Thème
Chapitre 41 — Grimper les fissures
→ Partie 9 — La grande voie en terrain d'aventure : en grande voie équipée, on hérite d'une chaîne de sécurité ; en terrain d'aventure, on la fabrique.
Les chapitres précédents ont fabriqué la chaîne de sécurité maillon par maillon : lire la voie (Ch.36), composer le rack (Ch.37), poser les protections (Ch.38), construire le relais (Ch.39), organiser la cordée (Ch.40). Il reste le geste qui relie tout cela : grimper là où la voie passe, c'est-à-dire, en terrain d'aventure, très souvent dans une fissure.
La fissure sert deux fois. On s'y tient, et on s'y protège. Ses rétrécissements sont les meilleurs endroits à la fois pour se coincer et pour protéger. Et une fissure se grimpe sans prise de face : la serrer comme une prise tétanise les avant-bras en quelques mètres, ce qui laisse sans ressource au moment de poser.
Ce chapitre donne d'abord les gestes de la fissure et la façon d'aborder une longueur sans s'y vider. Viennent ensuite deux techniques de corde pour les passages qui ne se grimpent plus en libre, la traversée en tension (ou le pendule) et l'artif improvisé, puis le hissage du sac quand la paroi s'y prête.

⚡ ALERTE
Ce chapitre décrit des techniques de progression et de corde propres au terrain d'aventure : coincements, mise en charge de protections mobiles, pendules, artif, hissage. Elles engagent directement la sécurité de la cordée. La lecture ne remplace ni l'apprentissage encadré ni la pratique supervisée, d'abord au pied des voies et en moulinette, sous la direction d'un guide de haute montagne, d'un moniteur breveté ou d'un grimpeur de terrain d'aventure expérimenté reconnu compétent.
RAPPEL
Ce chapitre suppose acquises la pose des protections (Ch.38), la construction d'un relais sur protections mobiles (Ch.39) et les manœuvres de cordée du terrain d'aventure (Ch.40). Les autobloquants et la remontée sur corde sont traités au Ch.21.
41.1 Le coincement et la largeur de la fissure
Un coincement (en anglais jam) fonctionne comme un coinceur. Une partie du corps est placée dans la fissure, puis on la fait gonfler ou tourner pour qu'elle bloque. Dans le verrou de doigts comme dans le coincement de pied, c'est la torsion qui coince : la partie engagée de chant devient plus large une fois tournée. Le principe tient en une phrase : on ne serre pas, on verrouille. Bien posé, un coincement tient presque sans force — c'est le squelette qui porte, pas les avant-bras.
Deux conséquences pratiques. La première : on cherche les rétrécissements, parce qu'une main placée dans une partie évasée glisse dès qu'on la charge. La seconde : ces rétrécissements sont aussi les meilleurs emplacements de protection. L'ordre est donc toujours le même : on se coince d'abord, on pose le point ensuite.
En France, les fissures larges sont rares en calcaire mais courantes en granite — massif du Mont-Blanc, Corse, Oisans. C'est là que ce chapitre sert le plus.
Le choix de la technique dépend d'abord de la largeur. Le tableau suivant sert de grille de lecture depuis le relais, avant de partir.
| Largeur de fissure | Technique principale | Geste clé | Alternative |
|---|---|---|---|
| Fente où n'entrent que les bouts de doigts | Dülfer ou opposition | Tirer sur la lèvre, pousser des pieds sur la paroi opposée | Pouce glissé dedans, doigts empilés dessus |
| Doigts (jusqu'à la 2e ou 3e phalange) | Verrou de doigts | Pouce vers le bas, coude qui descend et s'écarte : les doigts tournent et se bloquent | Dülfer si la fissure est continue et décalée |
| Main fine | Coincement de main à plat | Main à plat, pouce replié dans la paume pour gonfler | Pouce plus enfoncé et torsion (« came » de main) |
| Main large | Main en coupe | Pouce passé par-dessus l'index, paume creusée | Coincement de poing si la fissure s'élargit |
| Poing | Coincement de poing | Poing fermé, pouce dedans ou dehors, torsion légère ; appui sur les jointures et le tranchant | Mains empilées (dos à dos) en début de fissure large |
| Plus large que le poing, trop étroite pour le corps (off-width) | Bras en barre, aile de poulet, mains empilées ; talon-pointe aux pieds | Cycle : coincer les pieds, caler le haut du corps, remonter les pieds | Dülfer sur une lèvre si elle est franche |
| Le corps entre de profil | Cheminée étroite | Corps en diagonale, une aile de poulet haute et une basse, hanches tournées, genoux bloqués | Progression lente, en petites poussées |
| Le corps entre de face | Cheminée large | Dos sur une paroi, pieds (ou pied et main) sur l'autre ; avancer en alternant | Opposition jambes écartées (ramonage) si très large |
Depuis le relais, on repère la largeur dominante et les rétrécissements : ils décident de la technique, du rack et de l'habillement (§41.4).
41.2 Les pieds dans la fissure
Le pied est plus facile à coincer que la main, et il soulage beaucoup les bras. D'où la règle de progression du §41.4 : chercher à chaque mouvement un pied coincé solide avant de déplacer une main.
Procédure.
- Présenter le pied de chant : plante tournée vers une paroi, genou écarté vers l'extérieur.
- Enfoncer la pointe (fissure fine) ou l'avant du pied (fissure de main) jusqu'à sentir la résistance.
- Ramener le genou vers l'axe de la fissure : le pied tourne et se bloque entre les deux parois.
- Se mettre debout dessus sans pousser vers le haut, en gardant la jambe tendue.
- Pour le sortir, faire le geste inverse : genou vers l'extérieur, puis retirer.
- Dans une fissure plus large que le pied, le poser en travers — talon contre une paroi, pointe contre l'autre : c'est le talon-pointe.
⚡ ALERTE
Un pied enfoncé trop profond et vrillé peut rester bloqué, et une chute avec un pied coincé expose à l'entorse. On n'enfonce que l'avant du pied et on garde toujours un geste de sortie possible.
Le choix des chaussons compte. Les chaussons très cambrés de bloc entrent mal dans la fissure et font mal : on préfère des chaussons confortables, orteils à plat. En fissure large, des chaussons montants protègent les chevilles.
41.3 Dülfer et opposition
Deux techniques complètent le coincement, avec des rôles opposés.
Le Dülfer (en anglais lieback ou layback) consiste à tirer sur une lèvre de fissure ou sur l'angle d'un dièdre avec les mains, et à pousser en sens contraire avec les pieds à plat sur la paroi. Il est rapide, mais épuisant, et mal adapté à la pose de protections : on s'arrête mal en Dülfer. La conséquence est simple : avant de s'engager dans une section en Dülfer, on repère où l'on pourra se rétablir pour protéger — une vire, un coincement de repos (pratique courante, à confronter à un encadrement qualifié).
L'opposition (stemming), dans un dièdre ou une cheminée, jambes écartées sur deux parois, est au contraire la position de repos par excellence.
| Dülfer | Opposition | |
|---|---|---|
| Geste | Mains qui tirent sur une lèvre ou un dièdre, pieds à plat qui poussent en sens contraire | Jambes écartées sur deux parois, dans un dièdre ou une cheminée |
| Rythme | Rapide mais épuisant | Position de repos |
| Pose de protection | Mal adaptée : on s'y arrête mal | Possible depuis la position de repos |
| Réflexe associé | Repérer avant de partir où se rétablir pour protéger | S'y reposer dès que possible |
41.4 Économiser l'énergie et poser en fissure
Les erreurs qui coûtent le plus en fissure sont des erreurs d'économie : une main qui serre au lieu de verrouiller, un pied posé de face qui ressort, un Dülfer sans repos repéré. La procédure ci-dessous organise la longueur pour garder de la réserve au moment où il faut protéger.
Procédure : aborder une longueur en fissure.
- Depuis le relais, repérer la largeur dominante et les rétrécissements : ils indiquent où se coincer et où protéger.
- Préparer le rack en conséquence : tailles utiles devant, du côté extérieur à la fissure. En off-width, porter le matériel sur un baudrier porte-matériel en bandoulière qu'on peut passer d'un côté à l'autre (le rack lui-même est traité au Ch.37).
- S'habiller : manches longues et pantalon en toile pour les fissures larges et les cheminées ; gants de strap ou gants de fissure pour les fissures de main et de poing (§41.5).
- Choisir des chaussons confortables, orteils à plat ; des chaussons montants en fissure large (§41.2).
- Grimper en cherchant à chaque mouvement un pied coincé solide avant de déplacer une main.
- Relâcher les muscles qui ne servent pas, respirer, se reposer en opposition dès que possible.
- Protéger depuis une position verrouillée, dans un rétrécissement, avant le pas dur.
Le dernier point applique la logique de pose du Ch.38 — poser avant le crux depuis une position confortable, plutôt que dans le pas — avec, en fissure, deux positions confortables : le coincement verrouillé et l'opposition.

FACTEUR HUMAIN
Serrer la fissure tétanise les avant-bras en quelques mètres, et un grimpeur épuisé protège mal. Deux pièges du terrain engagé s'y ajoutent : se lancer dans un passage engagé fatigué, en fin de journée ou sous la pression de l'horaire, et confondre peur utile (signal d'un danger réel) et peur parasite (point bon mais espacé). Le remède tient en peu de gestes : relâcher les muscles qui ne servent pas, respirer, se reposer en opposition, et avant chaque section difficile poser le meilleur point possible puis lire le passage jusqu'au prochain repos.
Erreurs fréquentes.
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Serrer la main dans la fissure au lieu de la faire gonfler ou tourner | Avant-bras tétanisés en quelques mètres | Placer, puis gonfler (pouce) ou tourner (coude) ; laisser le squelette porter |
| Coincer la main dans une partie évasée | Le coincement glisse sous charge | Remonter ou descendre la main jusqu'à un rétrécissement |
| Pied posé de face dans la fissure | Pied qui ressort, cheville tordue | Insérer de chant, puis tourner le genou |
| Pied enfoncé trop profond et vrillé | Pied bloqué, entorse en cas de chute | N'enfoncer que l'avant du pied ; garder un geste de sortie possible |
| Partir en Dülfer sans repérer de repos | Arrivée épuisée sans pouvoir protéger | Repérer avant le départ une vire ou un coincement de repos |
| Rack du côté de la fissure | Matériel coincé, impossible à saisir | Porter le rack côté paroi libre |
| « Pousser » un gros friend clippé devant soi sans en poser d'autres | Si la pièce se déplace, longue chute | Laisser des points derrière soi ; méthode réservée aux fissures larges sans autre option, déconseillée en école en France |
Check-list — Avant et pendant une longueur en fissure
- La largeur dominante est identifiée et la technique choisie (tableau §41.1).
- Chaque coincement est verrouillé (gonflement ou torsion), pas serré.
- Les pieds sont insérés de chant et tournés.
- La protection se pose depuis un rétrécissement, en position de repos.
- L'habillement et l'équipement sont adaptés à la largeur : manches, gants, chaussons.
À PRATIQUER AU SOL
Au pied des voies, chercher pour une même fissure trois poses différentes, et choisir la meilleure. En moulinette, la tête simulée — assuré en moulinette, on mousquetonne une seconde corde dans ses propres poses — entraîne à poser en position réelle ; la pose rapide, depuis une position fatigante, entraîne à rester lucide sous fatigue. Varier les rochers et les fissures : s'entraîner sur un seul type est une erreur classique.
41.5 Fabriquer des gants de strap
Contexte et objectif. Dans un coincement de main ou de poing, ce sont le dos de la main et les jointures qui frottent contre la paroi. Le gant de strap les protège, tout en laissant la paume en partie libre pour garder du toucher sur les prises de face. Bien découpé au retrait, il se réutilise.
Matériel. Du strap rigide d'environ 4 cm de large, vendu en pharmacie. Des gants de fissure du commerce sont une alternative durable.
Quand le mettre. Plus la fissure est large, plus on met de couches. En fissure de doigts, le strap gêne plus qu'il ne protège : on le réserve aux fissures de main et de poing.
Procédure.
- Écarter largement les doigts pendant tout l'enroulement : un strap posé main fermée comprime la main dès qu'elle gonfle dans la fissure.
- Faire deux tours autour de la main, sur la paume et le dos, juste sous la base des doigts.
- Couper une bande dans le sens de la longueur pour obtenir un strap moitié moins large.
- Avec cette demi-bande, faire une boucle autour de la base de chaque doigt (et du pouce) et la ramener en diagonale sur le dos de la main, où elle colle aux premiers tours ; les bandes se croisent et renforcent le dos.
- Recouvrir le dos de la main par de nouveaux tours, en descendant progressivement jusqu'au poignet.
- Fermer la main, tester un coincement sur le bord d'une table ou au pied de la voie : rien ne doit serrer ni plisser.
- Pour le retirer, couper le strap le long de l'intérieur du poignet et faire glisser le gant d'un seul morceau.
- Pour le réutiliser, l'enfiler et le refermer par un tour neuf au poignet.
DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE
Marquer le gant gauche et le gant droit. Un rasage du dos de la main rend le retrait moins douloureux, et une colle en spray améliore la tenue d'un gant réutilisé (pratique courante). Et le strap usagé redescend avec les autres déchets : il ne reste pas au pied de la voie.
Erreurs fréquentes.
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Enrouler doigts serrés | Gant qui comprime, main engourdie | Doigts grands ouverts pendant tout l'enroulement |
| Trop de couches sur la paume | Perte de toucher sur les prises de face | Charger le dos de main, laisser la paume fine |
| Boucles de doigts trop serrées | Doigts qui bleuissent | Boucles posées à la base, sans tirer |
| Gant épais en fissure de doigts | Les doigts n'entrent plus | Réserver le gant aux fissures de main et de poing |
| Arracher le gant au lieu de le couper | Gant détruit, peau irritée | Couper à l'intérieur du poignet |
Check-list — Gant de strap
- Le dos de la main et les jointures sont couverts.
- La paume garde du toucher.
- La main se ferme et s'ouvre sans gêne.
- Le gant est coupé, pas arraché, et marqué gauche/droite.
POUR LES GRIMPEURS QUI DÉCOUVRENT LE TERRAIN D'AVENTURE
Les sections suivantes s'adressent aux leaders expérimentés : traversée en tension et pendule, artif improvisé pour les passages qui ne se grimpent pas en libre, puis hissage de sac. On peut passer directement au chapitre 42.
41.6 Traversées en tension et pendules en tête (⊕)
Contexte. Ces techniques reviennent dans les grandes voies anciennes et dans les voies de liaison, quand une section lisse ne se grimpe pas en libre. Deux techniques voisines :
- Traversée en tension (tension traverse) : le grimpeur, corde tendue par l'assureur, se penche dans la corde et progresse latéralement sur des appuis trop mauvais pour tenir sans elle.
- Pendule : le grimpeur se fait descendre sous le point, prend de l'élan en courant latéralement sur la paroi et attrape une prise ou une fissure au bout du balancier.
Objectif. Franchir latéralement une section impossible à grimper en libre, en s'appuyant sur la corde.
Ce qui change pour le point. Ces manœuvres mettent sur le point une charge vers le bas et sur le côté : la pièce doit tenir dans les deux directions. Elle est souvent abandonnée, car le second ne pourra pas la récupérer facilement.
Procédure.
- Repérer depuis le bas la cible (fissure, vire, prise) et le terrain d'arrivée, si possible plus facile.
- Poser au point de départ une protection fiable dans les deux directions de charge ; à défaut, doubler (deux points reliés, ou un piton cravaté plus un friend).
- Clipper la corde, annoncer clairement la manœuvre à l'assureur, puis demander « sec » (les annonces de cordée sont traitées au Ch.9).
- Traversée en tension : se pencher dans la corde, progresser latéralement pas à pas en demandant du mou par très petites longueurs (« donne dix »).
- Pendule : se faire descendre de la hauteur nécessaire, puis courir latéralement sur la paroi en allers-retours croissants ; garder l'élan et saisir la prise au point haut du balancier.
- Une fois la cible atteinte, se stabiliser et poser rapidement un point ; rallonger les points suivants pour limiter le tirage dû à l'angle.
- En corde à double, ne passer qu'un brin dans le point de pendule et clipper l'autre dans les points suivants : le second pourra être assuré latéralement sur ce second brin (pratique courante en double corde).
⚡ ALERTE
Le point de pendule travaille dans une direction inhabituelle. Un friend posé pour une charge vers le bas seulement peut pivoter ou sortir sous la charge latérale. Pièce qui tient vers le bas et de côté, ou point doublé : il n'y a pas d'autre option. Vérifier aussi la ligne de la corde : une arête ou une écaille sur sa trajectoire l'abîme sous tension latérale.
41.6.1 Penser au second
Le second ne peut pas « suivre » un pendule. Il doit soit se descendre sur la corde au niveau du point, soit laisser le point. Pour se libérer, il a besoin d'environ deux fois la longueur de la diagonale en corde, qui doit être disponible. La manœuvre du second — se descendre sur un appareil autobloquant puis récupérer la corde — fait partie des manœuvres de cordée à maîtriser avant de s'engager dans une voie à pendule.
Le leader choisit donc l'emplacement du relais suivant en tenant compte de cette contrainte : un relais placé loin dans l'axe de la traversée impose au second un pendule énorme en cas de chute. Les règles générales de protection du second en traversée (point posé après le pas clé, longueur coupée au milieu de la traversée plutôt qu'à son extrémité) sont au Ch.40 §40.4.
🏔️ TERRAIN — Pratique britannique
La culture britannique de la double corde connaît la traversée « à deux brins » (back-rope). Un brin reste mousquetonné dans le dernier bon point, quitte à l'abandonner ; l'autre passe dans les points de la traversée. L'assureur avale sur l'un et donne sur l'autre : le leader est tenu entre les deux brins, ce qui limite le pendule s'il tombe en traversée. Traversée finie, il se vache, se désencorde du brin resté en arrière, le tire à lui et s'y réencorde. Elle suppose une corde à double, courante en France en terrain d'aventure, mais elle semble peu enseignée en France ; elle demande d'être à l'aise avec le désencordement au relais et s'entraîne d'abord en terrain facile. L'usage habituel en France est plutôt de rallonger les points et de laisser un brin libre pour assurer le second en traversée.
Erreurs fréquentes.
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Point de pendule posé pour une charge vers le bas seulement | Le friend pivote ou sort sous la charge latérale | Pièce tenant vers le bas et de côté, ou point doublé |
| Assureur qui donne trop de mou | Le grimpeur descend trop bas, cible inaccessible | Annonces précises, mou donné par petites longueurs |
| Pendule vers un terrain plus dur que le départ | Grimpeur bloqué au bout du balancier | Viser un terrain plus facile ou une vire |
| Arête ou écaille sur la trajectoire de la corde | Corde abîmée sous tension latérale | Vérifier la ligne de la corde, rallonger ou décaler le point |
| Oublier le second | Second bloqué, corde trop courte pour se dépendre | Prévoir la corde nécessaire et un relais adapté |
| Relais placé loin dans l'axe de la traversée | Pendule énorme pour le second en cas de chute | Rapprocher le relais ou protéger le second sur l'autre brin |
Check-list — Avant de lancer une traversée en tension ou un pendule
- Le point de pendule tient dans les deux directions, ou il est doublé.
- L'assureur sait exactement ce qui va se passer.
- La cible est en terrain plus facile.
- La corde ne frotte sur aucune arête.
- Le second dispose d'assez de corde et sait comment il va passer.
41.7 Artif improvisé pour franchir un pas (⊕)
Contexte. L'artif (escalade artificielle) consiste à se hisser sur les protections au lieu des prises. En terrain d'aventure, on l'utilise ponctuellement : pas bloquant au-dessus de son niveau, rocher mouillé, orage qui approche, besoin de stabilité pour clipper un point. Ce n'est pas un échec : c'est une technique de sécurité et de gain de temps.
Objectif. Passer un mouvement trop dur, mouillé ou trop risqué en s'aidant des points, sans matériel d'artif spécialisé.
Deux niveaux d'aide existent :
- Tirer au clou : saisir la dégaine ou la pièce à la main pour sauter un mouvement, ou y clipper une sangle pour y mettre un pied. C'est le geste le plus courant.
- Artif improvisé : enchaîner plusieurs points avec étrier (pédale) et vache, sur plusieurs mètres.
41.7.1 Le matériel improvisé
| Élément | Fabrication | Rôle |
|---|---|---|
| Vache (2) | Sangle de 120 cm en tête d'alouette dans le pontet ou les points d'encordement, avec nœuds simples échelonnés pour faire des boucles de réglage | Relier le baudrier au point, s'y asseoir |
| Étrier ou pédale (2) | Sangle longue (120 à 240 cm) avec nœuds simples décalés formant des marches | Poser le pied pour se hisser |
| Mousqueton de pontet | Mousqueton simple au pontet | Se clipper court au point, raccourcir la vache |
Sur le mousqueton du point, on clippe la vache côté dos et l'étrier côté doigt : en montant haut dans l'étrier, la vache ne se coince pas dans le doigt du mousqueton.
Procédure.
- Poser le point (ou repérer le point en place) le plus haut possible ; sur un friend, clipper la gâchette plutôt que l'extrémité de sa sangle pour gagner de la hauteur.
- Clipper l'étrier au point.
- Tester le point : charger progressivement, puis par petits rebonds pour un coinceur, une sangle ou un piton ; pour une micro-pièce, charger doucement et pousser latéralement. Détourner le visage : si la pièce saute, elle arrive dans la figure.
- Monter dans l'étrier, puis clipper la vache au point ; s'asseoir dans la vache pour se reposer, les mains libres.
- Clipper la corde dans le point, puis récupérer l'étrier et la vache du point inférieur.
- Monter le plus haut possible dans l'étrier : en dalle, gravir les marches ; en vertical, tirer sur la vache raccourcie jusqu'à pouvoir se clipper court au mousqueton de pontet, puis atteindre le point suivant.
- Pour revenir en libre, laisser une sangle sur le dernier point comme marche, ranger étrier et vache, repartir.
⚡ ALERTE
Une pièce mobile n'est jamais chargée de tout son poids sans avoir été testée, visage détourné. Et la vache reste courte, réglée à la bonne boucle : trop de mou, c'est une chute de plusieurs dizaines de centimètres directement sur la pièce.
41.7.2 Le second sur un passage en artif
Le second décroche la corde de chaque point en passant. Si la corde plaque une pièce sous tension, il utilise ses autobloquants comme pour une remontée sur corde (Ch.21) : charger l'autobloquant bas, refaire le haut au-dessus du point, le charger, puis décrocher le point. Plus simplement, il peut aussi tirer au clou sur les points avant de les retirer (pratique courante).
Erreurs fréquentes.
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Se mettre en charge sans tester le point | Chute avec la pièce dans le visage | Test progressif, visage détourné |
| Vache et étrier clippés du même côté du mousqueton | Vache coincée dans le doigt quand on monte haut | Vache côté dos, étrier côté doigt |
| Clipper la corde dans le point avant de s'y être assis | Corde tendue qui gêne la montée | S'asseoir dans la vache, puis clipper la corde |
| Ne pas monter haut dans l'étrier | Points rapprochés, artif lent et coûteux en matériel | Monter jusqu'à la dernière marche ou se clipper court |
| Laisser trop de mou dans la vache | Chute de plusieurs dizaines de centimètres sur la pièce | Vache courte, réglée à la bonne boucle |
| Faire des marches avec des nœuds trop serrés au bout de sangles en Dyneema | Nœuds difficiles à défaire, sangle affaiblie | Préférer des sangles en polyamide pour l'étrier (pratique courante) |
Check-list — Artif improvisé
- Le point est testé avant d'y mettre tout son poids.
- Vache côté dos, étrier côté doigt.
- Vaché court au point avant de lâcher les mains.
- La corde est clippée avant de quitter le point inférieur.
- La façon de repasser en libre est prévue.
41.8 Hisser un sac (⊕)
Contexte. Le hissage ne vaut la peine que sur une paroi raide et lisse — au-delà d'environ 80° — avec un sac lourd : bivouac, longue course. En terrain couché ou à vires, le sac frotte, s'abîme, accroche et décroche des pierres sur le second. Mieux vaut alors que le second le porte : en France, le second porte le sac dans la grande majorité des courses (pratique courante). Le système corde à simple et brin de hissage est présenté au Ch.35 ; on décrit ici le hissage simple, sur une seconde corde.
Objectif. Monter un sac lourd sans le porter en tête, quand la paroi s'y prête.
Matériel.
- Un sac solide, sangles rentrées ; idéalement un petit sac de hissage.
- Une seconde corde (la corde à double fait l'affaire) ; une corde dynamique reste utilisable pour un rappel ou en secours, contrairement à une statique.
- Un bloqueur-poulie (type Micro Traxion) compatible avec le diamètre de la corde ; à défaut un appareil autobloquant (plaquette en mode guide, GriGri) ou un nœud de Garda.
Procédure.
- Au départ, attacher un bout de la corde de hissage à l'anneau arrière de hissage du baudrier du leader, ou à une petite sangle autour de la ceinture. Jamais à un porte-matériel, qui casse.
- Attacher l'autre bout au sac ; le sac reste longé au relais du bas par une sangle.
- Le leader grimpe la longueur en traînant la corde de hissage.
- Au relais du haut, il installe le bloqueur-poulie au point central, y passe la corde, et seulement ensuite la détache de son baudrier : la corde ne peut pas tomber.
- Le second décroche le sac du relais du bas et l'écarte de la paroi au départ.
- Hisser : sac léger, à la main en avalant la corde ; sac lourd, en contrepoids avec le corps (se vacher à la corde côté libre, au-dessus du bloqueur, et descendre en appui sur les pieds). Faire de temps en temps un nœud de sécurité sur le brin libre : si le bloqueur glisse, le sac ne redescend que jusqu'au nœud.
- Arrivé au relais, longer le sac au relais par une sangle, puis seulement retirer le bloqueur.
- Assurer le second.
RAPPEL — L'ordre qui protège
Deux séquences ne s'inversent jamais : la corde passe dans le bloqueur avant d'être détachée du baudrier, et le sac est longé au relais avant que le bloqueur soit retiré. Dans les deux cas, l'erreur d'ordre se paie par une corde ou un sac qui repart vers le bas.
Variantes. En traversée, attacher le sac au milieu de la corde par un nœud de papillon ; le second le laisse filer à la main (sac léger) ou au demi-cabestan (sac lourd) pendant que le leader l'avale. Si le sac se coince, on arrête de hisser ; le second le libère en montant, assuré.
Erreurs fréquentes.
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Corde de hissage sur un porte-matériel | Porte-matériel arraché, corde perdue | Anneau de hissage ou sangle autour de la ceinture |
| Détacher la corde du baudrier avant de la passer dans le bloqueur | Corde qui tombe, sac inaccessible | Bloqueur installé d'abord, corde détachée ensuite |
| Bloqueur incompatible avec le diamètre | La corde glisse, le sac redescend | Vérifier la notice ; faire des nœuds de sécurité de temps en temps |
| Hisser en terrain couché ou à vires | Sac déchiré, pierres sur le second | Faire porter le sac au second |
| Sangles du sac pendantes | Sac qui s'accroche à chaque écaille | Rentrer ou attacher les sangles |
| Retirer le bloqueur avant de longer le sac | Sac qui repart vers le bas | Longer le sac au relais, puis démonter |
Check-list — Hissage
- La paroi est assez raide pour que le sac pende sans frotter.
- La corde est attachée à l'anneau de hissage, pas au porte-matériel.
- Le bloqueur est compatible avec la corde et monté au point central.
- La corde est dans le bloqueur avant d'être détachée du baudrier.
- Le sac est longé au relais avant de retirer le bloqueur.
P9Fin de partie
Galerie — La grande voie en terrain d'aventure
Lire la voie, composer le rack, poser, construire le relais, organiser la cordée, grimper la fissure — en terrain d'aventure, la chaîne de sécurité se fabrique à chaque longueur.
