principes que des listes : couvrir la gamme utile, chevaucher les plages, équilibrer coinceurs et friends selon le rocher, prévoir des têtes étroites pour les fissures peu profondes.

Prérequis. Avoir lu le topo et choisi la voie (Ch.36) ; connaître la plage en millimètres de chacune de ses pièces.

Matériel. Le rack disponible, étalé au sol ; la fiche des plages ; le topo.

Objectif. Ne porter que ce qui servira, sans laisser de trou dans les largeurs que la voie va proposer, et partir avec de quoi redescendre.

Le tableau suivant donne des points de départ de pratique courante. Ce ne sont pas des listes à recopier : seul le topo de la voie dit ce qu'il faut vraiment.

RocherFormes typiquesBase de départ (pratique courante)Spécificités
Calcaire partiellement équipé (Verdon, Calanques, Vercors, Préalpes)Trous, lunules, becquets, fissures irrégulières, vieux pitonsCoinceurs câblés, 4 à 6 petits et moyens friends, têtes étroites, un ou deux petits tricams, beaucoup d'anneaux et de cordeletteMarteau et pitons seulement pour certaines voies anciennes, et si le règlement le permet
Granite (massif du Mont-Blanc, Corse)Fissures parallèles franchesJeu de friends petits à moyens, doublé dans les tailles centrales, jeu complet de câblés, sangles longuesLes friends dominent, peu de protections naturelles
GneissFissures plus fines et irrégulièresProche du granite, avec davantage de petites tailles et de câblésVérifier les feuillets qui se décollent
GrèsFissures arrondies, rocher tendreFriends et tricams, peu de coinceursRocher fragile : ne jamais pitonner

Procédure.

  1. Lire le topo : longueurs, cotation, équipement en place, matériel conseillé.
  2. Identifier le rocher et les formes dominantes : fissures, trous, dalles, cheminées.
  3. Partir de la base du tableau ci-dessus.
  4. Ajouter ce que le topo signale (« un gros friend utile en L4 », « prévoir des sangles »).
  5. Retirer les tailles sans usage probable, par exemple les gros friends dans un calcaire à trous.
  6. Ajouter le kit de retraite : anneaux ou cordelette à abandonner, maillons rapides, quelques câblés, couteau.
  7. Peser mentalement le rack : s'il est très lourd, revoir les doublons.
  8. Répartir entre les deux grimpeurs : la clé à coinceurs et le kit de retraite sur le second.

Points critiques ⚡

  • ⚡ Le kit de retraite part à chaque sortie, même sur une voie courte : il conditionne la possibilité de redescendre (Ch.15, Ch.24).
  • ⚡ La réglementation du site se lit avant de partir : dans le Parc national des Calanques, toute intervention sur l'équipement est soumise à autorisation, et le port de coinceurs adaptés y est explicitement recommandé, avec casque, topo et eau.
Erreur fréquenteConséquenceCorrection
Prendre « tout le matériel » par sécuritéFatigue, lenteur, désordre sur le baudrierAdapter au topo et au rocher
Oublier les sangles en calcaireLunules et becquets inutilisablesEn calcaire, autant de sangles que de friends
Partir sans kit de retraiteImpossible de redescendre proprementKit systématique
Ignorer la réglementation localeInfraction, par exemple dans un parc nationalLire la réglementation du site

Variantes. Les pièces spécialisées (§37.4) ne partent que si le topo annonce la forme qui les demande.

Limites. Un topo ancien ne renseigne pas sur l'état actuel des points en place (Ch.36).

Nota. Le rack correspond au rocher, pas aux habitudes : on le recompose à chaque voie, avec la check-list de fin de chapitre.

FACTEUR HUMAIN

Le rack trop lourd ressemble au sac trop lourd décrit en Ch.5 §5.5 : chaque pièce ajoutée « au cas où » rassure au pied de la voie et pèse ensuite à chaque pas. Un rack ajusté demande d'accepter qu'il manquera parfois la pièce idéale : plusieurs points médiocres valent alors mieux qu'aucun, et renoncer à temps reste une option.


37.9 Organiser le rack sur le baudrier ​

Baudrier vu de face : petits friends devant et gros friends derrière d'un côté, dégaines longues et coinceurs câblés regroupés de l'autre
Figure 37.5 — Rack sur le baudrier : petits friends devant, gros derrière, coinceurs regroupés. Même rangement à chaque sortie.

Contexte. En grande voie équipée, le baudrier s'organise en zones fixes : dégaines devant, kits relais et mouflage derrière (Ch.5 §5.5). En terrain d'aventure, les friends et les coinceurs prennent la place principale, et le temps passé à chercher une pièce se paie directement en bras, souvent dans la position la plus inconfortable de la longueur.

Prérequis. Un baudrier à quatre porte-matériels ; connaître l'emplacement de chaque pièce de son rack.

Matériel. Le rack composé pour la voie (§37.8), des mousquetons dédiés aux coinceurs, éventuellement un porte-matériel en bandoulière.

Objectif. Sortir la bonne pièce du premier coup, d'une main, sans regarder. Une organisation constante vaut mieux qu'une organisation parfaite.

Procédure.

  1. Trier les friends par taille croissante, toujours du même côté (pratique courante : petits devant, gros derrière).
  2. Regrouper les coinceurs câblés sur un ou deux mousquetons dédiés, par tranches de tailles, de 4 à 7 pièces par mousqueton.
  3. Placer les dégaines extensibles et les dégaines longues de l'autre côté du baudrier.
  4. Ranger tricams et petits excentriques avec les gros coinceurs ; les gros excentriques sur un mousqueton à part, plus en arrière.
  5. Big Bros : un par mousqueton, rétracté. Ball nuts : groupées comme des coinceurs.
  6. Porter les anneaux de 120 cm en bandoulière, extrémités réunies dans un mousqueton ; les anneaux courts sur le baudrier.
  7. Garder un mousqueton libre et un mousqueton à verrouillage toujours au même endroit.
  8. Reproduire la même organisation à chaque sortie et la reconstituer à chaque relais.

Points critiques ⚡

  • ⚡ Les coinceurs se portent sur des mousquetons ovales ou à grand rayon, à doigt ferme, pour que le paquet ne s'ouvre pas tout seul et que les câbles ne s'emmêlent pas.
  • ⚡ Pour essayer un coinceur, on décroche le paquet, on essaie la pièce, puis on remet aussitôt le paquet sur le baudrier. Avec deux mousquetons de câblés, on évite de décrocher tout le jeu.
  • ⚡ Un anneau en bandoulière se décroche par son mousqueton ; on ne le fait pas passer par-dessus la tête, où il déplace le casque et s'emmêle avec la corde.
Erreur fréquenteConséquenceCorrection
Ordre différent à chaque sortieRecherche en pleine difficultéOrdre fixe, toujours le même
Tous les câblés sur un seul mousquetonIl faut décrocher tout le jeu pour en essayer unDeux mousquetons par tranches de tailles
Câblés sur un mousqueton à doigt mou ou en D étroitPaquet qui s'ouvre ou s'emmêle, pièces perduesMousqueton ovale à doigt ferme
Pas de réorganisation au relaisDésordre croissant au fil des longueursLe second rend un rack trié
Anneau sorti par-dessus la têteCasque déplacé, anneau coincé dans la cordeDécrocher le mousqueton qui le ferme

Variantes. Sur une grande voie longue, un porte-matériel en bandoulière est plus facile à échanger au relais : le second passe la bandoulière entière, déjà rangée, au nouveau leader. Pour les excentriques, une astuce : faire glisser la pièce au milieu de sa sangle et mousquetonner les deux bouts ensemble, elle pend deux fois moins bas. Les anneaux de 120 cm peuvent aussi être torsadés puis repliés et mousquetonnés, plus compacts (pratique courante).

Limites. Le rangement ne compense pas un rack trop lourd : si le baudrier déborde, on revoit les doublons (§37.8).

Nota. L'échange du rack au relais, qu'on grimpe en réversible ou en blocs, est une manipulation de cordée, traitée en Ch.40 §40.6. En pratique courante, le second range au fil de la montée (coinceurs ensemble, friends par taille, sangles en bandoulière) et rend un rack trié.

DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE

Chaque pièce du rack porte une marque d'identification personnelle. Et sur le baudrier, le test est simple : pouvoir trouver un friend précis les yeux fermés.


37.10 Construire son rack progressivement ​

Il est tentant d'acheter un rack complet d'un bloc. C'est une erreur : un rack complet acheté avant d'avoir appris à poser donne un faux sentiment de compétence. Le point qui saute est rarement un point qui casse, c'est un point mal posé ou dans un mauvais rocher : la compétence de pose prime sur l'achat de matériel. On commence donc par un rack réduit et du travail au sol, et le matériel suit la progression de la pose.

Ce qu'on achète d'abord. L'ordre suivant donne une première base mobile, à adapter au rocher fréquenté.

ÉtapeCe qu'on ajoutePourquoi à ce moment
1Un jeu de coinceurs câblés couvrant les petites et moyennes tailles (par exemple 1 à 11 ou 3 à 11)Légers, bon marché, très solides s'ils sont bien assis : la base de tout rack
2Un jeu de friends de taille moyenne (équivalent Camalot C4 0.4 à 3)Les tailles moyennes sont les plus fiables ; les fissures parallèles deviennent protégeables
3Selon le rocher : doubler les tailles les plus utilisées (0.5 à 2 en granite) ou ajouter des têtes étroites (calcaire)Le rack s'ajuste au terrain réellement fréquenté
4Une clé à coinceursIndispensable pour récupérer les pièces bien assises
5Micro-pièces, offsets, tricamsSeulement une fois la pose des pièces standard maîtrisée
6Ball nuts, Big BrosSeulement si les voies visées présentent les formes qui les demandent (§37.4)

Les sangles ne sont pas une option qu'on ajoute plus tard : sans plusieurs sangles de longueurs différentes, lunules, becquets et arbres restent inutilisables (§37.5).

Éviter les doublons de tailles. Les gammes actuelles se recouvrent largement, et les numéros ne se correspondent pas d'une marque à l'autre (§37.2). On repère doublons et trous en notant sur une fiche la plage en millimètres de chaque pièce. La gamme doit couvrir les largeurs sans trou entre petites et grosses tailles, avec des plages qui se chevauchent ; les seuls doublons utiles sont ceux qu'on choisit, dans les tailles les plus utilisées du rocher fréquenté.

FACTEUR HUMAIN

Il est facile de confondre confiance et compétence. La compétence se mesure au pied des voies : poser et reposer chaque pièce du rack en jugeant la direction de traction et la qualité du rocher, faire valider ses poses par un grimpeur expérimenté, et grimper en second derrière un leader en lui demandant pourquoi il a choisi chaque placement.

🏔️ TERRAIN — Pratique britannique

Outre-Manche, le rack de départ type se compose d'une dizaine de coinceurs, d'un ou deux excentriques moyens et de quelques friends, sur des falaises sans aucun spit. En France, le terrain d'aventure est le plus souvent partiellement équipé (relais spités, pitons en place) : les excentriques y sont rares, les friends et les sangles plus nombreux. Le principe commun reste de baisser nettement de niveau pour ses premières longueurs protégées soi-même.

Check-list

Check-list — Le rack avant de partir

  • Jeu de câblés adapté au topo
  • Friends dans les tailles demandées
  • Dégaines, dont une partie longues ou rallongeables
  • Sangles de 60, 120 et 240 cm (cravater lunules, becquets, pitons ; relais), datées et en bon état
  • Mousquetons à vis pour les relais (deux kits relais en grande voie)
  • Cordelette ou anneau de relais
  • Décoinceur, relié au baudrier par une cordelette
  • Deux systèmes d'assurage (un par grimpeur), compatibles mode autobloquant
  • Autobloquants (cordelette de nylon de 7 mm, recommandation fédérale, voir Ch.5 §5.4 ; un par grimpeur au minimum) et longe
  • Matériel de réchappe : maillon rapide, sangle ou cordelette à abandonner, couteau
  • Marteau et quelques pitons si le topo l'indique
  • Corde(s) de longueur adaptée aux rappels ; seconde corde si un rappel dépasse la demi-longueur
  • Casque pour les deux grimpeurs

À PRATIQUER AU SOL

Sac de pose. S'équiper du rack sur le baudrier et retrouver une taille précise les yeux fermés : c'est le test de l'organisation (§37.9). Promenade de pose. Longer le pied de la falaise et poser le plus de protections différentes possible avec son rack, puis les faire critiquer par un grimpeur expérimenté : on découvre vite quelles pièces servent et lesquelles restent au baudrier.

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