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Paroi calcaire en contre-plongée avec un soleil de contre-jour et un ciel bleu nuageux
Le reverso vient de partir dans le vide. La journée continue quand même.

Le demi-cabestan

Un appareil d'assurage qui tombe au troisième relais, c'est une possibilité que toute cordée devrait avoir envisagée avant de partir. Le demi-cabestan est la réponse : un nœud qui produit assez de friction pour assurer un grimpeur ou descendre une charge, avec pour tout matériel un mousqueton HMS.

Il mérite d'être connu de tous, précisément parce qu'on ne s'en sert presque jamais. C'est un nœud de secours, et un nœud de secours qu'on apprend le jour où il sert n'existe pas.

En un coup d'œil

1

Il freine, il ne bloque pas

Sans autobloquant ni nœud de mule en pause, la corde file si la main lâche. C'est la différence majeure avec un appareil.

2

Un HMS, rien d'autre

Le mousqueton en poire est ce qui permet au nœud de se retourner librement quand le sens de traction change.

3

Il vrille la corde

C'est inhérent à son principe. Sur une manip longue, prévoir de dévriller.

⚡ ALERTE

Le demi-cabestan freine mais ne bloque jamais seul. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.

Ce qu'il fait, et ce qu'il ne fait pas

Le demi-cabestan est un nœud coulissant qui crée de la friction en frottant sur lui-même et sur le mousqueton. Cette friction suffit à retenir un grimpeur, à le descendre à vitesse contrôlée, ou à faire descendre une charge — un sac, un blessé, un second en difficulté.

Ce qu'il ne fait pas, c'est bloquer. Un appareil d'assurage moderne se verrouille quand la corde part d'un coup ; le demi-cabestan, lui, continue de laisser filer si personne ne tient le brin. La main d'assurage n'est pas une précaution supplémentaire — elle est le mécanisme. C'est pourquoi il ne s'utilise jamais seul sur une manip qui dure : on lui adjoint un autobloquant de sécurité, et l'on bloque par un nœud de mule dès qu'on veut poser les mains.

Second effet à connaître : le demi-cabestan vrille la corde. Sur une descente de quelques mètres cela ne se voit pas ; sur un rappel complet ou une descente de charge, la corde ressort tortillée et il faudra la dévriller avant de la relover.

Paroi calcaire grise massive en contre-plongée avec une corde violette traversant le cadre
Assurer sans appareil n'est pas une prouesse : c'est une compétence de repli qu'on entretient.

La confusion à ne jamais faire

Cabestan et demi-cabestan se forment d'un geste presque identique, et cette proximité est le vrai danger des deux nœuds. La différence de confection tient à l'orientation du pouce : vers le bas pour le cabestan, vers le haut pour le demi-cabestan.

Le contrôle visuel est net une fois qu'on sait le lire. Le cabestan croise ses brins et dessine un X sur le dos du mousqueton ; le demi-cabestan ne croise pas et coulisse librement. Un cabestan monté à la place d'un demi-cabestan bloque au lieu d'assurer — et un demi-cabestan monté à la place d'un cabestan transforme un vachage en système coulissant. Les deux erreurs sont graves, dans deux directions opposées.

Demi-cabestan en position de base sur un mousqueton HMS, brins non croisés
Brins non croisés, nœud libre de se retourner : le demi-cabestan en position de travail.

Pourquoi le mousqueton compte autant que le nœud

Le demi-cabestan a une particularité mécanique : il se retourne quand le sens de traction s'inverse. Quand on passe de ravaler à donner du mou, le nœud bascule d'un côté à l'autre du mousqueton, et ce basculement doit pouvoir se faire librement.

C'est ce qui impose le HMS en poire. Sur un mousqueton étroit, le nœud se coince au moment du retournement, l'assurage devient saccadé et le grimpeur assuré le sent immédiatement. Sur un mousqueton à section carrée, la friction change selon la position et le contrôle devient irrégulier.

Le doigt du mousqueton mérite aussi attention : le brin de corde ne doit jamais venir frotter dessus au retournement, sous peine de dévisser la bague au fil des manœuvres. On oriente donc le mousqueton de façon que le brin travaille sur le dos, pas sur l'ouverture.

🏔️ TERRAIN

Le demi-cabestan s'entretient en salle en cinq minutes par saison : assurer une moulinette entière avec, une fois, suffit à garder le geste. Ce n'est pas la confection qui se perd — c'est la sensation du freinage, très différente de celle d'un appareil, et qui surprend toujours la première fois.

À retenir

  • Il freine, il ne bloque pas — la main d'assurage est le mécanisme, pas une précaution en plus.
  • Jamais seul sur une manip longue — autobloquant de sécurité, et nœud de mule dès qu'on veut lâcher.
  • Pas de X sur le mousqueton — un X signale un cabestan — donc un nœud qui bloque là où on voulait assurer.
  • HMS obligatoire — le nœud doit pouvoir se retourner librement au changement de sens.
  • Il vrille la corde — prévoir de dévriller après toute manip un peu longue.

FACTEUR HUMAIN

Un nœud de secours ne se révise pas en situation de secours. Le jour où l'appareil est parti, la cordée est déjà tendue, souvent en retard, et parfois dans le vent — c'est le pire contexte pour découvrir un geste. Le demi-cabestan appartient à la catégorie des compétences qu'on entretient sans en avoir besoin.

Pour aller plus loin

Cette page explique le principe et les limites du demi-cabestan. Le chapitre donne sa confection pas à pas, la famille mule qui permet de le bloquer, les modes d'assurage avancés qui s'appuient dessus, et les manips de descente de charge qu'il rend possibles.

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