Thème

Le mouflage double
Ce que les grimpeurs appellent « mouflage double » désigne en réalité la famille des mouflages démultipliés : les montages qu'on installe quand le mouflage simple, rapport 3:1, ne suffit plus. Le premier d'entre eux est le Marinier simple, rapport théorique 5:1. Au-delà existe le Marinier double, 7:1, dont il faut surtout comprendre qu'il marque une frontière.
On n'y arrive jamais directement. Le Marinier s'appuie sur les éléments du montage en N et ne se comprend qu'une fois celui-ci maîtrisé — c'est une extension, pas une alternative.
En un coup d'œil
1
Le 3:1 d'abord
Le Marinier prolonge le mouflage en N. Si le montage de base n'est pas acquis, le démultiplié ne s'improvise pas en paroi.
2
Une sangle et deux mousquetons
C'est tout ce qui s'ajoute au montage simple pour passer de 3:1 à 5:1 en théorie.
3
Sur quelques mètres seulement
À 5:1, cinq mètres de corde tirés pour un mètre gagné. La distance devient vite le vrai adversaire.
⚡ ALERTE
Les mouflages démultipliés exercent des forces considérables sur les points du relais et se montent dans des situations déjà dégradées. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.
Quand le montage simple ne suffit plus
Trois configurations font échouer un mouflage en N. Le poids d'abord : un second sensiblement plus lourd que le leader annule vite l'avantage d'un rapport effectif de 2:1. La paroi ensuite : sous un dévers ou un surplomb, le second pend dans le vide et rien ne l'aide à s'élever. Les frottements enfin — corde plaquée contre le rocher, renvois multiples, corde raide ou mouillée — qui grignotent le peu de démultiplication réellement disponible.
Le signe est sans ambiguïté : on tire, et rien ne monte. Ce n'est pas le moment de tirer plus fort, c'est le moment d'ajouter un étage au montage.

Ce que le Marinier simple ajoute
Le montage part de la base du mouflage en N — autobloquant sur le brin choisi, mousqueton à vis en reprise de charge. On y ajoute une sangle de 120 centimètres, fixée en tête d'alouette sur un mousqueton à vis au relais. On reprend une première fois la charge avec la sangle passée dans un mousqueton clippé à l'autobloquant, puis une seconde fois avec le brin de mouflage passé dans un mousqueton fixé à l'extrémité de la sangle, elle-même déjà en reprise de charge. Et on tire.
Le système ajoute deux points de renvoi au montage en N, ce qui fait presque doubler le rapport mécanique — de 3:1 à 5:1 en théorie. Deux détails conditionnent le résultat : la tête d'alouette plutôt qu'un nœud, pour ne pas perdre de longueur de sangle, et la couture de la sangle placée en haut, pour minimiser les frottements au point de renvoi.
Toutes les règles du montage simple continuent de s'appliquer — un seul brin, autobloquant dans le bon sens et à portée de main, vachage long pour tirer avec le poids du corps. Le Marinier ne les remplace pas, il s'empile dessus.
Le seuil qu'il faut connaître
Chaque étage supplémentaire coûte plus qu'il ne rapporte. Le montage s'allonge, les erreurs possibles se multiplient, les forces sur les points du relais augmentent — un montage démultiplié exige un relais parfaitement triangulé sur deux points solides minimum — et surtout la corde à tirer explose : cinq mètres tirés pour un mètre gagné à 5:1, sept mètres à 7:1. Sur quelques mètres de hissage, c'est jouable. Sur une longueur, c'est hors de portée d'une cordée seule.
Le livre place la frontière au-delà du mouflage à 7 : passé ce rapport, le rapport entre la complexité du montage, la longueur de corde à tirer et le gain de force devient défavorable, et si un mouflage à 7 ne suffit pas, il est temps d'appeler les secours. Encore faut-il mesurer ce que le 7:1 représente vraiment — c'est une manipulation rare, à pratiquer en stage encadré, sans storyboard photo dans le livre parce qu'elle ne s'improvise pas. Si la situation l'exige réellement, on est déjà probablement au seuil de l'appel des secours : mieux vaut alors stabiliser le second sur un relais suspendu que de tenter un 7:1 jamais répété hors urgence. Appeler avant d'avoir épuisé toutes les options mécaniques reste souvent la décision la plus sage, et c'est une décision qui se prend tôt.
🏔️ TERRAIN
La Micro Traxion rend le montage nettement plus efficace, mais elle a un défaut connu : par frottement contre le rocher, elle peut se positionner en mode autobloquant alors même que sa gâchette est ouverte. On la place donc haut — mais surtout on s'assure qu'elle reste accessible, parce qu'on aura besoin d'y revenir pour la débloquer.
À retenir
- Le Marinier est une extension du 3:1 — il ne s'aborde qu'une fois le mouflage en N complètement maîtrisé.
- Une sangle de 120, en tête d'alouette, couture en haut — c'est ce qui sépare un 5:1 qui fonctionne d'un montage qui frotte.
- Les règles du montage simple restent valables — un seul brin, autobloquant dans le bon sens et à portée, vachage long.
- La distance est le vrai adversaire — cinq mètres de corde tirés pour un mètre gagné : le démultiplié sert sur quelques mètres, pas sur une longueur.
- Au-delà du 7:1, on appelle — c'est le seuil du livre. Et un 7:1 jamais pratiqué hors urgence ne s'improvise pas : mieux vaut stabiliser et appeler.
- Le relais doit encaisser — un montage démultiplié exige un relais parfaitement triangulé sur deux points solides minimum.
FACTEUR HUMAIN
Monter en puissance donne le sentiment d'agir, et c'est exactement ce qui rend la décision difficile. Renoncer à un montage plus complexe pour déclencher un appel n'est pas un aveu d'incompétence technique : c'est reconnaître que le temps et l'énergie sont devenus les ressources critiques, avant la force.
Pour aller plus loin
Cette page situe le Marinier dans la progression des mouflages et donne son principe. Le chapitre détaille la reprise de charge, les montages complets, ce qu'il faut faire d'un second blessé ou inconscient, le hissage en descente, la gestion d'un relais suspendu et les critères d'appel des secours.


