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Deux grimpeurs au relais sur une paroi du Verdon, cordes en pelotes, rivière turquoise en arrière-plan
Le relais est le seul endroit d'une grande voie où la cordée s'arrête vraiment. Tout le reste s'organise autour.

Installer un relais en grande voie

La longueur est finie. Il reste peut-être cinq mètres de corde, le second attend en bas sans savoir ce qui se passe, et devant soi il y a deux points d'ancrage plantés dans le calcaire. À partir de cet instant, tout ce que la cordée va faire pendant les vingt prochaines minutes — assurer, se retrouver, échanger le matériel, repartir — dépend de ce qu'on va construire là, en quelques gestes.

Un relais n'est pas un point d'attache. C'est un poste de travail temporaire, et c'est ce changement de regard qui explique la plupart des règles qui suivent.

En un coup d'œil

1

Deux points, jamais un

Un ancrage unique, aussi beau soit-il, n'est pas un relais. La redondance n'est pas une option de confort.

2

Un angle sous 60°

Plus le V s'ouvre, plus chaque point encaisse. Au-delà de 120°, la triangulation fait pire que rien.

3

Un nœud, toujours

Les montages sans nœud sont proscrits : si un brin lâche, le relais entier se désolidarise.

⚡ ALERTE

Un relais mal construit ne se voit pas tant qu'il n'est pas chargé. Lire une page ne remplace ni l'apprentissage encadré, ni la pratique supervisée.

Ce qu'un relais doit encaisser

On construit spontanément un relais pour retenir une charge vers le bas — le second qui pend, le second qui glisse. C'est la moitié du problème. Dès que le leader repart en tête et clippe son premier point, la corde fait un renvoi sur ce point : une chute tire alors le relais vers le haut. Et s'il chute avant d'avoir clippé quoi que ce soit, le choc est un facteur 2, la sollicitation la plus violente qu'une grande voie puisse produire, et elle tire à nouveau vers le bas.

Un relais doit donc tenir dans les deux directions. En voie sportive équipée, une chaîne scellée le fait par construction et la question ne se pose pas. Sur des points qu'on assemble soi-même, elle se pose au moment de les choisir : un piton qui ne résiste que vers le bas est un piton qui a déjà décidé de ce qu'il ne retiendra pas. C'est aussi pour cette raison que le leader qui repart cherche à clipper son premier point le plus tôt possible — ce geste ne protège pas seulement le leader, il change la direction du choc que le relais devra absorber.

Paroi calcaire blanche vue en contre-plongée pure, ciel bleu intense
Vue d'en bas, on ne voit jamais le relais. On voit la paroi et on suppose.

La géométrie décide avant le matériel

Le geste de base est simple : deux mousquetons dans les deux points, une sangle passée dans les deux, un nœud simple qui crée une boucle en pointe de V, et c'est cette boucle — le primaire — qui portera tout le reste. Ce qui n'est pas simple, c'est l'angle que forment les deux branches du V.

Cet angle n'est pas une préférence esthétique, c'est un multiplicateur. Autour de 60 degrés, chaque point encaisse un peu plus de la moitié de la charge : c'est la zone à viser. À 90 degrés, il en prend environ les trois quarts — acceptable, mais on est à la limite haute. À 120 degrés, chaque point subit l'équivalent de la charge totale : à ce stade, la triangulation ne sert plus à rien du tout. Au-delà, elle est franchement contre-productive — deux points travaillent alors plus fort que ne l'aurait fait un point seul. C'est le piège le plus contre-intuitif du relais : ajouter un ancrage peut dégrader le système si on le relie mal.

D'où la règle pratique, qui tient en un regard : on cherche un V fermé. Si les branches paraissent s'écarter, la sangle est trop courte pour cet écartement — on rallonge pour faire redescendre le primaire, on change de sangle, ou on change carrément de configuration. La bonne nouvelle est que le diagnostic est visuel : un V ouvert se repère instantanément, sans rien mesurer.

Trois choses qui font la différence

Le relais se choisit avant de se construire. Avant de sortir la sangle, on lit ce qu'on a. Chaque point est-il solide tout seul — broche saine, piton qui ne bouge pas, plaquette dont la tige n'est pas rongée ? Dans quelle direction résiste-t-il ? Et à quelle distance l'un de l'autre sont-ils ? Ces trois lectures dictent le montage. Deux points proches et à hauteur comparable appellent une triangulation classique. Deux points décalés en hauteur appellent un montage en double chaise. Deux points franchement éloignés appellent un relais à l'anglaise, dont le nœud central se règle pour orienter la résultante. Choisir la configuration n'est pas un raffinement de spécialiste : c'est ce qui évite de forcer un montage inadapté sur un terrain qui n'en veut pas.

Relais triangulé sur dynaloop : deux mousquetons dans les points, nœud simple, primaire HMS en pointe du V
Le montage de référence : deux points, une dynaloop, un nœud, un primaire lisible.

L'axe de la triangulation pointe vers le second, pas vers la suite de la voie. C'est le détail qu'on oublie quand on a déjà la tête dans la longueur suivante. La triangulation joue dans un axe ; cet axe doit viser l'endroit d'où la corde du second va redescendre. Orientée vers la suite de la voie — réflexe fréquent après une traversée — elle place la résultante des forces en dehors de l'axe optimal du relais. Deux conséquences, et elles arrivent toujours au pire moment : un éventuel mouflage devient mécaniquement plus difficile, et la stabilité du relais elle-même se dégrade sous traction latérale. Ce réglage est gratuit à l'installation et impossible à rattraper quand le second pend déjà dessus.

Le primaire doit rester lisible. Un relais se juge aussi à ce qu'on comprend en le regardant. Le primaire est le point où tout converge : c'est là qu'on se vache, c'est là que s'installe l'assurage du second, c'est là que s'organisera une manœuvre de secours si elle devient nécessaire. Placer l'assurage ailleurs — sur un ancrage individuel, par exemple — concentre la charge sur ce seul point et annule l'intérêt de tout ce qu'on vient de construire. Un relais lisible se relit en trois secondes par le partenaire qui arrive, et c'est cette relecture qui rattrape les erreurs.

🏔️ TERRAIN

Une fois le relais construit, cinq questions en dix secondes — l'aide-mémoire SEREN des écoles francophones. Solide : chaque point tient-il seul ? Équilibré : la charge est-elle partagée ? Redondant : si un point lâche, ça tient encore ? Efficace : peut-on le construire et le défaire sans s'embrouiller ? Non-extensible : si un point lâche, l'ensemble ne s'allonge pas d'un coup ? Une seule réponse négative se corrige avant d'assurer le second, pas après.

À retenir

  • Deux points reliés, minimum absolu — un point unique n'est pas un relais, quelle que soit son apparence.
  • Le V fermé — sous 60° on répartit, à 120° on ne gagne plus rien, au-delà on perd.
  • Le relais tient dans les deux sens — vers le bas pour le second et le facteur 2, vers le haut dès que le leader a clippé.
  • L'axe vise le second — une triangulation orientée vers la suite de la voie complique tout ce qui vient après.
  • Un primaire unique et lisible — tout converge là : vachage, assurage, manœuvres. Rien ne se place sur un ancrage isolé.

FACTEUR HUMAIN

Le relais est le moment où l'on souffle — et c'est précisément pour ça qu'on l'expédie. On vient de grimper, on est content, le second attend. La parade n'est pas de « prendre son temps » en général : c'est de garder une vérification finale indépendante du geste, faite après coup, à froid, sur un relais qu'on regarde comme si quelqu'un d'autre l'avait monté.

Pour aller plus loin

Cette page donne la logique. Elle ne donne pas les procédures : la confection pas à pas d'une triangulation, le montage en double chaise sur points décalés, le relais à l'anglaise et son nœud réglable, les configurations d'improvisation quand il n'y a pas de relais là où il en faudrait un. Le chapitre les détaille toutes, avec leurs prérequis, leurs erreurs classiques et leurs limites.

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