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Grimpeur minuscule en haut d'une grande dalle calcaire grise sous un ciel bleu profond
Deux mètres à gagner. C'est exactement le terrain de jeu du mouflage simple.

Le mouflage simple

C'est le montage de base, le premier à connaître et celui qui résout la plupart des situations réelles : un second fatigué qui bute sur un pas et a besoin d'un coup de main sur deux ou trois mètres. Dans le livre on l'appelle le mouflage en N, en référence à la forme que dessine la corde dans le circuit. Son rapport théorique est de 3:1.

Il tient en très peu de matériel — un autobloquant, un ou deux mousquetons à vis — et c'est précisément ce qui en fait le bon réflexe. Un montage simple s'installe vite, se comprend d'un coup d'œil et se démonte sans réfléchir quand la situation change.

En un coup d'œil

1

Un autobloquant, un mousqueton

Nœud français sur cordelette, ou bloqueur mécanique. Un mousqueton à vis pour l'autobloquant, un second pour le renvoi.

2

Sur un seul brin

On choisit un brin, on installe tout le système dessus, et on ravale l'autre au fur et à mesure du hissage.

3

3:1 sur le papier, 2:1 en vrai

Sans poulie, les frottements des mousquetons mangent près de la moitié du gain théorique.

⚡ ALERTE

Le mouflage engage la sécurité du second comme celle du relais. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.

Ce que le montage fait réellement

Le principe tient en une phrase : on installe un autobloquant sur le brin de mouflage, on y clippe un mousqueton à vis, on y fait passer le brin qui sort de l'appareil d'assurage — et on tire. La corde dessine alors un N entre le relais, l'autobloquant et la main qui tracte.

Ce qui se passe mécaniquement, c'est que la charge se répartit sur plusieurs brins au lieu d'un seul. Le rapport théorique est de trois pour un : trente-trois kilos de traction pour cent kilos suspendus. Mais le théorique ne se rencontre jamais en paroi. Les mousquetons ne sont pas des poulies, la corde est raide, elle pèse, elle frotte contre le rocher. Le rapport effectif d'un mouflage en N monté sur mousquetons se situe en pratique entre 2:1 et 2,5:1.

Ce n'est pas une raison de s'en priver — c'est une raison de ne pas compter dessus pour hisser quelqu'un sur dix mètres. Le mouflage simple sert à débloquer une situation, pas à remplacer les jambes du second.

Paroi calcaire en contre-plongée, soleil filtrant en haut de la paroi et végétation en bas
Le second progresse encore un peu ? Une consigne courte vaut mieux qu'un montage.

Les trois points qui décident

Le sens de l'autobloquant. Il doit bloquer quand on tire vers le haut, et coulisser dans l'autre sens. Monté à l'envers, il ne retient rien et tout le système est inopérant — on s'en aperçoit à la première traction, dans la pire configuration pour corriger. On privilégie un nœud français sur cordelette plutôt qu'un machard : sur un seul brin, le machard a tendance à glisser. Un bloqueur mécanique fait aussi le travail, à condition de vérifier qu'il a bien pris la corde.

Fiche visuelle du mouflage en N — circulation de la corde, autobloquant et mousqueton de renvoi
Le circuit du mouflage en N : autobloquant sur le brin choisi, reprise de charge dans le mousqueton à vis.

Un seul brin, et l'autre qu'on ravale. Il est possible de moufler sur les deux brins à la fois, mais cela double les frottements sur un système qui n'en a pas besoin. On choisit un brin — une couleur — on installe tout dessus, et on récupère le mou de l'autre au fur et à mesure que le second remonte. Oublier de ravaler laisse du mou dans le système et transforme chaque cycle en effort perdu.

L'accessibilité du système. À chaque course de traction, l'autobloquant remonte vers le relais. S'il finit hors de portée, on ne peut plus ni le redescendre ni le débloquer sans se hisser à son niveau — le mouflage se bloque lui-même. On vérifie donc à chaque cycle que l'ensemble reste manœuvrable depuis sa position de travail. C'est le genre de détail qu'on découvre au troisième cycle, quand il est déjà trop tard.

🏔️ TERRAIN

Deux améliorations transforment le confort du montage. Une poulie sur le mousqueton de renvoi récupère vingt à trente pour cent de rendement perdu dans les frottements. Un renvoi haut avec un nœud de cœur au baudrier permet de tirer avec le poids du corps et de garder les mains libres entre deux courses — sur un hissage qui dure, c'est ce qui fait la différence entre une manœuvre et un calvaire.

À retenir

  • L'autobloquant dans le bon sens — il bloque en traction vers le haut. À l'envers, le système ne retient rien.
  • Un seul brin de mouflage — et on ravale l'autre à chaque cycle, sinon l'effort part dans le mou.
  • Nœud français plutôt que machard — sur un brin unique, le machard glisse.
  • Garder l'autobloquant à portée — un système qui remonte hors d'atteinte devient impossible à débloquer.
  • Se vacher long — pour tirer avec le poids du corps et non à la force des bras.

FACTEUR HUMAIN

Le mouflage en N s'installe en une minute quand on l'a répété au sol, et en dix quand on le découvre en paroi avec un second qui a froid. C'est un montage à pratiquer au calme, en salle ou au pied d'une falaise — pas à réviser le jour où il sert.

Pour aller plus loin

Cette page décrit le principe et les points qui décident. Le chapitre donne le storyboard photo étape par étape, la reprise de charge, les améliorations avec poulie et nœud de cœur, ce qu'il faut faire quand le 3:1 ne suffit plus, et les cas particuliers — corde tendue, hissage en descente, relais suspendu.

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